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Harry Sampson est un auteur énigmatique de la littérature populaire.

Harry Sampson est à ce point un auteur énigmatique de la littérature populaire qu’il doit probablement s’agir d’un auteur français se cachant derrière un nom américain pour satisfaire le goût des lecteurs pour les auteurs d’outre-Atlantique.

Toujours est-il que Harry Sampson est l’auteur de la série « Les enquêtes de l’Agence Walton », une collection de 8 fascicules de 16 pages, double-colonne contenant des récits indépendants d’environ 10 000 mots et publiés en 1945 aux éditions Nicéa.

On notera deux choses :

1) L’excellence des illustrations de couverture de Hughes Ghiglia.

2) Le fait que la série aurait mérité de durer plus longtemps, mais qu’elle fut, comme beaucoup, soit par manque de succès, décès de l’auteur, ou autre, avortée bien trop tôt.

MRS BENNET MOURUT À L’AUBE

Mr Bennett, un riche industriel, fait appel à l’Agence WALTON pour prouver l’infidélité de sa jeune femme volage.

Teddy WALTON charge les « deux B », Bill Courant et Ben Spirtz, ses fidèles lieutenants, de la filature.

Une nuit, alors que « la cliente » est censée rejoindre son amant, elle se rend, à la place, dans une fumerie d’opium clandestine de Chinatown.

À l’aube, celle-ci sort de l’immeuble, sous le regard des détectives prêts à la suivre de nouveau.

Soudain, des coups de feu éclatent, Mrs Bennett porte les mains à sa poitrine et s’écroule…

Les 2 B, Ben et Bill, de l’Agence Walton, dont le patron est le charismatique Teddy Walton, sont chargés de filer le train à Miss Bennett dont le mari veut des preuves de son infidélité afin d’obtenir le divorce aux torts de son épouse.

Les deux gus suivent la « cliente », la nuit, jusque dans une fumerie d’opium de Chinatown, à New York et la prennent en photo allongée sur une natte en train de comater.

Ils l’attendent, ensuite, à la sortie, pour continuer la filature, mais, au moment où Miss Bennett quitte l’établissement, deux coups de feu retentissent, la femme s’écroule, abattue de deux balles...

Voilà du pain sur la planche pour Teddy Walton et ses hommes. Quand un client vous embauche pour suivre sa femme et que celle-ci se fait buter devant vos yeux, voilà qui ne représente pas une bonne publicité.

Pour autant, si le mari n’a plus besoin des détectives, le solicitor et ami de la victime décide d’embaucher Teddy Walton pour retrouver l’assassin...

Devant la difficulté à se procurer les originaux de cette série parue en 1945 aux éditions Nicéa, je n’avais pu lire, en premier lieu que « L’affaire de la City Bank », le second épisode.

Ayant apprécié cette lecture, j’avais hâte, un jour de pouvoir me plonger dans l’intégralité de cette courte série, activité à laquelle je peux enfin me consacrer aujourd’hui.

Et, pour ce faire, quoi de mieux que de débuter par le premier épisode.

S’il est à noter que cet épisode liminaire ne présente pas plus le contexte et les personnages et, mieux, les propose déjà comme des détectives aguerris et renommés, on ne s’en étonnera nullement.

En effet, dans un format obligeant à une telle concision, il est assez rare qu’un auteur se soit essayé à offrir un réel passé à ses personnages, à conter la mise en place de l’agence, les débuts du ou des détectives...

Il est d’autant plus facile de commencer une série en considérant ses personnages comme déjà ancrés dans le métier que le lecteur est habitué à ce postulat de départ et ne s’en émeut pas (même si, parfois, il apprécierait une certaine mise en place).

Ainsi, l’Agence Walton, dans ce tout premier épisode, est déjà une Agence renommée qui fait de l’ombre à la police et qui attise la curiosité des journalistes.

On ne trouvera rien de très original ni dans la série ni dans les personnages puisqu’ils s’inspirent des romans noirs à l’américaine, mais on leur reconnaîtra un certain charisme et le fait de respecter les codes du genre.

Ainsi, Ted Walton, le boss, charismatique, intelligent, courageux, sûrement beau (ce n’est pas dit ici) n’est pas sans rappeler d’autres personnages comme, par exemple, Georges Garnier, de l’Agence Garnier de J.A. Flanigham ou même Dick Reutel, du même auteur.

Babe Gilmore, la secrétaire vamp.

Bill Courant, la fouine.

Ben Spitz, le gros bras imperturbable.

Mais il est vrai qu’en s’appuyant sur des personnages qui résonnent déjà dans l’esprit des lecteurs, l’auteur a moins besoin de les développer, ce qui lui permet de consacrer son texte à son histoire (sachant que, de toute façon, l’intrigue ne volera pas très haut du fait du peu d’espace qui lui sera consacré).

Et, en ce qui concerne l’intrigue, si l’auteur cherche bien à proposer un rebondissement, celui-ci, malheureusement, fonctionne sur une révélation déjà usitée par le passé et encore plus dans l’avenir, mais que l’on pardonnera ici pour plusieurs raisons.

La première c’est que dans un roman de 10 000 mots (10 800 dans le cas qui nous concerne), on pardonnera une certaine facilité.

Ensuite, parce que la révélation est en partie justifiée par l’auteur.

Avec des personnages plus attachants qu’à l’accoutumée, une intrigue relativement intéressante, il ne manquait plus qu’une plume agréable pour parfaire le tout.

Et, bonne nouvelle, c’est le cas puisque l’auteur qui se cache derrière le pseudonyme de Harry Sampson (car, soyons assuré que c’est un pseudonyme d’un auteur français) propose une plume plutôt sympathique qui, sans faire trop de fioritures, n’hésite pas à se parer d’un léger humour qui ajoute une plus-value.

Au final, une série agréable à suivre à défaut d’être très originale, mais comment peut-on être original dans un format aussi contraignant.