LC02

La mythique collection fasciculaire « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi est un point névralgique de départ pour qui, tout comme moi, est passionné de littérature populaire policière et de personnages récurrents.

Je dis « mythique collection », car, « Le Roman Policier » fut une des premières collections policières généralistes fasciculaires. Généraliste dans le sens où la collection regroupait des textes indépendants de différents auteurs et non des textes autour d’un même personnage souvent écrits par un même auteur, comme avait pu le faire une décennie auparavant la collection « Marc Jordan », par exemple ou « Miss Boston » d’Antonin Reschal.

Pourtant, bien que « généraliste » cette collection d’un peu plus de 200 titres abrite pourtant plusieurs personnages récurrents qui, pour être repérés, obligent le lecteur à lire tous les titres d’un même auteur.

Ainsi, les tout premiers personnages récurrents de la collection sont dus à Marcel Vigier (on n’a pas encore identifié l’auteur se cachant derrière ce pseudonyme) et se nomment Florac et La Glu.

Mais on y retrouve également le commissaire Rosic de Rodolphe Bringer ; le détective Ned Burke, de H. R. Woestyn (encore un auteur non identifié) ; Fred Cabosse de Jean Petithuguenin ; l’inspecteur Poncet, de Henry de Golen ; le détective millionnaire Luc Hardy, de Paul Dargens ; le détective Paddy Wellgone, de H. J. Magog… et le journaliste Léonce Capoulin de Amaury Kainval.

C’est ce dernier personnage qui m’intéresse aujourd’hui et qui, bien sûr, apparaît dans « La Bande des Foulards Verts ».

Amaury Kainval est un pseudonyme sous lequel se cacherait l’auteur Émile Quintin.

Je dis « cacherait », car il faut avancer, par certains, qu’il pourrait appartenir à Eugène Thébault.

Pourtant, certains passionnés de cette littérature affirmaient sans hésitation qu’Amaury Kainval n’était autre que Émile Quintin (1885-1966), ce que semble confirmer la parution, en 1947 de la série « Les Aventures fantastiques de Léonce Capoulin » même si on a déjà vu des auteurs s’approprier le personnage d’un autre pour lui offrir une nouvelle vie.

Léonce Capoulin apparaît donc dans la collection « Le Roman Policier » dès le 20e numéro de la collection et dès 1919 dans « La mort dans l’ombre ».

Dans cette collection, il vécut 6 aventures. On en note une 7e dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, dans les années 1930 (une réécriture ???) puis, au moins les trois titres appartenant à la série de 1947.

« La Bande des Foulards Verts » est la seconde aventure de Léonce Capoulin. Elle est parue en 1919 et fut rééditée dans la collection « Police et Mystère » en 1933.

LA BANDE DES FOULARDS VERTS

Julius Brestown, reporter américain venu en France pour y lancer une édition du Daily News,trouve une motivation supplémentaire dans sa rivalité avec son confrère de l’Étincelle, Léonce CAPOULIN.

Aussi, quand il apprend qu’un meurtre étrange a eu lieu dans l’appartement au-dessus du sien, et que ce crime est imputable à la terrible Bande des Foulards Verts, Julius pense-t-il avoir une bonne longueur d’avance sur Léonce CAPOULIN.

D’autant que, aidé par son valet de chambre Prunier, Julius Brestown ne tarde pas à découvrir des pistes intéressantes.

Mais, quand affaire à sensation il y a, Léonce CAPOULIN, n’est jamais très loin.

Le reporter Julius Brestown devine très rapidement, à quelques indices, qu’un meurtre a eu lieu dans l’appartement au-dessus de sa tête. D’ailleurs, un mot anonyme posé chez lui lui intime l’ordre de ne pas se mêler de l’affaire. Il est signé B.F.V., la Bande des Foulards Verts. Mais Julius ne va pas se priver de damer le pion à son confrère et rival de l’Étincelle, Léonce Capoulin, un journaliste français qui lui a déjà damé le pion par le passé.

Aidé par son valet Prunier, Julius va donc se lancer dans l’enquête, pensant toujours devancer Léonce Capoulin, mais celui-ci va œuvrer dans l’ombre…

N’ayant pas encore lu le premier titre mettant en scène Léonce Capoulin (je n’arrive pas à remettre la main dessus), j’ai donc découvert le personnage par sa deuxième enquête.

Découvrir n’est pas le bon mot puisque Léonce Capoulin apparaît très peu dans le récit, les héros en étant Julius et Prunier.

Pour autant, Léonce Capoulin fait quelques apparitions et démontrera, à la fin, qu’il a fait sa part de boulot.

Je ne jugerai donc pas du personnage du journaliste français.

Par contre, le reporter américain et, plus, le duo qu’il forme avec Prunier, n’est pas sans me rappeler, dans le fond et dans la forme, celui que forment Florac et La Glu, les personnages de Marcel Vigier, que l’on retrouve dans la même collection (dès le troisième titre).

Effectivement, si Julius est la tête pensante du duo, l’être qui pense, réfléchit, déduit et fait avancer l’enquête, Prunier, lui, de par sa gouaille et sa façon de réagir semble être un clone de La Glu.

Sa façon de s’exprimer, très argotique, à base d’élisions forcées, est calquée sur celle de La Glu au point que j’en viens à me demander si les deux auteurs n’en seraient pas un seul. Il me faudra lire plus de titres de Amaury Kainval pour me faire une idée.

Si l’intrigue demeure assez simple, format fasciculaire oblige, l’auteur n’oublie pourtant pas d’insérer tous les éléments qu’un bon petit récit policier doit comporter à l’époque. De l’action, des meurtres énigmatiques, des déguisements, des disparitions, de la technologie, des messages codés, des surprises, des rebondissements, une bande organisée…

L’ensemble se lit très agréablement et si l’argot devant donner à l’époque un côté un peu moderne participe désormais à son côté désuet, ce côté suranné est un petit souffle de fraîcheur par rapport au style des auteurs de la même époque (cela m’avait fait le même effet avec Marcel Vigier, j’y reviens encore).

Prunier apporte la petite touche d’humour qui rehausse l’ensemble, grâce à sa gouaille et sa fougue, quand Julius, de par son côté à tout deviner à l’avance, n’est pas sans rappeler un Sherlock Holmes.

Le seul bémol est donc la mise en retrait de Léonce Capoulin, un bémol du fait que ce soit lui le récurrent et que je n’ai pas réellement pu le découvrir dans ce récit.

Au final, excellente surprise que ce récit policier « moderne » pour l’époque, plein d’allant, de fraîcheur, d’humour, d’action.