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Maurice Lambert est un auteur que j’apprécie tout particulièrement pour l’excellence rarement égalée de ses fascicules policiers.

Effectivement, cet auteur, de son vrai nom, Géo Duvic (1900-1968) œuvra beaucoup dans le domaine du fascicule policier et, en ce domaine, les récits mettant en scène l’ancien policier A.B.C. Mine, l’inspecteur Machard ou encore le Commissaire Mazère, au début des années 1940, constituent parmi les meilleurs que j’ai pu lire dans ce format, tant du point de vue du style, de la narration que des histoires…

Aussi, quand j’ai découvert que « L’affaire du Chat-Huant » mettait en scène le commissaire Mazère, je n’ai pas pu résister à l’envie de dévorer ce titre.

Pour information, alors que les autres enquêtes des personnages cités étaient parues dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot en 1943-1944, « L’affaire du Chat-Huant » est lui, paru aux éditions S.A.G.E. en 1945… 

L’AFFAIRE DU CHAT-HUANT

Suivre les gens est un vilain défaut, ce n’est pas Girard qui dira le contraire, d’autant que cette faiblesse le conduisit dans une boîte de nuit sordide, « Le Chat-Huant », où il fut proprement empoisonné à son insu…

Mais le meurtre de Girard ne restera pas impuni, foi de commissaire MAZÈRE, supérieur et ami du défunt inspecteur…

Un homme en suit un autre à la sortie du Palladium et pénètre, à sa suite, dans une sordire boîte de nuit, « Le Chat-Huant ». Là, l’inconnu suivi demande au patron de s’occuper de son suiveur.

Celui-ci, empoisonné à son insu, agonise après être rentré dans sa chambre d’hôtel et n’a que le temps de comprendre ce qu’il lui est arrivé et de graver, sur le plancher, à l’aide d’un morceau de verre cassé : « C H A T – H U… ».

Quand les policiers sont mandés sur place, ils constatent que la victime n’est autre que l’inspecteur Girard, un homme du commissaire Mazère. Ce dernier avait été dépêché dans un autre service pour enquêter sur une organisation criminelle de trafic de voitures.

Le commissaire Mazère décide de reprendre l’enquête de son affidé et ami afin de résoudre l’affaire, mais, surtout, de venger son inspecteur…

Je retrouve donc probablement le commissaire Mazère pour la dernière fois dans cette 8e enquête (sans compter les réécritures d’épisodes).

Une fois n’est pas coutume, le commissaire Mazère n’apparaît pas dès le début de l’histoire, puisque celui-ci est dévolu à l’assassinat de l’inspecteur Girard.

Maurice Lambert, d’ailleurs, s’évertue à retarder le plus longtemps possible la révélation sur le statut du « suiveur », laissant ainsi le lecteur dans le doute de savoir s’il a affaire à un gentil ou à un méchant.

D’ailleurs, l’auteur ne consacre pas l’entièreté des 126 000 mots de son texte pour développer son intrigue. Celle-ci demeure assez simple et n’est que prétexte à proposer des ambiances et quelques fausses pistes durant l’enquête de Mazère.

Maurice Lambert s’étant donc sur certains passages qui ne sont pas nécessaires à l’intrigue, mais qui permettent d’étoffer le texte et l’histoire et d’éviter l’impression que l’auteur se force à aller droit au but en raison de la concision de son texte.

C’est d’ailleurs une qualité que l’on retrouve dans presque tous les courts textes de Maurice Lambert, du moins ceux consacrés à des enquêtes policières.

Ce choix, s’il réduit le potentiel de l’intrigue, ne fait que renforcer la qualité de l’ensemble. De toute façon, Maurice Lambert sait que, même en consacrant un maximum de l’espace à l’intrigue, celle-ci ne pourra rivaliser avec celles de romans…

Pour autant, il n’oublie pas les passages obligés du roman policier en offrant, donc, de fausses pistes, plusieurs coupables, faisant alterner la suspicion du lecteur sur l’un ou sur l’autre tout en distillant des indices suffisamment vagues pour ne pas permettre au lecteur de se faire un avis tranché… quoi que.

Le commissaire Mazère est, une nouvelle fois, à peine esquissé (voire, pas du tout), un choix qui pousse le lecteur à calquer le personnage sur ceux qu’il connaît de la littérature policière et qui correspondrait au genre et à l’ambiance proposés. Inévitablement, tous ou presque ressortiront le commissaire Maigret.

Pour ce qui est du reste, bien évidemment, pour rentrer dans les clous du récit fasciculaire, le coupable ne va pas faire beaucoup de difficulté pour reconnaître les faits et même apporter des réponses aux nombreuses questions des enquêteurs (et des lecteurs) ce qui fait gagner beaucoup de place, il faut bien le reconnaître.

Cependant, comparé aux autres enquêtes du commissaire Mazère, il manque un petit quelque chose qui empêche cet épisode d’atteindre les sommets, mais, à défaut d’Everest, le lecteur se contentera d’Annapurna, ce qui est déjà pas mal, surtout dans le monde de la littérature fasciculaire policière.

Au final, un épisode légèrement en deçà des précédents, mais bien au-dessus de la plupart des récits policiers fasciculaires de l’époque.