Les morts qui tuent
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Tous les fervents lecteurs doivent, du moins je le suppose, avoir leurs éditeurs préférés et, dans les catalogues de ceux-ci, leurs collections favorites.
Pour les passionnés de polars, certaines collections prennent indéniablement le pas sur les autres. Je citerai, sans trop me tromper, « Spécial Police » des éditions Fleuve Noir, la « Série Noire » chez Gallimard ou encore « Le Masque » aux éditions Les Librairies des Champs-Élysées.
Pour l’afficionado des fascicules d’antan que je suis, d’autres collections, d’autres éditeurs, parviennent à susciter le même engouement.
J’évoquerais « La Collection Rouge » des éditions Janicot, dans laquelle je plonge toujours avec plaisir, « Les Trois As » des éditions Chantal, « Mon Roman Policier », « Police et Mystère », des éditions Ferenczi.
Mais, chez ce dernier éditeur, qui fut l’un des premiers, si ce n’est le premier, en France, a œuvrer dans le fascicule policier, il est une autre collection qui prend le pas sur toutes les autres : « Le Roman Policier », une collection qui débute en 1916 et qui comprend plus de 200 titres (pour la plupart des fascicules de 32 pages) dont toutes les couvertures bénéficient de l’excellent travail de l’illustrateur Gil Baer.
Bien qu’il soit difficile de trouver les fascicules composant cette collection et même si certains titres doivent désormais nous être inconnus, il est encore possible de trouver à force prix quelques exemplaires. Au pire, une grande partie de ces récits ont été réédités (souvent en rallongeant le texte) dans la collection de fascicules de 64 pages « Police et Mystère », du même éditeur, des fascicules un peu plus facile à trouver.
Du coup, quand je peux, je n’hésite pas à plonger dans cette collection.
Et ma pêche du jour a un nom : « Les morts qui tuent » de Jean Bonnery (1887-1969), un avocat et écrivain ayant œuvré dans les genres à la mode à l’époque : récit sentimental, d’aventures ou de science-fiction.
« Les morts qui tuent » est paru en 1922.
LES MORTS QUI TUENT
Quand sont retrouvés dans les ruines d’un château abandonné, le corps d’un homme pendu et celui d’un autre abattu par balles, Simon Palice, de la police locale, envisage immédiatement des meurtres…
Mais son hypothèse est mise à mal par deux détectives de la Sûreté de Paris envoyés sur les lieux pour le suppléer.
L'inspecteur MOULIN, mise plutôt pour la théorie d’un double suicide…
Quant à M. PLOC, le petit vieillard l’accompagnant, il est catégorique, les spéculations de ses deux confrères sont erronées…
Deux corps ont été retrouvés dans les ruines d’un château au nord de Sedan, dans une pièce fermée : l’un des deux a été pendu, l’autre abattu par balles.
Deux policiers sont envoyés par la Sûreté de Paris pour enquêter sur place, au grand dam de Simon Palice, de la Sûreté de Sedan, qui voit d’un mauvais œil cette décision.
Le brigadier Moulin travaille toujours accompagné de M. Ploc, un petit vieillard perspicace et observateur.
Rapidement, les théories de chacun s’affrontent.
Suicide pour Moulin, crime pour Palice. Mais Ploc, lui, émet une autre théorie, qui s’appuie sur ses observations : ni crime ni suicide.
Il faut avouer tout de suite que j’adore ce genre de titres et que celui-ci, « Les morts qui tuent » est suffisamment concis, énigmatique et prometteur pour suffire à exciter mon intérêt.
Mais encore faut-il que le récit tienne ses promesses, que les personnages soient à la hauteur et que la plume de l’auteur ne vienne pas tout gâcher.
Alors… quand Jean Bonnery nous sort de son chapeau un M. Ploc, un petit vieux flegmatique, mais bien plus efficace qu’il ne le laisse paraître, quand l’intrigue, sur seulement 14 600 mots, parvient à me tenir en haleine, à m’intéresser, à me surprendre, quand la plume de l’auteur s’avère fluide et plaisante, quand la résolution de l’énigme, bien qu’un peu alambiquée, ne pas trop farfelue, alors… alors, je ne peux qu’être conquis.
Bien évidemment, pour que l’adhésion soit totale, il faut accepter les contraintes du format fasciculaire et celles d’un récit datant de 1922.
Mais, une fois ces deux aspects pris en compte, le texte s’élève à la hauteur des meilleurs du genre, du format et de l’époque, d’autant plus que le récit possède un atout supplémentaire (enfin, pour moi) c’est qu’il aborde les mathématiques et la trigonométrie.
Bon, trop concisément, format court oblige, pas assez profondément, probablement pour ne pas perdre trop ses lecteurs, mais le simple fait que le sujet est abordé et pris en compte pour résoudre l’énigme suffit à mon bonheur.
Comme quoi il m’en faut peu (ou beaucoup) : une bonne intrigue bien mystérieuse au début, un personnage atypique et intéressant, une honnête plume et des maths…
Et si j’ajoute à cela, en survolant les quelques autres titres de l’auteur en ma possession, que les personnages de Moulin et de Ploc reviennent plusieurs fois, alors, ce récit prend une valeur supplémentaire, celle de mettre en scène des personnages récurrents.
Au final, un bon, très bon voire excellent récit policier qui ne souffre pas ou très peu des aspects sentimentaux souvent mis en avant, dans le genre policier, par les auteurs de l’époque et qui met en scène un bon personnage, dans une bonne intrigue qui mêle, en plus, des mathématiques.
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