71ENucLshiL

« Le tueur en ciré » est un roman de Samuel Sutra que j’ai moyennement aimé !

Voilà ! Ma chronique est terminée !

Raaaaa... mais non, je suis incapable de faire court.

Bon, j’ai bien tenté de suivre les conseils que l’auteur a déposés en commentaire de mon article sur un de ses livres précédents, c’est-à-dire de me contenter de dire « j’aime » ou « j’aime pas », mais j’en suis incapable. Désolé Samuel Sutra.

Tout d’abord, je me dois de faire une précision, l’avis qui suit ne concerne que moi, lorsque je dirais « ceci est moyen » il faut comprendre « je pense que ceci est moyen ».

Une fois cette précision faite, découvrons donc ce roman qui est plébiscité sur les sites de critiques littéraires. 

Ayant apprécié le roman « Coupable(s) » de Samuel Sutra (même si l’auteur pense que je l’ai détesté), mais trouvant qu’il péchait par quelques défauts qui sont souvent inhérents aux romans policiers sérieux actuels, je m’étais promis, un jour, de tester la plume humoristique de l’auteur.

Je pensais le faire à travers la série des « Tontons », mais, finalement, je le fais via « Le tueur en ciré ».

Il faut dire que les diverses critiques sur ce roman m’ont encouragé à me plonger dedans.

Le tueur en ciré :

Concarneau, 1982. Quatre meurtres émaillent la tranquillité de la ville. La police locale, dépassée, fait appel au 36 quai des Orfèvres pour l’aider dans cette enquête. Mais le commissaire parisien ne prend pas l’affaire au sérieux et envoie son pire collaborateur : l’inspecteur divisionnaire Auguste Lambert, un homme gentil, bien qu’un peu maladroit, mais surtout, qui semble vivre dans un autre siècle. Quand la quatrième victime se révèle être la tante du préfet de Paris, le commissaire se retrouve dans une position délicate. Conscient de sa bourde et des répercussions sur sa carrière si l’enquête tourne mal, il décide de laisser Auguste Lambert en charge de l’affaire, mais envoie dix hommes en renfort, sous couverture, pour limiter les dommages collatéraux. Leur mission : guider le maladroit Lambert dans sa quête du mystérieux Tueur en Ciré. Une double enquête hilarante, des personnages folkloriques et un humour décapant pour ce roman policier désopilant.

Concarneau abrite un tueur en série. C’est en tout cas ce que laissent entendre les meurtres par étranglement de plusieurs femmes. Débordé par l’affaire, le commissaire de police locale fait appel au 36 quai des orfèvres pour qu’on lui envoie un crack. 

Mais, le premier inspecteur du 36, recevant l’appel et considérant que l’élite a autre chose à faire que de se rendre en province, dépêche en Bretagne un homme qui ne lui manquera pas, Auguste Lambert, le plus crétin des policiers à sa disposition.

Malheureusement, le tueur fait une nouvelle victime, la tante du Préfet. Le haut fonctionnaire réclame rapidement des comptes au commissaire du 36. Celui-ci, ne pouvant avouer la bévue de son subordonné, décide d’assumer son choix en faisant passer Auguste Lambert pour le meilleur policier du monde. Mais pour s’assurer que l’enquête progresse, il envoie alors toute une escouade en Bretagne pour aider, incognito, et sans que ce dernier s’en rendre compte, Albert Lambert à résoudre l’affaire. 

Sur une idée de base originale et fortement sympathique (un policier imbécile se croyant un génie, épaulé discrètement et à son insu par des collègues incognito pour résoudre une série de meurtres), Samuel Sutra nous propose un roman loufoque dans lequel il ne se prive d’aucun artifice pour tenter de faire rire le lecteur.

La première chose qui saute aux yeux à la lecture de « Le tueur en ciré », c’est que l’auteur semble avoir pris un grand plaisir à écrire ce roman. Aussi, tout ce que je puis dire n’aura pas grand intérêt puisque je considère qu’un écrivain doit d’abord écrire pour lui et non se forcer à écrire pour les autres ; à proposer ce qu’il a envie de donner et non ce qu’il pense que les lecteurs attendent.

Pour autant, cela n’empêche pas au lecteur d’avoir un avis. Et, comme j’ai toujours un avis...

Sur cette base, donc, sympathique, Samuel Sutra en fait, à mon sens, un peu trop.

Personnage principal trop décalé ou trop stupide, qui pense qu’il y a un décalage horaire entre la Bretagne et Paris, qui s’étonnent que les Bretons qu’il rencontrent parlent français...

Personnages secondaires pas assez sérieux pour contrebalancer.

En fait, « Le tueur en ciré » semble avoir été composé comme le serait un gâteau par un cuisinier gourmand qui déciderait d’intégrer tous les ingrédients qu’il aime. Du sucre ! j’aime le sucre. Tiens, j’aime le miel, je rajoute du miel ! Mais j’aime aussi le chocolat, hop, du chocolat. Et miam la banane, alors, je fous de la banane. Et pis, j’adore la guimauve, pouf, de la guimauve. Et de la pâte de coing, car je raffole de la pâte de coing. Sans oublier des fraises tagada, car c’est trop bon les fraises tagada...

Au final, bien que le gâteau soit composé de tout ce que le gourmand aime, pas sûr qu’à la fin, il soit bon et, surtout, digeste.

Heureusement, ici, l’auteur ne sombre pas dans l’indigeste, mais, je dois avouer que certains partis pris ont bien failli, à mon goût, l’y faire tomber.

D’abord, le fait qu’il n’y ait pas vraiment de personnage pour contrebalancer la loufoquerie de Lambert. Car s’il est bien évidemment le plus décalé des personnages du livre, aucun n’est réellement sérieux. Et l’humour ne fonctionne jamais aussi bien que quand il est mis en opposition avec un aspect plus « normal » (cela fonctionne également pour les autres genres littéraires). 

Le monde du cirque l’a bien compris dès la fin du XIXe siècle et l’émergence du duo Auguste et clown blanc ou, plus tard, au cinéma, avec Charlie Chaplin, Harold Lloyd, les Marx Brothers, Bourvil et de Funès.

L’humour n’est tant prégnant que lorsqu’il est contrebalancé. C’est le contraste qui produit le plus d’effet.

Malheureusement, ici, le contraste est trop faible.

Ensuite, et je dirais même surtout, la fausse bonne idée (mais je rassure Samuel Sutra, même Frédéric Dard l’utilisait parfois sans retenue), le jeu de mots sur les noms de famille. Un peu, pourquoi pas, mais il ne faut jamais en abuser.

Dans « Le tueur en ciré », l’auteur s’amuse avec les finitions en « ec » ou autres consonances bretonisantes. On a le droit à du Leroydec, Partensec, Troymarc'h... sans compter des Grégoire Quécalor, le commissaire Boiteaulette...

À tel point que j’ai passé le roman à me demander quand l’auteur allait nous faire le coup sur le nom du préfet, Guy Ledos-Taredan, en inversant son nom pour faire Guy Taredan-Ledos (guitare dans le dos), mais il ne l’a pas fait et, du coup, j’ai attendu pour rien.

Et encore, je vous passe les contrepèteries du genre l’hôtel du Clankigoul (le gland qui coule, pour les contrepètophobes)... et autres joyeusetés du genre.

Entendons-nous bien, je n’ai rien contre l’humour, je suis même le premier à en abuser, mais la frontière est tenue entre le « juste ce qu’il faut » et le « trop ». Mais cette frontière n’est pas forcément placée au même endroit pour tout le monde.

Mais j’ai déjà expérimenté la chose avec J.M. Erre. D’un roman à l’autre, je pouvais adorer ou ne pas aimer à cause de ce franchissement de frontière.

Ceci dit, les lecteurs doivent avoir le même ressenti avec les romans de KAMASH (quoique je pense qu’ils sont plus nombreux à détester qu’à aimer, mais qu’importe, l’auteur s’amuse tellement à les écrire)...

Et c’est un peu dommage, car il faut reconnaître, même à travers une parodie délirante, que l’ensemble tient plutôt la route et que la lecture est agréable et prête à sourire.

Je dois même admettre que la fin du livre sous la forme de parodie de « Who dunit » à la Agatha Christie est très bonne et laisse une excellente impression finale, ce qui est généralement le côté par lequel le roman policier actuel pêche.

Au final, un roman à la bonne humeur communicative même si certaines facilités m’ont dérangé mais qui a l’avantage de s’achever sur une bonne impression.