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Marc Jordan, malgré le quasi-anonymat dans lequel il est tombé depuis sa création, fut le premier détective de la littérature populaire fasciculaire française.

Créée en 1907, la série de fascicules de 32 pages, double colonne contenant des récits indépendants d’environ 20 000 mots, permet aux éditions Ferenczi, de par sa volonté de surfer sur le succès très récent (quelques mois à peine) des traductions de la série américaine « Nick Carter » d’entrer de pleins pieds dans le monde de la littérature populaire fasciculaire policière.

En effet, c’est la première fois que Ferenczi propose des récits policiers ainsi que de la littérature fasciculaire, le double genre qui fera son succès par la suite pendant des décennies durant lesquelles elle publiera des milliers de fascicules policiers pour le plus grand plaisir des lecteurs à travers de nombreuses collections (« Le Roman Policier », « Le Petit Roman Policier », « Mon Roman Policier », « Police et Mystère », « Police »...)

Quant à l’auteur ou les auteurs de la série, ils nous sont inconnus même si certains y voient la plume de l’écrivain Jules de Gastyne. Sur quels indices s’appuient-ils pour émettre cette hypothèse ?...

L’AMOUR, LE MYSTÈRE ET LA MORT

L’Énigme de Seine-et-Oise attise la curiosité de la presse et du public, du fait du statut de la victime, le fils d’un châtelain, ainsi que les circonstances de cette mort mystérieuse : le jeune homme a été retrouvé, au petit matin, dans la campagne, vêtu d’une tenue de valet, la tempe trouée par une balle de fusil…

Pour autant, le célèbre détective Marc JORDAN se désintéresse totalement de cette affaire qui, pour lui, est forcément liée à une intrigue amoureuse.

Mais, quand le père du défunt vient le supplier de trouver l’assassin, afin de soulager sa peine et, surtout, celle de sa femme, Marc JORDAN, devant cette douleur et ce désespoir qui le touchent, finit par accepter d’enquêter…

Au petit matin, dans la campagne de Seine-et-Oise, des gendarmes découvrent le cadavre du fils du châtelain local, vêtu d’habits de valet et la tempe trouée d’une balle de fusil. Pas d’arme à ses côtés, le crime ne fait aucun doute.

Marc Jordan se désintéresse de ce meurtre somme toute banal à ses yeux jusqu’à ce que le père éploré de la victime vienne le supplier de trouver le coupable.

Devant la douleur du père, Marc Jordan accepte d’enquêter...

Les petits crimes font les petites enquêtes de Marc Jordan...

Cet axiome inventé pour l’occasion fonctionne parfaitement avec la série puisque celle-ci, depuis que Marc Jordan n’a plus à combattre le génie du crime qu’est le comte de Cazalès, a nettement perdu de l’intérêt, du moins, a changé un peu de style.

Là où, avant, le rythme et l’action étaient les principaux composants des récits, depuis lors, ils ont été remplacés en partie par un certain sentimentalisme.

Certes, ce sentimentalisme est en accord avec la littérature de l’époque dont la plupart des récits policiers n’échappent pas à cette « sensibilité » voire à ce côté « fleur bleue » qui fait le charme de ces textes.

Mais encore faut-il que cela ne prenne pas le pas sur les points habituellement forts d’une série, ici : rythme et action.

Or, c’est exactement ce qui se produit dans la plupart des épisodes depuis la disparition du Comte Cazaès et de Pépita le Rouge.

Et c’est ici encore accru par le fait que l’intrigue repose entièrement sur ce « sentimentalisme » exacerbé.

Alors, oui, cela apporte quelques moments d’émotions pour ceux qui auraient l’âme romanesque, mais ce n’est pas vraiment ce que l’on cherche quand on se plonge dans un tel récit.

D’autant que l’intrigue est simpliste, résolue par Marc Jordan avant même de s’intéresser à l’affaire, en évoquant l’axiome « Il faut rechercher la femme » et que l’enquête, elle-même, est réduite à sa portion congrue puisque le coupable est apporté à Marc Jordan sur un plateau par un ami policier présent sur place...

On se dirige alors vers une fin larmoyante, débordante d’émotions et de bons sentiments, qui, comme un gâteau trop sucré, fait plaisir à la première bouchée, mais finit par devenir indigeste.

Au final, vivement le retour du comte Cazalès que Marc Jordan ait enfin une affaire digne de lui à s’occuper.