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Loto Édition

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4 août 2026

L'IA, le couteau suisse de l'écrivain

Pour certains, l'IA est le Diable.

Pour d'autres, l'IA est leur Dieu.

Les uns craignent que l'IA les remplace.

D'autres espèrent que l'IA les remplace.

Les premiers ne voient que les effets néfastes de l'IA.

Les seconds ne voient que les avantages nombreux de l'IA.

En fait, l'IA n'est qu'un outil... un excellent outil... pour peu que l'on sache s'en servir, quoi lui demander et quoi en attendre.

Je suis écrivain... non pas parce que j'écris d'excellents romans (si, si, ils sont excellents), mais parce que j'écris des romans, des nouvelles, de poèmes, des chansons, des contes... bref, j'écris et ne peux concevoir ma vie sans coucher sur papier (ou plus exactement sur mon écran), les histoires qui me passent par la tête et ne s'enfuient qu'une fois que je les ai écrites.

Sans cela, elles m'obséderaient et je deviendrais probablement fou (si je ne le suis pas déjà).

Je n'écris pas pour devenir célèbre.

Je n'écris pas pour devenir riche.

Je n'écris pas pour séduire les autres.

J'écris parce que je n'ai pas le choix.

Bref, cela n'est pas le sujet.

L'IA est donc un outil, un outil que j'utilise dans mon processus d'écriture... non pas pour écrire à ma place, mais pour m'aider dans des tâches subalternes.

Autant être franc, pour m'amuser, j'ai tenté de faire écrire une histoire à l'IA et... que dire... le résultat fut très propre d'un point de vue de la grammaire et de l'orthographe... mais très plat du point de vue de l'intrigue, des personnages et du style.

Sérieusement, en tant qu'éditeur, j'ai déjà lu prose pire que celle pondue par l'IA.

Mais, pour autant, si l'IA m'avait proposé son manuscrit, je l'aurais jeté immédiatement à la poubelle.

Car, un bon roman n'est pas un texte parfaitement bien écrit, sans faute (même si cela aide), mais la vision d'un auteur... son obsession...

Et l'IA n'a pas de vision, pas d'obsession, pas de vécu, pas de sentiments... elle colle les mots comme elle l'a vu faire dans les millions de livres qu'elle a dévorés pour se former et les régurgite sans chercher à innover, à faire naître le moindre sentiment chez le lecteur.

Ainsi, on retrouve les mêmes mots (pas trop compliqués), les mêmes structures de phrases (pas trop compliquées), les mêmes personnages (souvent trop compliqués), les mêmes intrigues... car l'IA n'a pas été formée avec mes romans (sinon, cela se saurait) ni avec ceux d'auteurs moins consensuels, mais avec la prose d'auteurs qui uniformalisent leurs plumes et leurs histoires pour séduire un public plus large.

Rebref...

L'IA n'est pas là pour écrire à votre place, cela n'aurait aucun sens.

Si l'IA écrit une histoire, même si c'est mon histoire, celle-ci continuera à me hanter, car ce n'est pas moi qui l'aurais écrite...

Et puis je l'écrirais mieux qu'elle, donc, je n'ai pas besoin de l'IA pour " écrire " mon roman.

Par contre, j'utilise l'IA pour m'aider à écrire mes romans (depuis peu, certes, mais en même temps, l'IA telle qu'elle est actuellement n'existe pas depuis des siècles non plus).

Comme l'IA est un excellent outil, utilisons-le comme un outil.

Mais tout le monde n'aura ni le besoin ni l'envie d'utiliser l'IA de la même façon ou pour les mêmes tâches.

Faisons un parallèle (en fait, c'est moi qui le fais, toi, tu le lis) :

Les gens qui achètent des maisons pour les rénover n'ont pas les mêmes compétences ni le même temps à consacrer aux travaux.

Il y a ceux qui auront besoin de faire appel à un électricien, un plaquiste, un chauffagiste, un plombier, un carreleur, un peintre...

Et ceux qui maîtrisent suffisamment ces métiers pour ne pas faire appel à une aide extérieure...

Mais il y a aussi ceux qui maîtrisent tous ces métiers, mais qui n'ont pas le temps de faire les travaux eux-mêmes et qui délégueront certaines tâches à d'autres.

C'est pareil pour l'écriture.

Tu peux maîtriser l'orthographe, la grammaire, l'art de créer une intrigue, la narration, les dialogues, les incises, de créer des personnages intéressants et profonds, de détecter les répétitions, les temps morts, les incohérences...

Mais dans l'ensemble, il y a de fortes chances que tu aies certaines lacunes.

Dans le premier cas, tu peux vouloir gagner un peu de temps en déléguant les recherches, la vérification de la cohérence de ton intrigue, de tes personnages, l'analyse de la structure de ton roman, des temps morts...

Dans le second cas, tu peux demander le soutien de l'IA.

Et quand on écrit son premier roman, par exemple, un tel soutien peut faire la différence entre un manuscrit avorté et un roman terminé.

C'est bien simple, si, à l'époque où j'ai écrit mes deux premiers romans (qui sont toujours dans mes tiroirs), j'avais eu accès à un tel outil, sans nul doute ceux-ci auraient été assez bons (voire même excellents, car les histoires sont passionnantes) pour être publiés (ce qui n'est toujours pas le cas, car je ne les ai pas assez retravaillés depuis, trop hanté par de nouvelles histoires).

Ainsi, cet outil peut vous aider dans tout le processus d'écriture.

Vous avez une idée... encore un peu floue... proposez-la à l'IA et demandez-lui de vous aider à la rendre plus nette.

Elle vous proposera tout un tas de clichés (elle a été éduquée ainsi), mais, l'une de ses idées pourra en faire naître en vous une autre, plus originale et surtout plus personnelle... c'est ce que l'on peut appeler le " Rebond Créatif "...

Ce " Rebond Créatif " n'est pas une chimère, je l'ai testé pour le roman que je suis en train d'écrire.

J'ai utilisé l'IA comme Sherlock Holmes le fait de Watson. J’ai écouté (lu) ses idées (toutes plus convenues les unes que les autres) jusqu'à ce que l'une d'entre elles fasse naître l'étincelle dans mon cerveau.

Sherlock disait :

« Il se peut que vous n’ayez pas vous-même de lumière, mais vous êtes un conducteur de lumière. Certaines personnes, sans posséder de génie, ont le pouvoir remarquable de le stimuler. »

L'IA est ce genre d'outil qui a le pouvoir de stimuler le génie chez son utilisateur.

Tout cela est parfaitement expliqué dans le manuel... et bien d'autres choses encore...

Car " L'IA, le couteau suisse de l'écrivain " fait 691 pages.

Vous pensez bien qu'en 691 pages, j'ai pu aborder de nombreux sujets, tous liés à l'écriture d'un roman.

Depuis la formalisation d'une idée jusqu'à la publication d'un roman, il y a tant à faire, tant à voir, que l'aide de l'IA ne peut être qu'un apport non négligeable.

Bien évidemment, vous pouvez lui confier une première correction orthographique, syntaxique, grammaticale...

Mais attention, l'IA n'est pas Dieu (tout comme Antidote, un logiciel de correction, ne l'est pas non plus).

Car, si, comme moi, vous écrivez des phrases un peu complexes, ses corrections peuvent alors ajouter des fautes au lieu d'en retirer.

Le manuel explique parfaitement ce que l'on peut attendre de l'IA et ce qu'il ne faut surtout pas en attendre.

Son aide est précieuse, mais elle doit toujours être contrôlée, surveillée...

Pour construire un personnage, s'assurer de sa cohérence tout au long du récit...

L'IA peut vous aider.

Pour vous assurer que votre intrigue tient la route, que les indices sont présents et suffisants, bien placés et détenus au bon moment par les bons personnages...

L'IA peut vous aider.

Pour être certain de ne pas avoir changé le nom d'un personnage secondaire en cours de route...

L'IA peut vous aider.

Pour vous assurer une cohérence temporelle et spatiale de votre intrigue...

L'IA peut vous aider.

Bref, je ne vais pas vous lister toutes les tâches dans lesquelles l'IA peut vous être utile, puisque vous avez désormais accès à 700 pages de conseils, d'utilisations, de prompts, pour vous servir de l'IA dans votre processus d'écriture...

Mais ce manuel n'est pas là que pour intégrer l'IA dans le processus d'écriture, il vous permet également d'identifier les différentes phases de ce " processus "...

Car il s'agit avant tout d'établir une méthode pour écrire votre roman... en intégrant un outil multitâche, un véritable couteau suisse pour l'écrivain.

Au final, que vous soyez un écrivain en herbe ou un auteur confirmé, vous pouvez toujours compter sur l'IA pour vous aider.

Attention, ceci n'est pas un plaidoyer pour l'utilisation à outrance de l'IA.

Le manuel, encore une fois, expose les avantages de l'IA, mais aussi ses limites.

Ce qu'il peut vous apporter s'il est bien utilisé.

Mais également ce que vous risquez si vous l'utilisez mal ou pour tout et n'importe quoi.

Ce manuel n'a pas pour but de vous vendre une IA (d'ailleurs, aucun nom d'IA n'est cité, à vous de choisir celle que vous préférez), mais de vous proposer une méthode pour vous appuyer sur un partenaire qui ne fatigue jamais, qui ne refuse jamais de vous apporter son aide, qui a toujours du temps à vous consacrer.

Vous pouvez vous procurer " L'IA, le couteau suisse de l'écrivain ", sur toutes les librairies numériques au format PDF...

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2 août 2026

Le mort qui accuse

J'ai l'habitude, quand je parle de ma chère littérature fasciculaire, d'en évoquer des auteurs majeurs.

Parfois, ceux-ci sont marquants par la qualité de leur plume.

Le plus souvent, ils le sont par leur immense productivité (oui, je pense à Henry Musnik).

Mais la littérature québécoise n'est pas en reste.

En effet, celle-ci regorge également de nombreuses collections fasciculaires.

Et dans ce domaine, un auteur se dégage tout particulièrement... et ce n'est pas forcément par la qualité de sa plume : Pierre Saurel.

De son vrai nom Pierre Daugnault (1925-2003), celui-ci, s'il fut également acteur de séries TV, est principalement connu par le nombre incroyable de récits qu'il écrivit.

Principalement connu pour les aventures de son agent IXE-13 (près de 1000 fascicules de 32 pages, rien que ça), il a également développé d'autres personnages récurrents comme " Le Manchot ", un détective... manchot (plus d'une quarantaine de petits romans), ainsi que le détective Albert Brien (je ne connais pas le nombre d'épisodes, mais certains avancent plusieurs centaines).

Bref, autant dire que Pierre Saurel est à la littérature populaire québécoise ce qu'Henry Musnik fût à la nôtre... du moins en quantité.

Car, en qualité, je dois bien dire que mes lectures des premiers épisodes de la série " Le Manchot " m'avaient laissé plus que dubitatif quant à la qualité littéraire de ces récits.

En effet, je trouvais le style très plat et certaines tournures de phrases quelque peu tarabiscotées.

Mais bon, plusieurs années plus tard, voilà que je viens retester la plume de l'auteur avec le titre « Le mort qui accuse », une aventure du détective Jean Lecoq (un autre récurrent de l'auteur), tout premier titre de Pierre Saurel paru en 1946.

Alors, sa plume était-elle encore pire à ses débuts qu'une fois qu'il fut un auteur confirmé ?

C'est ce que nous allons voir.

Le mort qui accuse :

Montréal. Le célèbre détective Jean Lecoq reçoit la visite d'un homme terrassé par le désespoir : Armand Lejeune.

Le drame est sans précédent : son frère, le riche banquier Joseph Lejeune, a été retrouvé mort, abattu d'un coup de revolver.

Mais le véritable cauchemar commence lorsque la victime, dans un dernier souffle d'agonie, désigne Armand comme son propre meurtrier : « Assassin ! C’est toi qui m’as tué... ».

Armand, dont les souvenirs de la nuit sont embrumés par l'alcool, est-il réellement coupable d'un crime qu'il a oublié, ou est-il la victime d'une machination machiavélique.

Entre la disparition mystérieuse d'un collier de diamants et les ombres menaçantes des bas-fonds de la ville, Jean Lecoq s'élance dans une enquête périlleuse pour démêler le vrai du faux.

Une course contre la montre s'engage pour sauver l'honneur d'un homme que même le mort accuse.

Armand Lejeune vient rendre visite au détective Jean Lecoq pour lui demander d'enquêter sur le meurtre de son frère, un riche banquier. Sauf qu'Armand Lejeune a découvert son frère au bord de l'agonie et que celui-ci l'a accusé d'être son assassin dans son dernier souffle. Mais, comme Armand Lejeune était saoul à ce moment-là, il est incapable de savoir s'il est ou non le meurtrier.

Bon, je ne vais pas m'étendre sur ce court récit de 34 pages qui n'atteint pas tout à fait les 10 000 mots (9850), ce qui est somme toute la taille usuelle des textes contenus dans des fascicules de 32 pages en France.

Déjà, le texte pâtit des défauts inhérents au format : intrigue faible, personnages peu développés, narration simple et directe, pas d'envolées littéraires.

Ceci étant dit, j'ai trouvé que ce récit était moins " plat " que ceux de l'auteur que j'avais lus par le passé (du moins d'après mes souvenirs).

Cependant, peut-être Pierre Saurel a-t-il pris plus de temps à écrire ce texte que les suivants, car, vu sa production, on peut être assuré qu'il ne se relisait peu et écrivait tout automatiquement sans recherche d'amélioration de son premier jet.

Peu importe, ce fut le cas d'énormément d'auteurs de la littérature populaire et cela n'a pas empêché certains d'exceller pour autant (citons Jean Ray, par exemple, connu pour ne jamais se relire et ne jamais s'arrêter d'écrire pour chercher un synonyme... ce qui explique certaines répétitions).

En tous les cas, j'ai l'impression que ce tout premier récit est mieux écrit que ceux que j'ai lus, mais cela peut également être juste une impression.

Bien évidemment, l'intrigue est très légère et le récit ne brille pas par son suspens.

Si le personnage de Jean Lecoq est peu développé, il manque surtout d'un minimum d'éléments pour le différencier du tout venant des personnages policiers.

Alors, non, je ne crierai pas au chef d'œuvre (je ne crois pas qu'il faille en chercher dans la production de Pierre Saurel... comme dans celles de la plupart des auteurs prolifiques de la littérature populaire), mais un récit qui se lit vite et pas trop mal même si, chauvinisme ou pas, je préfère encore lire un texte d'Henry Musnik que j'ai pourtant souvent critiqué pour la platitude de sa plume.

Au final, pas une purge, pas un chef d'œuvre, un premier texte qui pouvait augurer une certaine qualité de plume à venir pour Pierre Saurel... mais il n'arrive pas toujours ce que l'on présage.

26 juillet 2026

Un héros de quinze ans

Précédemment, dans « Thérèse Arnaud, espionne française »...

Thérèse Arnaud, espionne pendant la Première Guerre mondiale pour le Deuxième Bureau, est apparue en 1934 dans 65 fascicules de 32 pages, double-colonne, contenant des récits indépendants d'environ 12 000 mots.

Thérèse Arnaud est probablement inspirée de la véritable espionne Marthe Richard.

Thérèse Arnaud est entourée par de fidèles lieutenants : Malabar, le colosse et chauffeur de l'équipe ; Languille, l'acrobate capable de se faufiler partout ; Marcel, le chimiste ; Friquet est le titi parisien jeune, malin, drôle et gouailleur.

Chacun et chacune préfigure un peu les personnages de la série TV " L'Agence Tous Risques " qui naîtra plus d'un demi-siècle plus tard.

D'ailleurs, les deux séries fonctionnent un peu sur le même principe.

Quant à l'auteur, Pierre Yrondy, Wikipédia vous dira que c'est le fils du peintre Pierre-Édouard Yrondy, une information plutôt récente, mais que je réfute, car les dates ne correspondent pas avec la période d'activité de l'auteur.

« Un héros de quinze ans » est le 36e épisode de la série.

Un héros de quinze ans :

Première Guerre mondiale !

Flandres, octobre 1917. Dans la boue et la grisaille de West-Welteren, la guerre ne se joue pas seulement dans les tranchées.

Loulou, un gamin de quinze ans, livré à lui-même, observe avec une méfiance grandissante le père Georges, un camelot dont le volumineux ballot semble cacher bien plus que de simples marchandises.

Signaux nocturnes, pigeons voyageurs et rendez-vous secrets : l'ombre de l'espionnage plane sur le village alors que les troupes montent au front.

Habité par le désir héroïque d'être utile à son pays, l'intrépide Loulou se lance seul sur la piste d'une mystérieuse organisation.

Mais dans ce jeu de dupes où les apparences sont trompeuses et où la Tiergarten veille, le jeune garçon s'apprête à affronter un danger qui dépasse de loin son imagination...

Dans les Flandres, alors que les troupes alliées débarquent et repart, Loulou, un ado de quinze ans qui vit seul après le décès de sa mère et le départ de son père pour la guerre, se rêve en héros débusquant les espions allemands. Aussi, quand il repère les agissements étranges du Père Georges, se met-il à le suivre sans se douter des mésaventures qu'il s'apprête à vivre...

Si j'ai l'habitude, dans la série, de dire que les épisodes se suivent et se ressemblent un peu, ce n'est pas vraiment le cas dans cet épisode.

En effet, rien que le titre nous fait penser aux récits destinés à la jeunesse écrits, entre autres, par l'écrivain Arnould Galopin, des aventures mettant en scène des adolescents sous des titres tels que « Un aviateur de quinze ans », « Un poilu de douze ans », « Les aventures de Toto explorateur de 13 ans » ou encore « Le petit détective » paru à la même époque que Thérèse Arnaud.

Et ce n'est pas faux.

Ensuite, le récit se déplace dans les Flandres en pays belge.

Enfin, les deux premiers tiers de l'histoire se concentrent sur les aventures du jeune Loulou, dans un récit qui, justement, fait penser aux récits jeunesse cités plus haut.

Le dernier tiers est plus conventionnel avec l'arrivée des personnages habituels : Thérèse Arnaud et son équipe.

Quant au style, lui, il ne change pas, composé parfois de phrases courtes, par moments sans verbe, de métaphores pas toujours heureuses, et des quelques répétitions inhérentes à l'écriture quasi automatique nécessaire pour produire autant.

La fin de l'épisode laisse à penser que le jeune Loulou va intégrer l'équipe (ce qui est confirmé par la lecture de l'épisode suivant).

Au final, un récit qui s'inscrit plus, dans ses deux premiers tiers, aux récits jeunesse mettant en scène de jeunes héros, puis qui revient à la norme dans sa dernière partie. 

 

26 juillet 2026

La maison de l'effroi

Thérèse Arnaud est un personnage né de la plume de l'énigmatique auteur Pierre Yrondy.

Je dis " énigmatique ", car, si Wikipédia assure qu'il s'agit du fils du peintre Pierre-Édouard Yrondy, je serais moins catégorique, car j'estime que les dates d'activités ne correspondent pas.

Pour en revenir à Thérèse Arnaud, le personnage est inspiré de la véritable espionne Marthe Keller. Celle-ci œuvre pour le compte du Deuxième Bureau, sous les ordres du capitaine Ladoux, durant la Première Guerre mondiale.

Elle est entourée par de fidèles lieutenants tels le colosse Malabar, l'homme des coups durs et le chauffeur de l'équipe ; Languille, l'acrobate capable de se faufiler partout ; Marcel, le chimiste et Friquet, le titi parisien, taquin et gouailleur.

Dans cet épisode (et sûrement les suivants), Loulou, le " héros de quinze ans " du précédent épisode, intègre l'équipe.

Thérèse Arnaud apparaît en 1934 et vivra 65 missions sous la forme de fascicules de 32 pages, double-colonne, contenant des récits indépendants d'environ 12 000 mots.

« La maison de l'effroi » est le 37e épisode de la série :

La maison de l'effroi :

Première Guerre mondiale !

Un colis macabre déposé sur le bureau du capitaine Ladoux marque le début d'une confrontation sans merci.

À l'intérieur, vingt ongles humains arrachés à la pince : la Tiergarten, l'implacable service d'espionnage allemand, vient de lancer un défi sanglant au Deuxième Bureau en torturant deux de ses membres.

Pour venger ses agents et anéantir ce réseau qui opère secrètement depuis les environs de Compiègne, Ladoux dépêche sa meilleure collaboratrice, l’intrépide Thérèse Arnaud, alias C. 25.

L'intrépide espionne s'élance dans une traque acharnée à travers les forêts de l'Oise, prête à tout pour venger ses camarades et démanteler ce réseau implacable.

Entre filatures nocturnes et jeux de masques, elle s'approche d'une bâtisse isolée dont le calme n'est qu'une façade trompeuse

Dans cette lutte de l'ombre où la pitié n'existe pas, Thérèse Arnaud joue sa partie la plus périlleuse contre un ennemi qui l'attend de pied ferme...

Le capitaine Ladoux reçoit un macabre colis : 20 ongles arrachés aux hommes qu'il avait envoyés enquêter sur les agissements d'une cellule allemande dans les environs de Compiègne...

Pour venger ses hommes, le capitaine Ladoux décide d'envoyer dans la gueule du loup Thérèse Arnaud et son équipe...

Pierre Yrondy convie ses personnages à participer à une aventure dans un genre qu'il apprécie et qu'il a déjà utilisé, par exemple, dans l'épisode 4 : « Le secret de la villa », dans lequel Thérèse Arnaud et son équipe avaient eu affaire à une maison piégée.

C'est une nouvelle fois le cas ici puisque la " maison de l'effroi " est surtout la maison des pièges.

Passages secrets, pièges mortels, surprises, panneaux dévoilant des passages... sont des caractéristiques que les auteurs de l'époque utilisent régulièrement pour tenir leurs lecteurs en haleine.

Que ce soit Maurice Leblanc et son Arsène Lupin, Henry Musnik dans, par exemple, « L'homme traqué », une aventure de Jack Desly...

D'ailleurs, ce sont des éléments déjà présents régulièrement dans les aventures de Nick Carter et peut-être (sûrement) même avant.

On se retrouve donc dans un épisode qui s'inscrit parfaitement dans la série et qui fait référence à d'autres épisodes, notamment le 4.

Quant à la plume de l'auteur, on y retrouve là également les caractéristiques usuelles de celle-ci. De nombreuses phrases courtes, parfois sans verbes, des métaphores, du rythme, du rythme...

Alors, oui, Pierre Yrondy ne nous propose pas de la grande littérature et le fait qu'il écrive énormément donc, sûrement, très vite, fait que l'on retrouve de temps en temps des répétitions facilement évitables.

Mais bon, ce sont-là des défauts inhérents à ce genre de littérature.

Au final, un épisode basé sur le principe de la maison piégée dans lequel on retrouve le jeune Loulou, le héros de quinze ans de l'épisode précédent.

 

26 juillet 2026

La femme au manchon

Thérèse Arnaud... est-il encore bien utile de présenter ce personnage créé en 1934 par l'auteur Pierre Yrondy pour le compte des éditions Baudinière ?

Comme je sens que vous allez me répondre " oui ", alors, je vous propose une rapide remise à niveau.

Thérèse Arnaud, espionne française, est un personnage apparu, donc, en 1934 pour une série fasciculaire éponyme de 65 épisodes, des fascicules de 32 pages, double colonne, contenant des récits indépendants d'environ 12 000 mots.

Nul doute que le personnage de Thérèse Arnaud soit inspiré de la véritable espionne Marthe Richard, puisque l'une comme l'autre ont travaillé pour le Deuxième Bureau (service d'espionnage français durant la Première Guerre mondiale) sous les ordres du capitaine Ladoux.

Thérèse Arnaud est secondée par de fidèles lieutenants qui ont chacun leur atout : Malabar est le colosse, un homme aux poings durs, mais aussi le chauffeur de l'équipe ; Languille est l'acrobate, souple et capable de se faufiler partout ; Marcel est le chimiste qui étudie les documents et les pièces à conviction, décrypte les messages, etc. ; Friquet est le titi parisien jeune, malin, drôle et gouailleur.

Quant à l'auteur, Pierre Yrondy, si Wikipédia se targue d'avoir identifié en lui le fils du peintre Pierre-Édouard Yrondy, je suis bien moins catégorique qu'eux, car j'ai beaucoup de mal à penser qu'un auteur aussi prolifique se soit brusquement arrêté d'écrire pendant les 25 dernières années de sa vie...

Bref, la série « Thérèse Arnaud, espionne française » est une série d'aventures et d'espionnage ancrée pendant la Première Guerre mondiale, mélangeant personnages réels (le capitaine Ladoux, Mata-Hari, Mademoiselle Docteur...), humour, aventures, action, pièges, déguisements...

« La femme au manchon » est le 35e épisode de la série.

La femme au manchon :

Première Guerre mondiale !

Dans un Paris glacial, une mystérieuse opération nocturne au cœur de la rue Pigalle met en alerte les services de renseignements français.

Un paquet dissimulé dans une enseigne lumineuse déclenche une traque haletante menée par la célèbre espionne Thérèse Arnaud, connue sous le nom de C. 25.

Secondée par ses fidèles auxiliaires, elle s'attaque à un réseau d'agents allemands de la « Tiergarten » dont les ramifications s'étendent des bas-fonds parisiens aux salons les plus huppés.

Entre une soirée de gala où triomphe la fascinante danseuse Mata-Hari et une confrontation feutrée avec la redoutable Mademoiselle Doktor, Thérèse Arnaud va devoir naviguer dans un dédale d'intrigues et de faux-semblants.

Dans cette lutte de l'ombre, l'agente d'élite jouera une partie serrée pour empêcher les secrets de la France de passer la frontière.

Malabar, le fidèle lieutenant de la célèbre espionne Thérèse Arnaud, est chargé de surveiller les agissements de deux individus. Ceux-ci, sous le prétexte de réparer une enseigne lumineuse, y cachent un paquet que, bientôt, une habitante de l'appartement situé au même niveau récupère. Si Malabar intercepte bien la femme et les deux hommes, il oublie de récupérer le fameux paquet, pièce à conviction essentielle pour faire arrêter le trio qui se retrouve bientôt en liberté... mais ce n'est que partie remise.

Bon, pas grand-chose à dire de cet épisode que je n'ai déjà raconté sur les 34 précédents.

On y retrouve les mêmes personnages, le même style littéraire fait parfois de phrases courtes, sans verbe, de métaphores pas toujours très heureuses qui définissent la plume de Pierre Yrondy.

On y retrouve également l'humour de l'auteur (même s'il n'est pas très présent ici).

La principale différence se place dans l'état d'esprit de Thérèse Arnaud qui, pour arriver à ses fins, démontre qu'elle est capable de mettre de côté certains de ses principes.

Pour le reste...

Au final, un épisode dans la veine des précédents qui permet de retrouver les personnages récurrents de la série, tant du côté des gentils que des méchants.

 

 

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19 juillet 2026

Deux coups de feu

Si vous lisez régulièrement mes critiques, André Charpentier (1884-1966) ne devrait plus être un inconnu pour vous.

En effet, j'ai déjà maintes fois évoqué cet auteur, notamment et surtout pour ses récits mettant en scène l'inspecteur Girard (ou Gérard, selon les textes et les éditions).

Comme bien souvent, dans la littérature fasciculaire de l'époque, ces " épisodes " se retrouvèrent disséminés dans diverses collections sans qu'on puisse faire un rapprochement de personnages autrement qu'en lisant un maximum de textes de l'auteur... ce que je fis.

Mais André Charpentier n'est pas que l'auteur des " aventures de l'inspecteur Girard ", il a également écrit bon nombre de récits d'aventures, de récits jeunesse et même d'autres récits policiers dans lesquels on ne trouve pas son héros récurrent.

C'est le cas du titre du jour, « Deux coups de feu », initialement paru, apparemment, dans une collection policière des éditions Baudinière en 1945 et assurément réédité sous la forme d'un fascicule de 32 pages en 1948 dans la collection " Les Récits Policiers " des éditions de La Technique du Livre.

Deux coups de feu :

Le boulevard Haussmann s’éveille sous le choc : Martial Brossard, directeur de l’Agence Commerciale Africaine, est retrouvé assassiné dans son bureau.

Entre une épouse délaissée aux menaces de mort explicites et une jeune secrétaire qui crie à la culpabilité de sa rivale, la police pense tenir une affaire classée.

Pourtant, une ombre plane sur ce drame : celle d’une mystérieuse visiteuse aux yeux noirs, disparue juste avant les coups de feu.

Qui est cette inconnue venue réclamer justice pour une affaire vieille de quinze ans ?

Refusant les conclusions hâtives de l'inspecteur Durandeau, le reporter intrépide Patrice Laville décide de remonter la piste jusqu’aux ruelles sinueuses de la Casbah d'Alger.

Dans une atmosphère lourde de trahisons et de trafics passés, il s'apprête à déterrer un secret que certains auraient préféré voir mourir avec Brossard.

Martial Brossard est assassiné dans son bureau en pleine journée. La secrétaire de la victime retrouve, auprès du corps, la femme de son patron, revolver à la main. Mais celle-ci se dit innocente...

André Charpentier, comme je l'ai déjà dit, est l'auteur de la série autour de l'inspecteur Girard dont j'ai déjà chroniqué de nombreux épisodes.

On retrouve dans ce récit policier, les mêmes éléments que dans les épisodes de ladite série, notamment du côté de l'écriture avec ces multiples " ; " points virgules qui ponctuent les phrases de façon abusive.

Si Charpentier proposait à l'inspecteur Girard de participer souvent à des sous-genres du roman policier (crime en chambre close, meurtre impossible)... ici, il décide de confier l'enquête à un journaliste qui va devoir voyager pour comprendre les tenants et les aboutissants du crime.

On se retrouve donc dans un récit plus classique pour l'époque dans son intrigue et sa narration. En effet, on retrouve cette " vengeance du bout du monde " dans plusieurs enquêtes du commissaire Rosic de Rodolphe Bringer et bien d'autres encore.

Pour autant, André Charpentier n'étant pas un béjaune, il parvient tout de même à séduire le lecteur même à travers une trame plus conventionnelle.

Cependant, il faut bien avouer que l'enquête se déroulera plus dans l'action que dans la réflexion, ce qui dirige plus le genre du récit vers l'aventure.

Au final, un récit qui se lit avec plaisir même si on préférera les enquêtes de l'inspecteur Girard du même auteur.

 

19 juillet 2026

O.K. Léon !

Janine Oriano, de son vrai nom Janine Boissard, est une femme de lettres née en 1932 et toujours vivante au moment où j'écris cette critique (elle a 93 ans).

Si elle est connue, notamment et principalement, pour sa saga familiale " L'esprit de famille " (6 Tomes), elle écrivit, au début des années 70, deux romans policiers pour les éditions Gallimard : " B comme Baptiste " et le titre du jour " O.K. Léon ! "

« O.K. Léon ! » parut en 1972.

O.K. Léon ! :

« Le coup de l" Oncle d'Amérique ", personne n'y croit plus. À part ma future belle famille, aussi cupide que candide. Pourtant, c'est vrai, dans mon cas. Et quand un généreux inconnu se met à m'envoyer de somptueux colis, quand, au foie gras et au saumon, succèdent des sulfateuses dernier cri suivies de la visite de trois gus qui m'ont tout l'air de savoir s'en servir, alors là, je commence à me demander sérieusement si mon tonton n'aurait pas mal tourné... »

Léon est sur le point de se marier avec Berthe, mais, dans l'attente d'avoir les moyens de lui payer la bague tant réclamée par sa future femme et sa future belle-mère, il habite dans son appartement.

Quand il reçoit de mystérieux colis contenant des produits de luxe... et des dessins incompréhensibles, il prétend que cela lui vient de son oncle d'Amérique.

Bientôt, ce ne sont plus des produits de consommation qu'il reçoit, mais des mitraillettes.

Dans la foulée, deux molosses débarquent chez lui et l'appellent " Patron ".

Léon, ne sachant que faire, va se prêter au jeu... un jeu dangereux...

Bon, que dire de ce roman loufoque, du moins dans son intrigue ?

En fait, je ne sais pas trop quoi en dire.

En effet, on sent que l'auteur s'amuse... aux dépens de son personnage, des lecteurs aussi, peut-être, et enchaîne les situations improbables, accumule les personnages déjantés...

Pour autant, difficile vraiment d'être séduit par l'intrigue minimaliste ou presque, de s'attacher aux divers personnages et surtout au héros et d'accepter certains comportements peu crédibles comme ceux de la collègue de travail de Léon ?

Au final, l'humour ne suffit pas toujours à sauver totalement un roman, surtout quand on délaisse trop son intrigue et ses personnages...

 

P.S. : à noter que ce roman a été adapté au cinéma en 1974 sous le titre " OK Patron " avec un casting 5 étoiles : Jacques Dutronc, Mireille Darc, André Pousse, Francis Blanche, Maurice Biraud, Daniel Ceccaldi, Henry Guibet, Paul Préboist, Renée Saint-Cyr, Marie-Pierre Casey et même Michel Constantin.

 

12 juillet 2026

Gangster malgré lui

Fut un temps un peu lointain, les magazines jeunesses publiaient des récits policiers qui n'étaient pas forcément destinés qu'à la jeunesse.

Certes, ceux-ci avaient tous pour points communs de mettre en scène des héros positifs en tous sens, qu'à la fin de l'histoire, les gentils gagnaient et les méchants étaient punis, de ne pas trop verser dans la violence et de mettre en avant les bons sentiments (ce qui était le cas, de toute façon, de la grande majorité des textes de la littérature populaire de l'époque).

Mais, pour autant, ces récits étaient lisibles et appréciables par tous et toutes... la preuve, j'en suis friand.

Alors, les passionnés de littérature populaire ne seront pas étonnés par ce que je viens de dire puisque tous les textes de José Moselli, par exemple, furent publiés dans des magazines jeunesse.

Mais José Moselli ne fut pas le seul auteur à avoir versé son obole à cette presse.

En effet, le cas du jour nous démontre que l'auteur Norbert Sevestre (1879-1946) en fit autant.

Bon, rien d'étonnant en la matière, quand on sait que l'auteur prolifique a souvent abordé les genres policiers, aventures et jeunesse et qu'il fut même loué par l'Abbé Béthléem, pourfendeur du vice dans la littérature de l'époque.

En ce qui concerne le titre du jour, « Gangster malgré lui », il fut initialement publié en 1934 dans le magazine « Guignol : cinéma des enfants » sous la forme d'un feuilleton en 4 parties avant d'être réédité en roman chez l'éditeur Tallandier dans la collection « Grandes aventures. Voyages excentriques » en 1936.

Gangster malgré lui :

Octave Boneface est un honnête chemisier de la rue Saint-Honoré, dont la seule excentricité consiste en de longues marches nocturnes dans les rues de Paris.

Mais un soir, aux abords du Petit Palais, sa vie bascule lorsqu'il est brutalement enlevé par un groupe d'étrangers persuadés d'avoir retrouvé un traître nommé Tony Floyd.

Victime d'une méprise tragique due à une ressemblance frappante, l'innocent commerçant est entraîné malgré lui dans un engrenage criminel qui le dépasse.

Alors que la police piétine, son jeune secrétaire, Luc Archer, décide de mener sa propre enquête.

Guidé par un indice ténu ramassé sur les lieux de l'agression, le jeune homme se lance dans une course contre la montre haletante qui le mènera des villas discrètes de la banlieue parisienne jusqu'aux bas-fonds de Chicago.

Oscar Boneface est un honnête commerçant, marié, père d'une jeune fille et dont le seul vice est de marcher longuement à travers les rues de Paris au grand damne de sa femme qui craint qu'il ne soit victime d'une agression.

Un soir, lors d'une de ses promenades, Oscar Boneface est abordé par des individus patibulaires parlant l'américain. Bientôt, il est kidnappé par ces hommes qui l'ont apparemment confondu avec un de leur compatriote...

Luc Archer, le jeune secrétaire de Boneface et l'amoureux de la fille de celui-ci, devant l'incapacité de la police à retrouver son patron et, il l'espère, son futur beau-père, décide de se lancer dans une enquête qui le mènera par tous les états d'esprit et jusqu'aux États-Unis...

Autant le dire tout de suite, qui aura déjà lu ce genre de romans policiers d'aventures ne sera pas surpris ni décontenancé par la lecture de ce roman.

En effet, « Gangster malgré lui » ne révolutionne pas le genre abordé (aventures policières) ni par son intrigue, ni par ses personnages, ni par sa narration ou sa plume.

Ce roman, destiné à un magazine jeunesse, n'a pas cette ambition et on le sent immédiatement.

Est-ce pour autant un mauvais roman ou un roman insipide ? Non, bien évidemment.

D'ailleurs, on pourrait un peu rapprocher « Gangster malgré lui » de la série « Le Petit Détective » d'Arnould Galopin, publié à la même époque (1934) et partageant de nombreux points communs : un héros jeune qui devient détective par hasard, une narration feuilletonesque, une bande de méchants, des rebondissements, des voyages, des bons sentiments, du manichéisme, de l'aventure...

Et j'ai déjà dit tout le bien que je pensais de « Le Petit Détective ».

Bref, à défaut de faire original, Norbert Sevestre remplit parfaitement la tâche qui lui incombe : proposer un récit prenant qui plaira au public jeune... mais pas que.

Alors, oui, l'intrigue fonctionne beaucoup (comme très souvent les romans et surtout les feuilletons de l'époque) sur les hasards et les coïncidences et le fait que le monde étant petit, les protagonistes vont forcément se croiser (mais Voltaire nous avait déjà fait le coup deux siècles auparavant avec son Candide).

Effectivement, les bons sentiments et le manichéisme ambiant peuvent sembler un peu sirupeux et indigestes à notre époque, mais il faut savoir replacer le texte dans son contexte. Et quand on attaque ce genre de lecture, on sait ce que l'on va y trouver.

Et quand on aborde ce genre de lecture avec le bon état d'esprit, on peut alors l'apprécier.

C'est ce que je fis de ce roman-feuilleton de près de 52000 mots (ce qui est une taille très honorable pour un roman de l'époque).

Au final, un roman d'aventures policières destiné pour la jeunesse d'il y a près d'un siècle, mais qui peut être lu et apprécié par tout le monde de nos jours et qui condense tout ce qui se faisait à l'époque...

 

12 juillet 2026

Le rapide n°5

À peine vous ai-je parlé de Félix Léonnec (1872-1942), un réalisateur et auteur de littérature populaire, que j'y reviens immédiatement... pour vous parler du même personnage : le détective Bobby Lumen.

En effet, celui-ci était le héros de " Le poing final ", un fascicule paru initialement dans la seconde série de la mythique collection " Le Roman Policier ", illustrée par le génial Gil Baer, en 1927. Celui-ci portait le numéro 26 de la collection.

Mais, quelques titres auparavant (au n° 7), on pouvait trouver le titre du jour, « Le rapide n° 5), dans lequel le héros était déjà Bobby Lumen.

Le détective étant déjà, dans ce titre, annoncé comme célèbre et ayant résolu de nombreuses affaires, il ne serait pas étonnant de le retrouver dans d'autres titres de l'auteur, mais je n'en ai pas trouvé trace dans ceux que je possède...

Pour rappel, Félix Léonnec et le fils du caricaturiste Paul Léonnec et le frère aîné de l'illustrateur George Léonnec.

Le rapide n° 5 :

Alors qu’il s'adonne à sa passion pour la pêche sur les bords de la Marne, Bobby Lumen, le plus célèbre des détectives français, est arraché à sa quiétude par une affaire stupéfiante.

Lucette Bellefeuille, la célèbre divette, a été retrouvée sans vie dans un compartiment verrouillé du rapide Paris-Marseille.

Le mystère semble insoluble : comment la jeune femme a-t-elle pu être découverte assassinée à Marseille alors qu'elle chantait encore sur une scène parisienne quelques heures plus tôt ?

Entre la disparition de bijoux d’une valeur inestimable et une énigme spatio-temporelle qui défie la raison, Bobby Lumen se lance dans une enquête haletante.

Dans cette course contre la montre, la vérité pourrait bien se cacher là où personne n'ose regarder.

Bobby Lumen, le célèbre détective s'adonne, comme à son habitude lors de ses moments de repos, à la pêche. Mais Léveillé, son ami et majordome, vient lui dire que le chef de la Sûreté a appelé et le mande d'urgence.

Arrivé sur place, Bobby Lumen apprend qu'une jeune chanteuse vedette a été retrouvée assassinée à Marseille dans un compartiment du rapide n° 5. Problème, à l'heure du départ du train de Paris, la victime était sur scène et n'a donc pas pu prendre ledit train. Autre problème, Lumen découvre rapidement que la chanteuse a été assassinée chez elle et que ses bijoux et son argent ont été dérobés...

Félix Léonnec nous invite ici à un crime et un récit ambitieux... en apparence.

En effet, le meurtre s'inscrit dans un certain nombre de sous-genres du roman policier : crime en chambre close + crime mystérieux + crime impossible...

C'est dire toute l'ambition de l'intrigue : une femme est retrouvée morte dans un train qu'elle n'a pas pu prendre... elle a été assassinée chez elle alors que tout était fermé...

Malheureusement, le récit étant destiné à un fascicule de 32 pages et dépassant à peine les 11 000 mots (une grosse heure de lecture), on se doute que l'auteur aurait du mal à résoudre son intrigue d'une façon acceptable... si tant est qu'il la résolve...

Je vous laisserai constater par vous-même.

Pour le reste, on est plutôt dans du très classique, un récit très représentatif des fascicules policiers des années 1920.

Bobby Lumen est un détective qui ne se démarque pas de celui de l'imagerie collective, l'auteur l'avoue lui-même en le comparant à Sherlock Holmes et Nick Carter, deux détectives de la littérature policière populaire de l'époque.

Bobby Lumen possède donc le don d'observation, celui de la perspicacité, du courage, de la volonté, de la souplesse, de la force, de l'opiniâtreté, sans avoir de défauts annoncés.

Il est secondé par son majordome et ami qu'il sauva du suicide par le passé et par ses deux neveux (ce qui rappelle fortement Nick Carter).

Sa seule caractéristique le démarquant : il est un pêcheur invétéré (avec un circonflexe).

En ce qui concerne la plume de Léonnec, on ne trouvera rien à redire, ni en bon ni en mauvais, une plume " passe-partout " qui remplit son office, mais sans chercher à faire de la grande littérature.

Là encore, on est dans le classique.

Le récit est bien mené dans un premier temps, avec ces mystères qui s'accumulent...

L'enquête de Bobby Lumen mélange à la fois observation, réflexion et action puisqu'il n'hésite pas à prendre divers moyens de locomotions pour se rendre d'un point à un autre.

Reste la fin... frustrante, autant l'avouer, mais pardonnable du fait de la difficulté à proposer une intrigue complexe et la résoudre de façon honorable en seulement une dizaine de milliers de mots.

Au final, un récit policier qui n'a pas les moyens de ses ambitions (en termes de temps d'écriture, de publication et de nombre de pages disponible), mais qui, au moins essaye, et ce n’est déjà pas si mal...

5 juillet 2026

Le poing final

Félix Léonnec (1872-1942) est un réalisateur et auteur de la littérature populaire que j'ai déjà abordé pour son fascicule « Un cri dans le brouillard ».

Fils d'un caricaturiste, frère aîné d'un illustrateur pour des magazines populaires, Félix Léonnec a principalement œuvré, en tant qu'auteur, dans le genre aventures et le genre sentimental.

Pourtant, il a écrit plusieurs fascicules policiers dont au moins deux mettent en scène le personnage du détective Bobby Lumen.

Le premier titre, « Le rapide n° 5 » a été publié sous la forme d'un fascicule dans la seconde série de la mythique collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi en 1927.

Le second est le titre du jour, « Le poing final » et est paru peu de temps après.

Il s'agit d'un texte d'un peu moins de 18 000 mots.

Le poing final :

En vacances dans les Côtes-du-Nord, le célèbre détective Bobby Lumen voit sa tranquillité brisée par une nouvelle alarmante : l'impitoyable Brécard, dit « Poing... final », s'est évadé du bagne.

Condamné autrefois grâce au flair de Lumen, ce colosse assoiffé de sang n’a qu'une idée en tête : se venger du détective en lui assenant son coup de poing mortel caractéristique.

Alors que les cadavres de ses anciens collaborateurs commencent à s'accumuler à Paris, Bobby Lumen doit quitter sa retraite bretonne pour affronter son ennemi le plus féroce dans un duel psychologique et physique.

Entre les bas-fonds de la capitale et des cachettes souterraines réputées imprenables, une traque haletante s'engage.

Bobby Lumen est en vacances avec ses bras droits et son majordome.

Quand il reçoit un message du chef de la Sûreté le prévenant de l'évasion de Brécard, un bandit qu'il a arrêté et qui est surnommé " Poing... final ", car il a tué ses victimes d'un coup de poing derrière la tête, il sait que son congé va rapidement prendre fin.

En effet, il ne tarde pas à recevoir un autre message le prévenant de la mort d'un policier qui l'accompagnait lors de l'arrestation de Brécard.

Bobby Lumen décide alors de rentrer à Paris en urgence pour éviter d'autres morts...

Félix Léonnec nous propose là un récit policier plutôt classique et qui s'inscrit dans la veine de ce que l'on pouvait trouver dans la littérature fasciculaire policière des années 1920.

En effet, l'auteur utilise un héros " classique " pour l'époque avec ce détective réputé, courageux, fort, connaissant le jiu-jitsu.

En ce qui concerne l'intrigue, rien de bien nouveau non plus : un bandit s'évade du bagne et revient en France pour se venger de celui qui l'a arrêté.

Bon, une fois posé cet état de fait (la littérature fasciculaire n'est pas là pour innover même si cela arrive), on peut apprécier le récit pour ce qu'il est, à la fois un petit moment de lecture agréable et un témoignage de la littérature populaire de l'époque.

Il ne faut pas oublier que ces fascicules s'écrivaient vite, se publiaient vite et à très grand tirage, qu'ils ne coûtaient pas cher et permettaient aux moins nantis d'avoir la possibilité de lire et d'emmener leurs lectures dans leurs poches.

Bref, le but était de divertir le lecteur pendant une heure ou deux et c'est ce que fait ce récit.

Au final, une lecture agréable à défaut d'être originale ou inoubliable.

5 juillet 2026

Le poignard javanais

En littérature populaire, comme ailleurs, on recroise souvent les mêmes auteurs (en plus des autres). Il n'est donc pas étonnant que ma route me mette à nouveau sur celle de l'auteur Jean Normand, de son vrai nom Raoul Anthoni Lematte (1885-1956), un écrivain qui travailla dans l'administration pénitentiaire guyanaise, ce qui lui inspira de nombreux récits dont ceux composant la série « Inspecteur Doublet à travers le monde ».

Il est indéniable que cette expérience forgea sa plume et guida ses inspirations vers des lieux exotiques, soit directement, soit, comme dans le cas présent, plus indirectement...

« Le poignard javanais » est un récit initialement paru sous la forme d'un fascicule de 64 pages dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi en 1936.

Le poignard javanais :

Par une nuit de brouillard sur la Seine, la brigade fluviale ne s'attendait pas à une telle pêche : dans les filets abandonnés par des braconniers, le corps d'un homme ligoté émerge des eaux noires.

La découverte est d'autant plus troublante que la victime a été frappée par un poignard javanais en bois précieux, une arme exotique totalement inconnue des malfaiteurs européens.

L'inspecteur Marjol, chargé de l’enquête, découvre que le mort, un riche courtier en perles nommé Van Zollen, dissimulait une double identité et fréquentait les bords de Marne sous un pseudonyme pour y rencontrer une mystérieuse Soriana.

Pour résoudre l’affaire, l’inspecteur Marjol va devoir plonger dans les bas-fonds de la capitale.

Pour lui, commence alors une traque haletante afin de percer le secret d'une vengeance implacable venue du bout du monde.

C'est en pourchassant, de nuit, des pêcheurs braconniers que la Brigade Fluviale découvre, dans les filets de pêche abandonnés par ceux-ci, le corps d'un homme.

Dans le corps de la victime, la pointe d'un poignard en bois dur comme on en trouve sur l'île de Java...

L'inspecteur Marjol, grâce aux témoignages faisant suite à la diffusion du portrait de la victime, apprend que celui-ci était un riche courtier en perles.

Son enquête ne tarde pas à révéler que l'homme avait de fréquents rendez-vous secrets et que son dernier achat de perles a été remplacé par des faux...

Bon, Jean Normand, on le sait, aimait beaucoup instiller de l'exotisme de sans récits, soit directement, avec des histoires se déroulant dans des pays lointains (souvent en Amérique du Sud et plus assurément en Guyane), soit, comme ici, plus indirectement, en plongeant les origines de son intrigue dans une lointaine contrée.

Ceci dit, cet " exotisme " était assez courant à l'époque, et les auteurs n'hésitaient jamais à mêler des intrigues ancrées en Indes, en Afrique, en Amérique du Sud ou encore en Chine dans leurs récits policiers.

Ici, l'auteur nous livre une intrigue plutôt classique pour l'époque.

Comme il est souvent de coutume dans les fascicules (mais pas que), c'est-à-dire dans un format contraint à la concision, le hasard a une trop grande place dans la résolution de l'affaire.

Cependant, l'enquête s'appuie également sur des analyses de l'Identité Judiciaire, sur la médiatisation, sur des filatures, des traques et un peu de réflexion, ce qui n'est pas toujours le cas dans cette paralittérature.

Les personnages, là aussi du fait de la concision exigée, sont très peu développés, que ce soient l'inspecteur Marjol ou les différents protagonistes.

Pas très grave, si on est un adepte de la littérature fasciculaire, on est habitué à ce travers. 

Le nœud de l'intrigue s'appuie sur un levier usuel de la littérature policière (et toutes formes de médias contant des histoires dans lesquelles se mêlent la tension et l'action). Autant dire que Jean Normand ne cherche pas à faire dans l'originalité, il n'en a ni le temps, ni l'espace, ni les moyens.

Cependant, le récit s'avère très plaisant à lire, et l'on n'en est pas étonné si on a déjà lu des textes de l'auteur.

En effet, sans que sa plume frise l'excellence, celle-ci s'avère généralement plutôt agréable à lire et sa propension à instiller toujours un peu d'exotisme est toujours un petit plus intéressant.

Alors, oui, Jean Normand n'a pas le talent des grands noms de la littérature populaire comme Georges Simenon, Maurice Leblanc, ni même celui de noms moins prestigieux de nos jours comme Jules Lermina ou, surtout, Albert Boissière (qui est un auteur à redécouvrir d'urgence), pas plus que ceux de noms totalement inconnus ou presque comme Géo Duvic, René Byzance ou J.-A. Flanigham. Pourtant, il faut bien reconnaître que sa plume et sa maîtrise du genre et du format (donc, ses récits) se situent dans le haut de l'immense panier de la littérature fasciculaire de l'époque.

Au final, un récit policier plaisant à lire qui fait passer deux petites heures de lecture agréable et c'est déjà beaucoup.

 

28 juin 2026

Les 7 pilules blanches

Léo Frachet est un auteur de la littérature fasciculaire que j'ai principalement évoqué pour sa courte série autour du Père Leboeuf, un policier retraité qui semble se soucier plus des roses de son jardin que des enquêtes qu'il mène.

Je ne vous en dirais pas plus sur l'auteur, car, de lui, je ne sais rien.

Bref, « Les 7 pilules blanches » est à l'origine un fascicule de 64 pages publié dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi en 1937.

Les 7 pilules blanches :

« Demain, à minuit, vous mourrez. »

Lorsque le puissant banquier Claude Belmont reçoit ce message anonyme, il n'y voit qu'une plaisanterie de mauvais goût.

Pourtant, à la seconde près, et sous les yeux impuissants de ses invités et de la police, il s'écroule, foudroyé.

L’histoire se répète bientôt de façon implacable : un savant de renom, puis le ministre de l’Intérieur lui-même, reçoivent le même avertissement dactylographié avant de s’éteindre avec une ponctualité diabolique.

Paris tremble face à celui que l'on surnomme désormais « le Monstre », un assassin invisible qui frappe sans arme apparente, sans effraction et sans laisser la moindre trace.

Alors que la capitale sombre dans la psychose, le jeune inspecteur André Rigaud s'obstine à suivre une piste ténue envers et contre tous...

Un banquier très en vue reçoit un message anonyme l'avertissant qu'il mourra le lendemain à minuit. Bien qu'il prétende prendre cela à la légère, il fait tout de même appel à la police. Un inspecteur assistera donc à la soirée que donne le banquier.

Mais, à minuit pile, le banquier meurt sous les yeux de ses invités et du policier sans qu'il soit possible de déterminer la raison de sa mort.

Bientôt, d'autres personnes vont recevoir le même message.

Léo Frachet nous propose là un récit policier dans la veine de ce qu'il se faisait à l'époque dans les collections policières fasciculaires.

Un meurtre mystérieux.

Un meurtre en chambre close.

Un meurtre en public.

Voilà de quoi poser les bases d'un récit intrigant.

Malheureusement, on s'en doute, le format fasciculaire ne lui permet pas de développer trop son intrigue et ses personnages et les quelques facilités dont il use mettent trop rapidement le lecteur sur la piste du coupable.

À vrai dire, on se doute rapidement du nom du coupable et l'on s'attachera alors à comprendre les motivations de celui-ci.

Et c'est un peu dommage, car, avec plus de place, en développant un peu plus le personnage du coupable, son histoire, ses motivations... en mettant en place une véritable relation entre le policier et ce coupable... le récit aurait pu prendre une autre dimension et se poser comme une réflexion sur la vengeance, la justice et la culpabilité.

Ce ne sera pas le cas et, du coup, on se focaliser peut-être un peu plus sur les " facilités " du récit, notamment celle d'une arme bien pratique ou d'autres.

Malgré tout, il faut bien reconnaître que « Les 7 pilules blanches » est un récit plutôt agréable à lire même s'il ne révolutionne ni le genre ni le format, ce qui était à la portée de très très rares auteurs de la littérature fasciculaire.

Au final, un récit qui offre au lecteur deux petites heures de lecture agréable, ce qui est déjà bien.

28 juin 2026

Pourquoi tuer ?

Depuis près de 15 ans, je plonge régulièrement dans la littérature populaire policière fasciculaire de la première moitié du siècle dernier.

J'ai chroniqué des centaines de titres, parlé des principaux éditeurs fournisseurs de cette paralittérature, évoqué plusieurs dizaines d'auteurs.

Pourtant, je n'ai pas encore abordé le cas de Joachim Renez, un auteur né en Argentine en 1873 et mort en France en 1942.

D'ailleurs, je dis " auteur ", mais on trouve trace, sur le site IMDb, d'un acteur éponyme ayant sévi dans les années 1920.

Les deux " Joachim Renez " ne seraient-ils qu'un seul " Joachim Renez " ? je ne sais point.

Mais on doit à celui en question aujourd'hui des titres dans différents genres (policier, aventures, romance, patriotique).

Le titre du jour, « Pourquoi Tuer ? », est tiré du magazine québécois " Le Samedi ". Ce magazine reprenait régulièrement des récits fasciculaires français des années 1930 aussi peut-on estimer que « Pourquoi Tuer ? » est paru auparavant en fascicule, mais comme je n'en trouve aucune trace, je ne saurai dire.

Donc, je vais me contenter de parler du texte de 8600 mots (ce qui correspondrait à un petit fascicule de 32 pages).

Pourquoi tuer ?

Dans le Paris nocturne des années folles, un homme étrange arpente les quais de la Seine.

Sous ses haillons de simple vagabond de « la zone », Arsène Frangeot dissimule pourtant une identité et un secret stupéfiants qui l'ont tenu éloigné de la haute société pendant deux décennies.

Sa rencontre fortuite avec Ludovic de Trêmes, un gentleman désespéré au bord du gouffre, va l'amener à rompre le silence.

En tendant la main à cet homme traqué par ses propres démons, Arsène entame le récit d'une vengeance singulière, née d'une trahison amoureuse.

Arsène est un clochard qui aime se balader dans les rues de Paris et suivre et observer le quidam pour chercher à devenir sa nature. Durant son exercice favori, il tombe sur un homme qu'il soupçonne vouloir se jeter dans la Seine. L'empêchant de commettre l'irréparable, il apprend de la part de celui-ci qu'il vient de tuer sa femme adultère. Arsène se confie alors sur ses propres déboires conjugaux et va révéler son secret... ses secrets.

Bon, on ne peut pas vraiment dire que ce récit soit réellement policier même s'il est question de meurtre, de vengeance, d'adultères...

L'auteur semble ici vouloir régler ses comptes avec la gent féminine qui ne trouve, dans ce récit, qu'un seul rôle, celui de la femme légère et vénale qui épouse un homme pour son argent avant d'aller se jeter dans les bras d'un autre et qui n'a aucun scrupule, aucun remords.

Bon, passons sur cette vision de la femme rétrograde (à notre époque du moins) et concentrons-nous sur le texte.

Celui-ci se présente plus sous la forme d'un conte que d'un récit policier. En effet, il débute par la rencontre entre deux hommes sensément issus de mondes opposés, mais qui, non seulement, se découvrent de nombreux points communs, mais qui, en plus sont liés par une connaissance commune.

Chacune ira alors de sa petite histoire pour expliquer comment il en est arrivé là.

Et chacun repartira grandit de cette expérience commune.

Puis le lecteur aura le droit à une sorte de " happy end ", et d'une morale digne des contes de notre enfance.

Alors, oui, le texte est plutôt bien écrit, le personnage d'Arsène s'avère intéressant, mais les facilités inhérentes au format très court nuisent un peu à la cohérence de l'histoire. Les bienfaits du hasard et des coïncidences si chères aux auteurs de récits policiers sont ici employés en dehors du genre.

Si on pousse un peu, on peut même trouver, dans ce récit, un témoignage des mœurs de son époque (même si je ne puis le dater précisément) en ce qu'il aborde les mariages de convenance et qu'il préfigure le sujet principal des romans noirs à l'américaine : la femme vénale.

Au final, une lecture plaisante à défaut d'être inoubliable.

21 juin 2026

L'affaire du rapide 23

Eck Bouillier (1887-1945) est un auteur que j'ai rarement abordé jusqu'à présent.

En fait, je n'en ai parlé que pour un titre, « L'Agence Backerson », un fascicule policier paru dans la collection « Aventures Policières » des éditions Rouff en 1937.

Le titre du jour, « L'affaire du rapide 23 » est issu de la même collection de fascicules de 32 pages et a été publié la même année 1937.

Précisons qu'Eck Bouillier était, tout d'abord, un illustrateur.

L'affaire du rapide 23 :

Au cœur du luxe parisien, la prestigieuse joaillerie Rosman reçoit une commande exceptionnelle : une parure de deux millions de francs destinée à la femme de l'éminent Lord Melcomb.

Mais l'éclat des pierres précieuses attire bientôt l'ombre d'une mystérieuse organisation criminelle qui exige sa part sous peine de s'approprier le trésor en cours de route.

Contraint par des menaces de plus en plus pressantes, le joaillier confie la périlleuse mission de livraison à son homme de confiance, René Jardin.

Dans le huis clos d'un train de nuit reliant Paris à la Côte d'Azur, le jeune employé se retrouve plongé dans un jeu de dupes où chaque voyageur est un suspect et chaque arrêt une menace.

Le joaillier Rosman doit honorer une commande somptueuse pour Lord Melcomb. Mais il lui incombe d'apporter la commande sur la Côte d'Azur. Ayant reçu des lettres le menaçant de voler les bijoux s'il ne paie pas une dîme substantielle, Rosman confie la livraison à son homme de confiance.

Celui-ci, une fois dans le train en partance pour la Côte d'Azur, ne se doute pas de la mésaventure qu'il s'apprête à vivre...

Je le disais en début, Eck Bouillier est avant tout et surtout un illustrateur. Cependant, comme certains de ses confrères de l'époque (les maisons d'édition cherchaient à publier beaucoup, donc, avaient besoin de nombreux récits, donc, d'auteurs).

D'ailleurs, la BNF ne recense que 4 titres signés par lui.

Aussi, il n'est pas étonnant que Eck Bouillier n'ait pas la même maîtrise du genre et du format que des auteurs plus confirmés.

Cependant, il faut bien lui reconnaître que, s'il n'innove ni dans le style, ni dans la narration, ni dans l'intrigue, ni dans les personnages, il se conforme parfaitement aux exigences du genre et du format.

En effet, on y retrouve les personnages usuels des fascicules policiers de l'époque, une intrigue qui s'appuie, sans les singer, sur les récits d'outre-Atlantique (il est même fait notion des " racketeers " américains), et quelques rebondissements censés surprendre le lecteur.

Eck Bouillier place les enjeux au début de son récit (une livraison de bijoux risquant d'être interceptée) puis jette son " héros " dans le bain.

Ce " héros " ou plutôt " antihéros " est naïf à souhait, comme le sont souvent les personnages de l'époque, ce qui va le faire tomber dans les pièges tendus.

Bref, l'auteur, pour un " amateur ", s'en tire plutôt pas mal, et parvient à proposer un récit agréable à lire, qui ne dénotera pas dans l'immense production fasciculaire des années 1930, mais qui ne fait pas tache non plus.

Au final, un récit policier dans la veine de la production fasciculaire policière des années 1930, ni meilleur que les autres, mais surtout pas plus mauvais.

 

21 juin 2026

L'inconnu de la nuit tragique

J'ai déjà abordé de nombreux auteurs de la littérature populaire fasciculaire policière.

Pour autant, il ne me semble pas encore avoir parlé de l'auteur Michel Nour (1871-1951).

Il faut dire que le bonhomme a traversé assez anonyme plusieurs décennies de la littérature. De plus, il se serait plus spécialisé dans le genre sentimentalo-dramatique et aurait assez peu abordé le genre policier.

Cependant, à partir de 1937, il écrit au moins deux titres pour la collection de fascicules de 32 pages des éditions Rouff : « Aventures Policières » : « La boîte de fer blanc » (n° 35 de la collection) et le titre du jour « L'inconnu de la nuit tragique » (n° 31).

De Michel Nour, on connaît très peu de choses, voire rien du tout, comme pour la plupart des auteurs de cette paralittérature.

L'inconnu de la nuit tragique :

Lorsque Prosper Gardier, un historien vivant en ermite, est retrouvé sans vie dans sa chambre close, l’émotion gagne le petit village.

Entre la disparition d’importantes sommes d’argent et celle de mystérieux documents secrets confiés par un ami ingénieur, le mobile du crime semble trouble.

L’inspecteur Dartès est dépêché sur les lieux pour démêler les fils d’une intrigue où chaque habitant devient suspect : des domestiques fidèles à la jeune secrétaire Henriette Lermont, dont la discrétion intrigue les villageois.

Dans cette enquête où se mêlent vol crapuleux et espionnage, l'habile policier devra percer les ombres de la villa pour démasquer un coupable aux multiples visages.

Un vieil homme est retrouvé assassiné chez lui. Tout a été fouillé et de l'argent et des papiers ont disparu. L'inspecteur Dartès est chargé de l'enquête et il va devoir s'intéresser aux différents suspects, dont la jeune secrétaire de la victime, une Parisienne considérée comme hautaine par les autochtones.

Michel Nour nous livre ici un début de récit policier plutôt classique et dans la veine de la littérature fasciculaire policière de l'époque. Un crime mystérieux, des suspects, un policier...

En quelques mots, il installe l'ambiance rurale, les personnages secondaires... le crime.

Puis, grâce à un article de journal, l'auteur détaille les circonstances du crime avec une économie de mots que nécessite le format fasciculaire.

Entre alors en scène le policier, Dartès, comme le lecteur de l'article dans la voiture qui l'amène sur place.

Pour autant, Dartès, personnage principal, est peu décrit par l'auteur, mais les rares qualificatifs qu'il lui accorde le placent immédiatement dans les pas du policier usuel de ce genre de récit.

Michel Nour nous propose ensuite une enquête policière là encore classique, mais plaisante à lire.

Ce n'est que quand il va faire bifurquer son récit vers le genre espionnage que l'auteur commet une " maladresse " que l'on peut mettre sur le compte de la concision à laquelle il est forcé. En effet, la transition entre les deux genres se fait trop brutalement, laissant un peu l'impression de lire deux récits différents.

La révélation finale, qui doit être le rebondissement de l'affaire, est là aussi une facilité qui fonctionne sur des non-dits qui n'ont pas forcément de raisons cartésiennes.

Mais, ne soyons pas trop exigeants avec un format si contraignant. En effet, on sait, en attaquant la lecture d'un fascicule, que l'auteur va devoir user d'ellipses ou de facilités pour faire tenir son histoire en peu de mots (ici, 13 000) à moins d'avoir du " génie " ou, du moins, un grand talent, ce qui n'était pas le cas de la grande majorité des auteurs de récits fasciculaires.

Au final, un récit policier plutôt bien maîtrisé et intéressant dans sa première partie et qui perd un peu de cohérence et de maîtrise quand il tend vers le récit d'espionnage. 

 

14 juin 2026

Un as de la police

Le hasard fait bien les choses tant parfois dans la vie que souvent dans les récits policiers (le titre du jour en est un exemple parfait).

Aujourd'hui, je vais parler d'un auteur que j'ai très peu abordé, Léo Frachet.

En effet, de cet auteur, jusqu'à présent, je n'avais lu et chroniqué que ses quatre récits autour du Père Leboeuf, un policier retraité passionné de roses.

Je ne vous apporterai pas plus de renseignements sur l'auteur qu'à l'époque et peut-être même encore moins, car je me rends compte que j'ai peut-être confondu Léo Frachet et Léon Frachet alors qu'il s'agit peut-être de deux auteurs différents.

Bref.

« Un as de la police » est paru initialement (du moins je crois que c'est la première édition) en 1939, sous la forme d'un fascicule de 64 pages dans la collection « Mystère et Police » des éditions Ferenczi.

Un as de la police :

Une pièce close. Six suspects. Un diamant volatilisé.

Lors d'un somptueux dîner parisien, le légendaire Diamant Bleu disparaît à la faveur d'une soudaine panne d'électricité.

Dans ce huis clos où chaque invité est suspect, l'inspecteur Charles Martel, alias « Monsieur Hasard », doit démêler les secrets et les faux-semblants.

Entre la malédiction de la pierre et les jeux de salon, la vérité sera-t-elle le fruit de la logique ou d'un simple coup de chance ?

Charles Martel (pas celui qui s'est fait connaître à Poitiers) est un inspecteur de police surnommé " Monsieur hasard " du fait qu'il annonce toujours que le hasard est son meilleur adjoint. Quand le " Diamant Bleu " disparaît lors d'une soirée entre amis dirigée par le propriétaire du joyau, c'est " monsieur hasard " qui s'y colle. Mais les apparences étant souvent trompeuses, Charles Martel va devoir une nouvelle fois démontre qu'il n'a pas usurpé son statut de policier ni son surnom...

Ne connaissant pas trop la plume de Léo Frachet (je n'avais lu jusque-là que 4 fascicules de 32 pages signés par lui), je ne puis dire si ce récit d'une longueur doublée (presque 20 000 mots) est dans la même veine, d'autant que le personnage diffère totalement de celui du Père Leboeuf.

Cependant, je peux dire que le récit s'inscrit dans la veine des récits policiers fasciculaires de l'époque et notamment ceux de la collection dont il est tiré (" Police et Mystère ").

En effet, on retrouve à la fois l'ambiance, le style, le genre d'histoire...

Mais, avec ces mêmes éléments, on peut aussi bien produire un récit indigeste qu'un bon petit roman policier.

Et c'est plutôt le deuxième cas qui s'offre à nous.

Effectivement, « L'as de la police » s'avère être un récit plaisant à lire, et ce parce que l'auteur parvient à élever tous les éléments précités.

Le personnage principal, tout d'abord. Charles Martel est loin du stéréotype du policier infaillible, tant physiquement que psychiquement. Il ne compte pas sur ses seules qualités (qui sont pourtant présentes) de policier, car il sait que le hasard joue souvent un grand rôle dans les découvertes. Mais, en plus de ses dons d'observation, de perspicacité, d'opiniâtreté... du hasard, il s'appuie également sur les analyses techniques et scientifiques de l'époque ainsi que sur celles de spécialistes.

L'intrigue, ensuite. En effet, celle-ci, qui peut s'avérer simple à la base (un " crime en chambre close "), réserve de nombreuses surprises et rebondissements, et ce malgré la concision du texte. Les suspects sont nombreux, et quand on pense avoir découvert le voleur, on se rend compte qu'il y a encore quelque chose derrière.

La maîtrise du genre et des sous-genres... Léo Frachet démontre qu'il connaît et maîtrise les différents sous-genres du roman policier. Faisant débuter son récit par un " crime en chambre close ", il le conclut en un " Whodunit " que n'aurait pas renié Agatha Christie. Entre les deux, Léo Frachet joue avec le trope du " voleur volé ", des faux-semblants, des révélations tardives... bref, tout un panel de sous-genre en un seul récit.

La plume, enfin... Une plume qui sait s'effacer devant son histoire, mais qui ne faiblit jamais pour autant. La plume est au service de l'histoire et non l'inverse.

Au final, Léo Frachet démontre avec ce titre qu'il était capable de maîtriser à la fois un genre, des sous-genres, un format, un personnage, une ambiance et une intrigue. Sans parvenir à l'excellence réservée à une poignée d'auteurs, il nous livre là un très bon récit policier.

14 juin 2026

Skin O' My Tooth

Je suis obligé de me répéter, alors je vais le faire concisément : je suis un passionné de littérature policière... encore plus de littérature populaire policière...

Je plonge dans cette paralittérature dès que je peux et après avoir découvert de très nombreuses pépites méconnues, inconnues, oubliées... appelées à disparaître, de notre patrimoine culturel, que ce soit des romans, des nouvelles, des contes, des feuilletons, des fascicules... j'ai remis mon costume de scaphandrier paralittéraire pour m'immerger dans les premiers récits policiers de nos amis (car tous les auteurs sont nos amis) Américains et Anglais... mais toujours via des personnages récurrents, car j'adore retrouver un même personnage dans différentes situations.

Dans cette recherche, j'ai encore découvert de très bons textes et de très bons auteurs.

Parmi ceux-ci, une femme de lettres dont je vous ai déjà parlé pour deux de ses séries : « Le vieil homme dans le coin » et « Lady Molly de Scotland Yard », j'ai nommé Emmuska Orczy (1865-1947) dite La Baronne Orczy, principalement connue pour sa série de romans sur le " Mouron Rouge ".

« Le vieil homme dans le coin » et « Lady Molly de Scotland Yard » partagent un format commun, celui de 12 courts épisodes de 6 ou 7 000 mots chacun.

C'est une nouvelle fois le cas avec la série du jour : « Skin O' My Tooth ».

Derrière ce titre particulier se cachent à la fois une expression et un personnage.

L'expression « By the skin of your teeth », a son équivalent français quasi littéral : « Par la peau des dents » et signifie « de justesse ».

Le personnage est un homme de loi obèse, en apparence insignifiant, mais qui face à un mystère se transforme en limier hors pair.

Son surnom, Skin O' My Tooth, il le doit au fait d'avoir sauvé in extremis un suspect de la peine capitale.

Car Skin O' My Tooth, de son vrai nom Patrick Mulligan, est ce que l'on appelle, outre-Manche, un Solicitor, une sorte d'avocat de la défense, du moins un avocat qui agit pour le compte d'un client.

Les histoires sont contées à la première personne par Alexander Stanislas Mullins, le clerc attitré de Mulligan.

Ce dernier est donc l'équivalent de John Watson pour Sherlock Holmes, un narrateur, certes, mais un " proche " un peu pris de haut, qui s'extasie devant les capacités de son " supérieur " et en qui ce dernier peut avoir toute confiance.

Bref, il est à la fois le conteur et le faire valoir de Mulligan.

Skin O' My Tooth apparaît pour la première dans « The murder in Salstashe Woods », publiée dans le " Windsor Magazine " en 1903.

6 nouvelles sortent cette année-là pour ledit magazine.

Puis il faut attendre 1927 (apparemment) pour trouver une nouvelle salve de 7 épisodes dans le " Pearson's Magazine ".

Un recueil de 12 nouvelles sortira dans la foulée en 1928.

Et voilà que plus d'un siècle plus tard apparaissent les premières traductions de la série.

C'est assez étrange quand on sait que la série " Le vieil homme dans le coin " avait eu le droit à des traductions de Jean-Joseph Renaud, un auteur français. Ce dernier étant mort en 1953, les traductions ne datent donc pas d'hier.

Cependant, c'est moins étrange quand l'on constate que la série " Lady Molly de Scotland Yard " n'a été traduite pour la première fois que très récemment par OXYMORON Éditions.

OXYMORON Éditions remet donc le couvert avec « Skin O' My Tooth » et c'est tant mieux.

En effet, si " Le vieil homme dans le coin " proposait un personnage atypique, très intéressant, les épisodes, eux, de par leur idem structure, finissaient par lasser un peu le lecteur.

Si la série " Lady Molly de Scotland Yard " était plus intéressante à lire, le personnage, du moins d'un point de vue actuel, était moins original (quoi que, une femme, enquêtrice, à l'époque, ce n'était pas monnaie courante).

Avec « Skin O' My Tooth », Emma Orczy parvient à allier à la fois un personnage atypique, une structure mouvante, des intrigues plus variées...

Bref, avec « Skin O' My Tooth » le lecteur a le droit au meilleur et c'est tout.

En effet, le personnage de Patrick Mulligan n'est pas qu’original, il ne l'est pas que physiquement, c'est un tout. Un physique très imposant, des qualités d'enquêteur évidentes, un humour parfois pince-sans-rire, un art du déguisement (malgré son physique reconnaissable), une opiniâtreté... mais aussi de l'empathie pour ses clients... et parfois pour ses ennemis...

Il raille volontiers son clerc, le traitant souvent d'âne, mais, pour autant, il a une confiance absolue en celui-ci.

Bref.

Skin O' My Tooth, outre son surnom, est original en plusieurs points.

Certes, la narration via le clerc nous rappelle celle de Watson et le duo est là également pour nous faire penser à celui de Conan Doyle, mais c'est pour mieux parodier les personnages originaux ou, du moins, pour les contourner.

Je ne rajouterai pas un " bref ", puisque je ne fais pas preuve de brièveté, mais je ne vais cependant pas tarder à conclure.

La série « Skin O' My Tooth » allie le meilleur des deux autres séries du même format d'Emma Orczy et on se demande pourquoi ce ne fut pas la première à être traduite (probablement à cause du surnom du héros qui, s'il était traduit, donnerait un truc du genre " Peau des dents " qui serait assez déconcertant).

Mais heureusement, cette lacune est désormais comblée alors, profitez-en pour découvrir Patrick Mulligan, alias Skin O' My Tooth, vous ne le regretterez pas.

Au final, un personnage à la fois original, intéressant, touchant, drôle, agaçant, emphatique, dédaigneux, observateur, perspicace, opiniâtre... un personnage à découvrir.

7 juin 2026

Le bracelet d'émeraude

Ce qu'il y a aussi de passionnant, dans la littérature populaire fasciculaire de la première moitié du siècle dernier, outre le fait de découvrir des auteurs inconnus et parfois des récits passionnants, c'est que le mystère et la surprise ne nous attendent pas que dans les pages elles-mêmes.

Je m'explique.

Souvent, je cherche dans les bases de données, sur les sites, les forums, les blogs, trace d'un personnage récurrent. J'essaye de me procurer tous les fascicules signés par un même auteur (et ses pseudonymes, quand ceux-ci sont connus... parfois on les découvre justement grâce à la présence de ce fameux " récurrent ") en les achetant sur les sites spécialisés, en mandant l'aide de collectionneurs passionnés.

Malgré tout, parfois, je n'arrive pas à en faire le tour, car nombre de fascicules sont totalement introuvables...

D'autres fois, je pense avoir fait le tour de la question, être parvenu à créer une liste exhaustive des titres dans lesquels apparaît ce fameux personnage sur lequel je me concentre...

C'est le cas de l'Inspecteur Principal Poncet, un personnage créé par Henry de Golen.

C'était le cas de l'Inspecteur Principal Poncet, que je pensais héros de seulement 6 enquêtes.

Et puis...

Et puis, au hasard de mes pérégrinations dans les journaux est les magazines de l'époque, ceux publiés en France, en Suisse ou au Canada, je tombe sur un texte non répertorié dudit auteur ou sur un texte jusqu'ici introuvable et en le lisant, j'ai le plaisir de rencontrer à nouveau " mon " récurrent.

C'est également le cas de l'Inspecteur Principal Poncet, que je pensais héros de seulement 6 enquêtes et dont je viens de dénicher une 7e, qui est la réédition d'un fascicule introuvable de la mythique collection " Le Roman Policier " des éditions Ferenczi, dans sa seconde série (qui fut également illustrée par le génial Gil Baer).

Aussi puis-je désormais rajouter à ma liste le titre « Le bracelet d'émeraude » paru initialement sous la forme d'un fascicule de 32 pages (enfin, je pense) en 1927 (si je ne me trompe pas).

Ma liste est-elle désormais exhaustive ? L'avenir me contredira peut-être à nouveau.

Le bracelet d'émeraude :

Dans l'atmosphère feutrée de la rue d'Anjou, l'irréparable s'est produit.

Pierrette Ravenel, une jeune femme à la beauté radieuse est retrouvée gisante sur le tapis de sa salle à manger, terrassée par un poison foudroyant : le curare.

Le scandale est total lorsque, dans un ultime instant de lucidité avant de sombrer dans une folie incurable, elle pointe un doigt accusateur vers son mari, Me Ravenel, un avocat respecté.

Pour l'inspecteur Poncet, l'as de la Sûreté, commence alors une partie d'échecs contre l'invisible.

Entre une porte restée ouverte, les gémissements d'un petit chien terrorisé et des apparences trop lisses pour être honnêtes, le célèbre limier saura-t-il distinguer la vérité du délire d'une démente ?

L'inspecteur Poncet est appelé rue d'Anjou pour résoudre une bien étrange affaire. Madame Ravenel a été retrouvée par son avocat de mari dans sa salle à manger, morte ou presque. Le médecin mandé sur place rend son diagnostic : empoisonnement au curare ayant provoqué la catatonie puis, bientôt, la folie. Mais dans un dernier accès de lucidité, Madame Ravenel accuse son mari. L'inspecteur Poncet, ne sachant si la victime était vraiment lucide au moment de son accusation, va devoir enquêter pour se faire sa propre idée.

On retrouve dans ce récit deux pans de la littérature d'Henry de Golen.

La première est inhérente à son personnage, celui de l'inspecteur Poncet, que l'on a déjà rencontré au moins six fois. C'est le récit policier pur, avec un personnage principal qui s'inscrit dans la lignée des grands enquêteurs de la littérature populaire, un policier qui maîtrise à la fois l'art de l'observation, celui de la déduction, mais également celui du maquillage et de la transformation.

L'autre, on l'a découvert notamment dans le récit « L'épouvante », que j'ai déjà critiqué il y a quelques années (mais dont on retrouve quelques onces dans chacune des aventures de Poncet), c'est le goût de l'auteur pour, si ce n'est l'horreur, du moins l'angoisse affolante, celle qui peut rendre fou (je crois qu'il a écrit des reportages sur les asiles psychiatriques et l'aliénation... du moins sur le monde médical).

Cette angoisse, on la retrouve dès la première scène, à travers le personnage du mari qui découvre le corps de sa femme, mais elle est exacerbée par les réactions de la victime à son " réveil ". L'auteur place à merveille en quelques mots cette ambiance à la fois étouffante et délétère.

Si Henry de Golen a souvent abordé des sujets graves, pour ne pas dire glauques, lors des enquêtes de l'inspecteur Poncet (meurtres sauvages, décapitations...), il évoque déjà souvent le côté psychiatrique des criminels.

Mais ici, il pousse le curseur un peu plus loin. Certes, on est dans du roman policier, mais toute la séquence avec le " réveil " de la femme fait froid dans le dos comme rarement dans les récits fasciculaires de l'époque.

En effet, Henry de Golen s'éloigne des " récits " gentillets, des intrigues sentimentalo-policières pour plonger le lecteur dans un monde plus noir, plus glauque...

Bien évidemment, la suite du récit retrouve un peu son aspect " lisse " de l'époque et du genre, mais il ne faut pas forcément s'attendre avec Henry de Golen à un " Happy end ", une fin heureuse de coutume dans ce genre de récit.

Au final, « Le bracelet d'émeraude », comme souvent avec les textes d'Henry de Golen, est un récit policier moins " lisse ", moins " fleur bleue ", que la plupart des récits fasciculaires de son époque.

 

31 mai 2026

Cent mille francs ont disparu

Je suis un passionné de littérature populaire fasciculaire policière, ces petits livrets principalement de 16,32 ou 64 pages que les gens emportaient dans leurs poches pour les lire à tous moments.

Cette paralittérature, souvent raillée ou méprisée par des élites, fut foisonnante et permit à de très nombreux auteurs de passionner les lecteurs.

Certes, les conditions d'écriture et de publication (écrire beaucoup, vite, pour que les textes soient vite publiés, sur du papier bas de gamme) n'étaient pas forcément propices à la qualité littéraire et, pourtant, certains auteurs sont parvenus à exceller malgré ou grâce à ces contraintes de temps, mais aussi d'espace (textes relativement courts) quand d'autres ont au moins brillé par l'étendue de leur production.

C'est dans cette seconde catégorie qu'il faut placer l'auteur du jour, Paul Darcy, alias Paul Dargens (dont j'ai déjà beaucoup parlé), alias Paul Salmon (1884-1965), un écrivain très prolifique s'étant principalement exercé dans le genre policier, aventures et jeunesse.

Il développa plusieurs personnages récurrents, dont Luc Hardy et Jacques de Villefort (dont j'ai également beaucoup parlé).

Le titre du jour, « Cent mille francs ont disparu » est à l'origine un fascicule de 32 pages paru dans la collection « Aventures Policières » des éditions Rouff en 1937 (n° 14 de la collection).

C'est un récit d'un petit peu plus de 12 000 mots.

Cent mille francs ont disparu :

Paris, rue du Sentier.

Un samedi après-midi, un versement imprévu de cent dix mille francs vient bouleverser la routine de la Maison Perrier et Andrieux, grossistes en tissus.

Trop tard pour déposer les billets à la banque : le caissier, bien malgré lui, dépose les liasses dans le coffre-fort pour le week-end.

Mais le lundi matin, c'est la stupeur : l'argent a disparu.

Fait troublant, le coffre ne présente aucune trace d'effraction.

Dans cette atmosphère de suspicion où chacun s'observe, l'inspecteur Sabrier et le chef Nibert de la Police Judiciaire partent sur des pistes différentes dans l'espoir de démêler le vrai du faux.

Quand un client débarque au dernier moment pour s'acquitter d'un fort dû à un grossiste en tissus, le caissier, n'ayant plus le temps de se rendre à la banque, se voit contraint de conserver l'argent dans le coffre-fort de l'entreprise jusqu'au lundi matin. Mais le lundi, l'argent a disparu et la police est mandée. Sur place, elle constate que si une porte de service a été fracturée, le coffre, lui, semble n'avoir subi aucune trace d'effraction...

Je pourrai dire de Paul Salmon ce que je dis habituellement d'Henry Musnik, un autre auteur très prolifique : ses récits, s'ils ne brillent jamais par leurs intrigues, leurs personnages ou leurs styles, se lisent la plupart du temps sans déplaisir, pour peu que l'on ne soit pas allergique à la littérature fasciculaire de l'époque.

En effet, il ne faut pas s'attendre à des envolées lyriques, un suspens impitoyable, des personnages originaux... que sais-je encore. Cependant, on ne peut espérer cela que de la part d'une poignée d'écrivains parmi lesquels je cite toujours l'énigmatique J.-A. Flanigham, René Byzance ou encore Géo Duvic.

Pour les autres, il faut savoir se contenter d'un récit qui remplit son office : remplir une heure (ou deux, selon la taille du fascicule) de lecture sans s'ennuyer.

C'est ce que fait généralement Paul Salmon.

Cependant, une caractéristique le démarque de ses confrères, sa propension, quel que soit le pseudonyme utilisé, à toujours vouloir donner un âge assez précis à ses personnages et proposer une description succincte de chacun d'eux.

Mis à part cela, on suit une enquête classique menée par des enquêteurs classiques et narrée d'une façon classique par une plume classique.

Dis ainsi, cela peut sembler insipide, mais cela ne l'est pas, car réussir ce pari est déjà une gageur tant les contraintes du format fasciculaire ne sont pas simples à respecter.

Nous avons donc ici une enquête classique... qui se lit agréablement, comme la plupart des récits de l'auteur et qui n'est jamais indigeste ni indigente, ce qui est déjà beaucoup.

Si on ajoute à cela l'effet Madeleine de Proust (même si je n'ai jamais connu cette époque, loin de là) et le plaisir de retrouver des textes bien écrits dans une belle langue de l'époque, alors, on se retrouve face à un mini roman plaisant à lire...

Au final, un récit dans la veine de ceux que l'auteur a écrit par dizaines (centaines ?) qui se lit facilement et agréablement et il est inutile d'en demander plus à un fascicule à moins d'être exigeant ou bien d'être confronté à un des rares auteurs excellant dans ce domaine.

 

24 mai 2026

La voix qui trompe

La littérature populaire fasciculaire est un immense océan de textes écrits par des auteurs de tous bords, de tous genres, de tous styles.

Des auteurs connus s'y sont confrontés, d'autres sont demeurés totalement inconnus, cachés derrière des pseudonymes, et d'autres encore sont devenus " cultes " pour les passionnés de cette paralittérature.

Parmi ceux-ci, un nom ressort, si ce n'est pour la qualité de sa production (les goûts et les couleurs...) au moins par l'immensité de sa production...

J'ai nommé Henry Musnik (1895-1957) un auteur né au Chili et journaliste sportif et écrivain mort en France.

Outre de nombreux articles (notamment sur la pêche) on lui doit une quantité impressionnante de textes qu'il signa sous de très nombreux pseudonymes (Pierre Olasso, Alain Martial, Gérard Dixe, Claude Ascain...) et qu'il fit publier chez divers éditeurs dont, notamment et principalement Ferenczi.

Mais si le bougre écrivit beaucoup, il usa également de subterfuges pour multiplier les revenus en réécrivant (ou pas) certains de ses titres pour les proposer, sous un autre pseudonyme, à un autre éditeur, en réutilisant des bouts de ses propres textes pour les intégrer à d'autres... en allant même, paraît-il, à traduire illicitement des récits anglophones (notamment de la série " Sexton Blake ") pour se les approprier...

Si on rajoute à cela les rééditions dans de multiples collections effectuées par les éditions Ferenczi et, peut-être, les pseudonymes non recensés de Musnik, on se retrouve face à un océan de textes dans l'océan de la littérature fasciculaire...

Bref, si on est passionné de littérature populaire fasciculaire policière, impossible de passer à côté d'Henry Musnik.

J'ai déjà beaucoup parlé de l'auteur, pour ses nombreuses séries ou ses récits indépendants... donc, passons au texte du jour.

Il s'agit de « La voix qui trompe », un texte paru sous la forme d'un fascicule de 32 pages publié en 1941 dans la collection « Police-Express » des éditions A.B.C (n° 3 de la collection) sous le pseudonyme de Pierre Olasso.

La voix qui trompe :

De retour d'Espagne, Fernand Davron disparaît mystérieusement avant même d'avoir posé ses valises dans son palace parisien.

Lorsqu'il contacte enfin son ami de toujours, Maurice Cobrel, c'est pour lui livrer un message glaçant : il est traqué et sa vie est en grand péril.

Face à l'incrédulité de l'inspecteur Duroc, qui traite l'affaire comme un simple « roman policier », Maurice se retrouve pris dans un engrenage oppressant.

Entre appels anonymes et pièges mortels, l'ombre du danger se rapproche dangereusement.

Dans ce jeu de cache-cache où les apparences sont trompeuses, qui est réellement la cible ?

Cobrel est content, il va enfin revoir son meilleur ami parti depuis quelques années en Espagne.

Seulement, quand il se rend dans le palace dans lequel celui-ci est censé être descendu, on lui apprend qu'il n'est pas encore arrivé. Les heures, les jours passent sans nouvelle jusqu'à ce que le téléphone sonne. Davron, l'ami, paniqué, apprend à Davron qu'on veut le tuer et qu'il doit se cacher avant de raccrocher. Cobrel, paniqué, se rend au poste de police, mais l'inspecteur qui le reçoit ne semble pas convaincu par son histoire...

Bon, depuis le temps, que dire des textes de Musnik, alias Claude Ascain, alias Pierre Olasso...

À l'exception de la série « Mandragore », dans laquelle l'auteur eut toute la latitude pour laisser exprimer sa plume et, surtout, sa maîtrise du genre et de sa narration, tous les récits fasciculaires de l'auteur, quel que soit le pseudo sous lesquels ils sont parus, partagent les mêmes caractéristiques : des personnages peu développés, s'inscrivant souvent dans les clichés du genre, une plume passe-partout, des intrigues simples (voire simplistes)... le tout dans le but d'occuper une heure ou deux de lectures à moindre temps d'écriture.

Ce n'est jamais excellent, rarement indigeste, et cela se lit souvent agréablement sans pour autant marquer l'esprit.

Évidemment, ce constat est valable pour la majeure partie de la production fasciculaire de l'époque, tout auteur confondu. Sauf quelques-uns sont parvenus à hisser le fascicule au-dessus du lot, notamment par leurs plumes, leurs personnages ou leurs maîtrises du genre... Je nommerais volontiers J.-A. Flanigham (même si on ne sait pas qui se cachait derrière ce pseudonyme), René Byzance ou encore Géo Duvic.

« La voix qui trompe » ne fait pas exception à la règle.

En effet, on y retrouve des personnages un peu interchangeables, une plume sans aspérité (on peut noter quelques phrases courtes pour tenter de dynamiser et de rythmer le récit) et une intrigue un peu capillotractée puisque le lecteur devine rapidement la solution de l'affaire (aidé en cela par le titre qui, lui, n'est pas trompeur).

Mais qu'importe, le lecteur a passé une heure sans s'ennuyer et c'était, après tout, le but de cette paralittérature alors, contrat rempli une nouvelle fois pour Musnik.

Au final, un récit fasciculaire dans la veine des récits fasciculaires en général et de ceux de l'auteur en particulier... 

 

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Loto Édition
  • Parce que l'édition est une véritable loterie dans laquelle il y a beaucoup d'appelés et très peu d'élus, il est grand temps que quelqu'un mette sa plume dans la fourmilière afin de faire connaître aux lecteurs la cruauté du milieu du livre !
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