FEL2

Marcel Vigier est un auteur énigmatique de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle dont on ne connaît guère plus qu’un de ses pseudonymes : H. de Luray.

Personnellement, ce que je retiens le plus chez Marcel Vigier, ce sont ses deux personnages récurrents : Florac et La Glu, dont je vous ai déjà parlé dans les chroniques sur les titres suivants : « Le collier d’ébène », « Le secret de la statue », « L’empreinte fatale », « La pierre qui bouge » et « L’armoire sans fond ».

Florac et La Glu, à ma connaissance, n’ont œuvré que dans sept aventures (les cinq dont j’ai déjà parlé, celle-ci plus « La lettre mortelle », roman très difficile à trouver à l’heure actuelle).

« L’affolante silhouette », bien que rééditée après les autres par OXYMORON Éditions, est en fait la seconde aventure (d’ailleurs, dans l’édition originale, « La lettre mortelle », première aventure du duo, est citée. Elle ne l’est pas dans la réédition, probablement parce que l’éditeur a peu d’espoir de pouvoir proposer cette enquête liminaire à ses lecteurs.

Florac est la tête pensante du duo, le maître, l’homme sage, celui qui réfléchit, déduit et comprend.

La Glu est le subalterne, les jambes et les bras, celui qui agit, qui obéit, sans chercher à comprendre.

Florac est bien élevé, cultivé et sait se tenir en société.

La Glu est rustre, rustique, râleur, mais c’est aussi le gai luron du duo.

L’AFFOLANTE SILHOUETTE : Le détective FLORAC et son adjoint LA GLU sont appelés à Plogastel où des jeunes filles disparaissent mystérieusement et sont retrouvées quelques jours plus tard, dans la nature, dans un état de dépérissement incompréhensible. Des pêcheurs affirment avoir vu, la nuit, un fantôme se promener sur la côte environnante. Les deux enquêteurs se rendent sur site, pour résoudre cette étrange affaire qui met en émoi tout le pays… 

Cet épisode diffère quelque peu des précédents réédités du fait de sa taille. Effectivement, la première édition des derniers titres de la série était destinée à des fascicules 32 pages là ou celle-ci tenait sur un fascicule 64 pages [« La lettre mortelle » faisait 128 pages].

Du coup, au lieu des 15 000 mots dont disposera par la suite l’auteur pour poser ses personnages et son intrigue, là, il aura 30 000 mots à sa disposition.

Deux fois plus, donc, peut-être un peu trop, il faut l’avouer, car l’intrigue pouvait tenir sur un peu moins sans que cela nuise à la lecture [au contraire, cela aurait pu éviter quelques petites longueurs, mais qui ne sont pas rédhibitoires du tout].

Florac et La Glu sont déjà présentés comme les personnages que l’on retrouvera plus tard : la tête et les jambes. Le gentleman et le rustre. L’ascète et l’épicurien. Le sérieux et le déconneur. Le clown blanc et l’auguste.

C’est donc, encore une fois, ou, déjà, par Florac que l’intrigue avance et grâce à La Glu que le lecteur sourit.

Mais Marcel Vigier introduit un second personnage par qui vient le sourire, le vieux domestique Pierre qui est tellement essoufflé qui émet des « Beuh ! Beuh ! » tous les deux mots. Comique de répétition qui parvient même à devenir agaçant, mais sciemment, puisque l’auteur, à travers le personnage de Florac, l’avoue lui-même. Cependant, cette caractéristique n’a pas que pour seul intérêt de faire sourire ou agacer le lecteur, et donc on comprendra, à la fin, la raison de ce tic dans l’histoire.

L’intrigue, sans être moderne, n’est pas aussi datée que celles d’autres titres de la même série d’origine édités à la même époque [voir la Collection « Marcel PRIOLLET »] ce qui rend ce roman moins désuet que certains [bien que cet aspect offre également un charme à ces lectures].

Bien évidemment, les personnages ont un don évident pour le grimage [comme beaucoup de policiers, détectives ou brigands de la littérature populaire policière de cette époque], mais sans pour autant verser dans le grand-guignolesque [mais on en est pas loin parfois]. Cependant, cette caractéristique est également source de sourire, aussi, on ne la regrettera pas.

L’aventure est enlevée, rythmée [malgré les quelques temps morts] et Florac aura, comme toujours, une bonne longueur d’avance sur son ami et sur le lecteur [il est fort ce Florac].

La Glu sera fidèle à lui-même, quelque peu râleur, mais toujours le mot pour rire et disposant d’un bon coup de fourchette.

C’est donc une lecture plaisante que nous propose Marcel Vigier dans ce voyage en pays breton avec ses deux héros.

Au final, un titre deux fois plus long que les autres de la série et un plaisir plus grand aussi [pas forcément à cause de la taille allongée du roman] dans une histoire somme toute assez classique, servie par une narration tout aussi classique.