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Parfois, souvent, la lecture d’une 4e de couverture vous donne envie de lire un roman.

D’autres fois, il est préférable de ne pas s’y référer.

C’est heureusement ce que je fis avec « Une femme de trop » de Louis C. Thomas.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que : Louis C. Thomas (1921-2003)…

Oui, ce nom n’évoque probablement rien à la plupart d’entre vous.

Pour d’autres, il remet peut-être en mémoire certains épisodes de la très ancienne et mythique série « Les cinq dernières minutes » dans laquelle l’inspecteur Bourrel, interprété magistralement par Raymond Souplex, résolvait les enquêtes en clamant « Bon sang, mais c’est bien sûr ».

On peut également, toujours pour les plus anciens, se souvenir des pièces radiophoniques qu’il écrivit.

Enfin, la plupart de ceux qui le connaissent penseront aux nombreux romans policiers qu’il écrivit.

Mais, pour moi, Louis C. Thomas, de son vrai nom Louis Thomas Cervoni, est avant tout René Thomas, un auteur de fascicules policiers qui, pour les éditions Ferenczi et sa collection « Mon Roman Policier » dans les années 1950, mit en scène le personnage de l’inspecteur Lémoz dans plus d’une dizaine de titres sous la forme de fascicules de 32 pages (récits d’environ 10 000 mots).

J’avais dégusté l’ensemble de ces aventures.

Pour en revenir à l’auteur, il est important de noter qu’il est devenu écrivain après avoir perdu la vue.

Depuis ma découverte de ces fascicules, j’attendais d’avoir l’opportunité de découvrir la plume de l’auteur dans un format un peu plus long, mais je craignais également celle-ci puisque les titres les plus faciles à trouver étaient également les plus récents et que les sujets de ces romans n’étaient pas forcément ceux qui m’intéressent le plus.

Et c’est le cas de « Une femme de trop ».

Une femme de trop :

Brimé par la riche veuve qui l’a sauvé du suicide, Laurent Malijai trouve secours auprès de la jeune bonne de la maison, Charlotte, qui devient sa maîtresse, le pousse à éliminer son tyran et finit par provoquer elle-même « l’accident » libérateur.
Mais cet accident n’a pour effet que de plonger Hélène dans une totale amnésie dont elle peut sortir un jour ou l’autre pour confondre Charlotte. Cette amnésie a fait d’elle une nouvelle femme, douce, sensible, attachante, susceptible de se faire à nouveau aimer par Laurent…

Laurent Malijai est un jeune romancier persuadé d’avoir du talent. Aussi se lance-t-il à corps perdu dans la recherche d’un éditeur pour son petit bébé… Mais, après divers refus, il sombre dans le désespoir et décide de se pendre à un arbre, dans une forêt.

Mais il est sauvé in extremis par une jeune femme en train de chasser sur sa propriété.

Celle-ci le ramène chez lui et, décrétant qu’il lui doit la vie, décide de l’épouser et de lui faire profiter de sa richesse…

Mais Laurent Malijai se retrouve rapidement sous le joug de celle qui l’a sauvé et subit brimade sur brimade sans jamais se rebiffer.

La pire étant quand sa femme jette son dernier manuscrit au feu, le considérant trop mauvais.

C’est la goutte d’eau qui le jette… dans les bras de la jeune bonne qui, quelques jours auparavant, découvrant par hasard le manuscrit en l’absence de ses maîtres, en avait fait faire une copie pour le lire tranquillement.

S’en suit alors une romance entre la bonne et le mari.

Puis, lors d’une partie de pêche, l’épouse, prise par la tempête, manquant de se noyer, est projetée sur les rochers et heureusement retrouvée, mais inconsciente, proche de la mort.

Quand elle se réveille, elle est devenue amnésique… mais également une tout autre femme. Plus douce, moins autoritaire, plus attentionnée… une femme dont le mari tombe lentement mais sûrement amoureux, au grand dam de la bonne…

Mouais, j’avoue que le résumé ne donne pas envie… en tous cas, il ne me donne pas envie. Pour cela que je disais qu’heureusement je n’avais pas lu la 4e du roman.

Pourtant, au début de ma lecture, je voyais bien où se dirigeait l’auteur, vers quoi il attirait le lecteur et j’avoue que cette perspective ne me réjouissait pas et que je n’étais pas loin d’abandonner ma lecture.

Oui, mais voilà, l’auteur n’est pas n’importe qui et, même avec un sujet qui ne m’attire pas, sa plume, elle, parvint à me captiver suffisamment pour me pousser à poursuivre ma lecture.

Et, malgré le sujet, malgré les personnages assez peu attachants (une femme autoritaire et hautaine, un mari lâche, une bonne hystérique…) je suis allé au bout du roman et j’ai même apprécié celui-ci, une chose que je ne m’imaginais pas.

Car, Louis Thomas Cervoni possède cette qualité de captiver le lecteur, de mener sa barque et d’y faire monter ses passagers, de manier l’âme humaine, les sentiments et les rancœurs (il devait en connaître un rayon sur le sujet). Il connaissait la dépendance, affective, physique… et peut-être aussi la lâcheté et la peur de l’inconfort et de l’incertitude.

Bref, il parvenait à retranscrire parfaitement sur le papier le pire et le meilleur de l’être humain tout en maîtrisant parfaitement la narration et la mise en place d’une intrigue…

Au final, avec une intrigue totalement inintéressante pour moi, Louis C. Thomas parvient à me proposer un roman qui est parvenu à me séduire, ce qui est un tour de force que peu d’auteurs seraient parvenus à faire.