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« La maison des sourires étranges » est probablement le dernier titre de la « Collection Rouge » des éditions Janicot dans lequel apparaît le commissaire Barma, un personnage né de la plume de l’écrivain Lucien Van der Haeghe.

Pour rappel, la « Collection Rouge » est une collection d’une centaine de fascicules de 32 pages, double colonne, parue vers 1943, pour laquelle les auteurs avaient pour coutume de signer des contrats de plusieurs titres.

Cette écriture par « lot » favorisait probablement la naissance de personnages récurrents, puisque nombre sont nés dans cette collection, sous la plume des divers auteurs ayant participé à cette expérience.

Lucien Van der Haeghe, sur lequel je n’ai aucune information si ce n’est qu’il a collaboré quelques fois avec l’auteur et éditeur lillois Jean de Marchenelles, a fait comme ses confrères, ou presque, puisqu’il donna vie à deux enquêteurs : le commissaire Barma et le détective Paul Duval, deux amis d’enfance qui se croisent parfois sur des enquêtes et travaillent seuls sur d’autres.

« La maison des sourires étranges » met donc en scène le commissaire Barma et le détective… Roméo Capier…

LA MAISON DES SOURIRES ÉTRANGES

Stéphane Rose et sa femme Octavie se félicitent d’avoir récemment emménagé dans un immeuble calme et tranquille où tout le monde, depuis les concierges jusqu’au moindre locataire, est poli et serviable.

Un matin, alors que Stéphane Rose descend les escaliers pour aller prendre le train, il bute contre un corps allongé dans les marches celui du voisin du deuxième étage, mort, étranglé…

Le commissaire BARMA, chargé de l’enquête, décide de s’adjoindre les services du détective Roméo Capier afin de résoudre cette énigme…

Si les indices manquent cruellement, une chose les interpelle : les habitants de la maison, à l’exception des nouveaux venus, arborent un sourire étrange…

Stéphane Rose et son épouse Octavie vivent dans une maison délabrée. L’hiver approchant, ils décident de trouver un nouvel abri. Ils le trouvent dans un appartement d’un immeuble calme où les locataires sont tous agréables, serviables et polis…

Pourtant, un petit matin, alors qu’il descend pour aller prendre le train, Stéphane Rose bute, dans l’escalier, sur le corps d’un voisin mort étranglé… Il prévient immédiatement le locataire le plus proche qui ne semble pas ému pour l’assassinat et qui arbore un étrange sourire… comme les concierges et les autres locataires à l’annonce de cette mort.

Le commissaire Barma est chargé de l’enquête, mais, devant le manque cruel d’indice, il décide de faire appel au détective Roméo Capier.

Lucien Van der Haeghe décide de mettre en place une intrigue à ambiance qui, malheureusement, nécessite de bien plus d’espace pour s’épanouir que le maigre format fasciculaire de 32 pages et ses 10 000 petits mots.

Pourtant, l’auteur prend un peu de temps pour décrire les affres du couple Rose dans son ancienne demeure au lieu de les faire débarquer immédiatement dans leur nouvel appartement en quelques mots d’explication.

De plus, bien que le format lui permette de pousser son récit vers les 12 000 mots (comme certains de ses confrères), Van der Haeghe, se contente d’à peine plus de 9000 mots.

On comprend dès lors que le récit ne va pas pouvoir fonctionner à plein régime, ce qui est dommage, car, même si l’intrigue est simple, l’idée de cette ambiance bizarre, avec ces voisins étranges et souriants, avait de quoi donner lieu à un texte très plaisant.

L’autre chose qui surprend (du moins, les lecteurs des épisodes précédents) c’est que Barma, faisant appel à un détective, choisisse un parfait inconnu, Roméo Capier, alors que son ami d’enfance Paul Duval est l’un des plus célèbres détectives du pays. Pourquoi ce choix ? Mystère, d’autant qu’il n’est pas expliqué en cours de route.

Pour ce qui est du reste, l’auteur persiste à raison dans sa narration au présent, un choix qu’il semble privilégier jusque dans des récits ne mettant pas en scène ses deux héros récurrents…

Enfin, concernant le texte, même si l’intrigue est forcément simple, que l’ambiance n’a pas le temps de se mettre en place, l’auteur nous livre pourtant un épisode agréable à lire, ce qui est déjà pas mal pour ce format.

Au final, privilégiant l’ambiance à l’intrigue, l’auteur n’a pas la latitude suffisante pour développer réellement l’une et l’autre. Malgré tout, cet épisode est de bonne facture…