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Loto Édition

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19 juillet 2026

Deux coups de feu

Si vous lisez régulièrement mes critiques, André Charpentier (1884-1966) ne devrait plus être un inconnu pour vous.

En effet, j'ai déjà maintes fois évoqué cet auteur, notamment et surtout pour ses récits mettant en scène l'inspecteur Girard (ou Gérard, selon les textes et les éditions).

Comme bien souvent, dans la littérature fasciculaire de l'époque, ces " épisodes " se retrouvèrent disséminés dans diverses collections sans qu'on puisse faire un rapprochement de personnages autrement qu'en lisant un maximum de textes de l'auteur... ce que je fis.

Mais André Charpentier n'est pas que l'auteur des " aventures de l'inspecteur Girard ", il a également écrit bon nombre de récits d'aventures, de récits jeunesse et même d'autres récits policiers dans lesquels on ne trouve pas son héros récurrent.

C'est le cas du titre du jour, « Deux coups de feu », initialement paru, apparemment, dans une collection policière des éditions Baudinière en 1945 et assurément réédité sous la forme d'un fascicule de 32 pages en 1948 dans la collection " Les Récits Policiers " des éditions de La Technique du Livre.

Deux coups de feu :

Le boulevard Haussmann s’éveille sous le choc : Martial Brossard, directeur de l’Agence Commerciale Africaine, est retrouvé assassiné dans son bureau.

Entre une épouse délaissée aux menaces de mort explicites et une jeune secrétaire qui crie à la culpabilité de sa rivale, la police pense tenir une affaire classée.

Pourtant, une ombre plane sur ce drame : celle d’une mystérieuse visiteuse aux yeux noirs, disparue juste avant les coups de feu.

Qui est cette inconnue venue réclamer justice pour une affaire vieille de quinze ans ?

Refusant les conclusions hâtives de l'inspecteur Durandeau, le reporter intrépide Patrice Laville décide de remonter la piste jusqu’aux ruelles sinueuses de la Casbah d'Alger.

Dans une atmosphère lourde de trahisons et de trafics passés, il s'apprête à déterrer un secret que certains auraient préféré voir mourir avec Brossard.

Martial Brossard est assassiné dans son bureau en pleine journée. La secrétaire de la victime retrouve, auprès du corps, la femme de son patron, revolver à la main. Mais celle-ci se dit innocente...

André Charpentier, comme je l'ai déjà dit, est l'auteur de la série autour de l'inspecteur Girard dont j'ai déjà chroniqué de nombreux épisodes.

On retrouve dans ce récit policier, les mêmes éléments que dans les épisodes de ladite série, notamment du côté de l'écriture avec ces multiples " ; " points virgules qui ponctuent les phrases de façon abusive.

Si Charpentier proposait à l'inspecteur Girard de participer souvent à des sous-genres du roman policier (crime en chambre close, meurtre impossible)... ici, il décide de confier l'enquête à un journaliste qui va devoir voyager pour comprendre les tenants et les aboutissants du crime.

On se retrouve donc dans un récit plus classique pour l'époque dans son intrigue et sa narration. En effet, on retrouve cette " vengeance du bout du monde " dans plusieurs enquêtes du commissaire Rosic de Rodolphe Bringer et bien d'autres encore.

Pour autant, André Charpentier n'étant pas un béjaune, il parvient tout de même à séduire le lecteur même à travers une trame plus conventionnelle.

Cependant, il faut bien avouer que l'enquête se déroulera plus dans l'action que dans la réflexion, ce qui dirige plus le genre du récit vers l'aventure.

Au final, un récit qui se lit avec plaisir même si on préférera les enquêtes de l'inspecteur Girard du même auteur.

 

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19 juillet 2026

O.K. Léon !

Janine Oriano, de son vrai nom Janine Boissard, est une femme de lettres née en 1932 et toujours vivante au moment où j'écris cette critique (elle a 93 ans).

Si elle est connue, notamment et principalement, pour sa saga familiale " L'esprit de famille " (6 Tomes), elle écrivit, au début des années 70, deux romans policiers pour les éditions Gallimard : " B comme Baptiste " et le titre du jour " O.K. Léon ! "

« O.K. Léon ! » parut en 1972.

O.K. Léon ! :

« Le coup de l" Oncle d'Amérique ", personne n'y croit plus. À part ma future belle famille, aussi cupide que candide. Pourtant, c'est vrai, dans mon cas. Et quand un généreux inconnu se met à m'envoyer de somptueux colis, quand, au foie gras et au saumon, succèdent des sulfateuses dernier cri suivies de la visite de trois gus qui m'ont tout l'air de savoir s'en servir, alors là, je commence à me demander sérieusement si mon tonton n'aurait pas mal tourné... »

Léon est sur le point de se marier avec Berthe, mais, dans l'attente d'avoir les moyens de lui payer la bague tant réclamée par sa future femme et sa future belle-mère, il habite dans son appartement.

Quand il reçoit de mystérieux colis contenant des produits de luxe... et des dessins incompréhensibles, il prétend que cela lui vient de son oncle d'Amérique.

Bientôt, ce ne sont plus des produits de consommation qu'il reçoit, mais des mitraillettes.

Dans la foulée, deux molosses débarquent chez lui et l'appellent " Patron ".

Léon, ne sachant que faire, va se prêter au jeu... un jeu dangereux...

Bon, que dire de ce roman loufoque, du moins dans son intrigue ?

En fait, je ne sais pas trop quoi en dire.

En effet, on sent que l'auteur s'amuse... aux dépens de son personnage, des lecteurs aussi, peut-être, et enchaîne les situations improbables, accumule les personnages déjantés...

Pour autant, difficile vraiment d'être séduit par l'intrigue minimaliste ou presque, de s'attacher aux divers personnages et surtout au héros et d'accepter certains comportements peu crédibles comme ceux de la collègue de travail de Léon ?

Au final, l'humour ne suffit pas toujours à sauver totalement un roman, surtout quand on délaisse trop son intrigue et ses personnages...

 

P.S. : à noter que ce roman a été adapté au cinéma en 1974 sous le titre " OK Patron " avec un casting 5 étoiles : Jacques Dutronc, Mireille Darc, André Pousse, Francis Blanche, Maurice Biraud, Daniel Ceccaldi, Henry Guibet, Paul Préboist, Renée Saint-Cyr, Marie-Pierre Casey et même Michel Constantin.

 

12 juillet 2026

Gangster malgré lui

Fut un temps un peu lointain, les magazines jeunesses publiaient des récits policiers qui n'étaient pas forcément destinés qu'à la jeunesse.

Certes, ceux-ci avaient tous pour points communs de mettre en scène des héros positifs en tous sens, qu'à la fin de l'histoire, les gentils gagnaient et les méchants étaient punis, de ne pas trop verser dans la violence et de mettre en avant les bons sentiments (ce qui était le cas, de toute façon, de la grande majorité des textes de la littérature populaire de l'époque).

Mais, pour autant, ces récits étaient lisibles et appréciables par tous et toutes... la preuve, j'en suis friand.

Alors, les passionnés de littérature populaire ne seront pas étonnés par ce que je viens de dire puisque tous les textes de José Moselli, par exemple, furent publiés dans des magazines jeunesse.

Mais José Moselli ne fut pas le seul auteur à avoir versé son obole à cette presse.

En effet, le cas du jour nous démontre que l'auteur Norbert Sevestre (1879-1946) en fit autant.

Bon, rien d'étonnant en la matière, quand on sait que l'auteur prolifique a souvent abordé les genres policiers, aventures et jeunesse et qu'il fut même loué par l'Abbé Béthléem, pourfendeur du vice dans la littérature de l'époque.

En ce qui concerne le titre du jour, « Gangster malgré lui », il fut initialement publié en 1934 dans le magazine « Guignol : cinéma des enfants » sous la forme d'un feuilleton en 4 parties avant d'être réédité en roman chez l'éditeur Tallandier dans la collection « Grandes aventures. Voyages excentriques » en 1936.

Gangster malgré lui :

Octave Boneface est un honnête chemisier de la rue Saint-Honoré, dont la seule excentricité consiste en de longues marches nocturnes dans les rues de Paris.

Mais un soir, aux abords du Petit Palais, sa vie bascule lorsqu'il est brutalement enlevé par un groupe d'étrangers persuadés d'avoir retrouvé un traître nommé Tony Floyd.

Victime d'une méprise tragique due à une ressemblance frappante, l'innocent commerçant est entraîné malgré lui dans un engrenage criminel qui le dépasse.

Alors que la police piétine, son jeune secrétaire, Luc Archer, décide de mener sa propre enquête.

Guidé par un indice ténu ramassé sur les lieux de l'agression, le jeune homme se lance dans une course contre la montre haletante qui le mènera des villas discrètes de la banlieue parisienne jusqu'aux bas-fonds de Chicago.

Oscar Boneface est un honnête commerçant, marié, père d'une jeune fille et dont le seul vice est de marcher longuement à travers les rues de Paris au grand damne de sa femme qui craint qu'il ne soit victime d'une agression.

Un soir, lors d'une de ses promenades, Oscar Boneface est abordé par des individus patibulaires parlant l'américain. Bientôt, il est kidnappé par ces hommes qui l'ont apparemment confondu avec un de leur compatriote...

Luc Archer, le jeune secrétaire de Boneface et l'amoureux de la fille de celui-ci, devant l'incapacité de la police à retrouver son patron et, il l'espère, son futur beau-père, décide de se lancer dans une enquête qui le mènera par tous les états d'esprit et jusqu'aux États-Unis...

Autant le dire tout de suite, qui aura déjà lu ce genre de romans policiers d'aventures ne sera pas surpris ni décontenancé par la lecture de ce roman.

En effet, « Gangster malgré lui » ne révolutionne pas le genre abordé (aventures policières) ni par son intrigue, ni par ses personnages, ni par sa narration ou sa plume.

Ce roman, destiné à un magazine jeunesse, n'a pas cette ambition et on le sent immédiatement.

Est-ce pour autant un mauvais roman ou un roman insipide ? Non, bien évidemment.

D'ailleurs, on pourrait un peu rapprocher « Gangster malgré lui » de la série « Le Petit Détective » d'Arnould Galopin, publié à la même époque (1934) et partageant de nombreux points communs : un héros jeune qui devient détective par hasard, une narration feuilletonesque, une bande de méchants, des rebondissements, des voyages, des bons sentiments, du manichéisme, de l'aventure...

Et j'ai déjà dit tout le bien que je pensais de « Le Petit Détective ».

Bref, à défaut de faire original, Norbert Sevestre remplit parfaitement la tâche qui lui incombe : proposer un récit prenant qui plaira au public jeune... mais pas que.

Alors, oui, l'intrigue fonctionne beaucoup (comme très souvent les romans et surtout les feuilletons de l'époque) sur les hasards et les coïncidences et le fait que le monde étant petit, les protagonistes vont forcément se croiser (mais Voltaire nous avait déjà fait le coup deux siècles auparavant avec son Candide).

Effectivement, les bons sentiments et le manichéisme ambiant peuvent sembler un peu sirupeux et indigestes à notre époque, mais il faut savoir replacer le texte dans son contexte. Et quand on attaque ce genre de lecture, on sait ce que l'on va y trouver.

Et quand on aborde ce genre de lecture avec le bon état d'esprit, on peut alors l'apprécier.

C'est ce que je fis de ce roman-feuilleton de près de 52000 mots (ce qui est une taille très honorable pour un roman de l'époque).

Au final, un roman d'aventures policières destiné pour la jeunesse d'il y a près d'un siècle, mais qui peut être lu et apprécié par tout le monde de nos jours et qui condense tout ce qui se faisait à l'époque...

 

12 juillet 2026

Le rapide n°5

À peine vous ai-je parlé de Félix Léonnec (1872-1942), un réalisateur et auteur de littérature populaire, que j'y reviens immédiatement... pour vous parler du même personnage : le détective Bobby Lumen.

En effet, celui-ci était le héros de " Le poing final ", un fascicule paru initialement dans la seconde série de la mythique collection " Le Roman Policier ", illustrée par le génial Gil Baer, en 1927. Celui-ci portait le numéro 26 de la collection.

Mais, quelques titres auparavant (au n° 7), on pouvait trouver le titre du jour, « Le rapide n° 5), dans lequel le héros était déjà Bobby Lumen.

Le détective étant déjà, dans ce titre, annoncé comme célèbre et ayant résolu de nombreuses affaires, il ne serait pas étonnant de le retrouver dans d'autres titres de l'auteur, mais je n'en ai pas trouvé trace dans ceux que je possède...

Pour rappel, Félix Léonnec et le fils du caricaturiste Paul Léonnec et le frère aîné de l'illustrateur George Léonnec.

Le rapide n° 5 :

Alors qu’il s'adonne à sa passion pour la pêche sur les bords de la Marne, Bobby Lumen, le plus célèbre des détectives français, est arraché à sa quiétude par une affaire stupéfiante.

Lucette Bellefeuille, la célèbre divette, a été retrouvée sans vie dans un compartiment verrouillé du rapide Paris-Marseille.

Le mystère semble insoluble : comment la jeune femme a-t-elle pu être découverte assassinée à Marseille alors qu'elle chantait encore sur une scène parisienne quelques heures plus tôt ?

Entre la disparition de bijoux d’une valeur inestimable et une énigme spatio-temporelle qui défie la raison, Bobby Lumen se lance dans une enquête haletante.

Dans cette course contre la montre, la vérité pourrait bien se cacher là où personne n'ose regarder.

Bobby Lumen, le célèbre détective s'adonne, comme à son habitude lors de ses moments de repos, à la pêche. Mais Léveillé, son ami et majordome, vient lui dire que le chef de la Sûreté a appelé et le mande d'urgence.

Arrivé sur place, Bobby Lumen apprend qu'une jeune chanteuse vedette a été retrouvée assassinée à Marseille dans un compartiment du rapide n° 5. Problème, à l'heure du départ du train de Paris, la victime était sur scène et n'a donc pas pu prendre ledit train. Autre problème, Lumen découvre rapidement que la chanteuse a été assassinée chez elle et que ses bijoux et son argent ont été dérobés...

Félix Léonnec nous invite ici à un crime et un récit ambitieux... en apparence.

En effet, le meurtre s'inscrit dans un certain nombre de sous-genres du roman policier : crime en chambre close + crime mystérieux + crime impossible...

C'est dire toute l'ambition de l'intrigue : une femme est retrouvée morte dans un train qu'elle n'a pas pu prendre... elle a été assassinée chez elle alors que tout était fermé...

Malheureusement, le récit étant destiné à un fascicule de 32 pages et dépassant à peine les 11 000 mots (une grosse heure de lecture), on se doute que l'auteur aurait du mal à résoudre son intrigue d'une façon acceptable... si tant est qu'il la résolve...

Je vous laisserai constater par vous-même.

Pour le reste, on est plutôt dans du très classique, un récit très représentatif des fascicules policiers des années 1920.

Bobby Lumen est un détective qui ne se démarque pas de celui de l'imagerie collective, l'auteur l'avoue lui-même en le comparant à Sherlock Holmes et Nick Carter, deux détectives de la littérature policière populaire de l'époque.

Bobby Lumen possède donc le don d'observation, celui de la perspicacité, du courage, de la volonté, de la souplesse, de la force, de l'opiniâtreté, sans avoir de défauts annoncés.

Il est secondé par son majordome et ami qu'il sauva du suicide par le passé et par ses deux neveux (ce qui rappelle fortement Nick Carter).

Sa seule caractéristique le démarquant : il est un pêcheur invétéré (avec un circonflexe).

En ce qui concerne la plume de Léonnec, on ne trouvera rien à redire, ni en bon ni en mauvais, une plume " passe-partout " qui remplit son office, mais sans chercher à faire de la grande littérature.

Là encore, on est dans le classique.

Le récit est bien mené dans un premier temps, avec ces mystères qui s'accumulent...

L'enquête de Bobby Lumen mélange à la fois observation, réflexion et action puisqu'il n'hésite pas à prendre divers moyens de locomotions pour se rendre d'un point à un autre.

Reste la fin... frustrante, autant l'avouer, mais pardonnable du fait de la difficulté à proposer une intrigue complexe et la résoudre de façon honorable en seulement une dizaine de milliers de mots.

Au final, un récit policier qui n'a pas les moyens de ses ambitions (en termes de temps d'écriture, de publication et de nombre de pages disponible), mais qui, au moins essaye, et ce n’est déjà pas si mal...

5 juillet 2026

Le poing final

Félix Léonnec (1872-1942) est un réalisateur et auteur de la littérature populaire que j'ai déjà abordé pour son fascicule « Un cri dans le brouillard ».

Fils d'un caricaturiste, frère aîné d'un illustrateur pour des magazines populaires, Félix Léonnec a principalement œuvré, en tant qu'auteur, dans le genre aventures et le genre sentimental.

Pourtant, il a écrit plusieurs fascicules policiers dont au moins deux mettent en scène le personnage du détective Bobby Lumen.

Le premier titre, « Le rapide n° 5 » a été publié sous la forme d'un fascicule dans la seconde série de la mythique collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi en 1927.

Le second est le titre du jour, « Le poing final » et est paru peu de temps après.

Il s'agit d'un texte d'un peu moins de 18 000 mots.

Le poing final :

En vacances dans les Côtes-du-Nord, le célèbre détective Bobby Lumen voit sa tranquillité brisée par une nouvelle alarmante : l'impitoyable Brécard, dit « Poing... final », s'est évadé du bagne.

Condamné autrefois grâce au flair de Lumen, ce colosse assoiffé de sang n’a qu'une idée en tête : se venger du détective en lui assenant son coup de poing mortel caractéristique.

Alors que les cadavres de ses anciens collaborateurs commencent à s'accumuler à Paris, Bobby Lumen doit quitter sa retraite bretonne pour affronter son ennemi le plus féroce dans un duel psychologique et physique.

Entre les bas-fonds de la capitale et des cachettes souterraines réputées imprenables, une traque haletante s'engage.

Bobby Lumen est en vacances avec ses bras droits et son majordome.

Quand il reçoit un message du chef de la Sûreté le prévenant de l'évasion de Brécard, un bandit qu'il a arrêté et qui est surnommé " Poing... final ", car il a tué ses victimes d'un coup de poing derrière la tête, il sait que son congé va rapidement prendre fin.

En effet, il ne tarde pas à recevoir un autre message le prévenant de la mort d'un policier qui l'accompagnait lors de l'arrestation de Brécard.

Bobby Lumen décide alors de rentrer à Paris en urgence pour éviter d'autres morts...

Félix Léonnec nous propose là un récit policier plutôt classique et qui s'inscrit dans la veine de ce que l'on pouvait trouver dans la littérature fasciculaire policière des années 1920.

En effet, l'auteur utilise un héros " classique " pour l'époque avec ce détective réputé, courageux, fort, connaissant le jiu-jitsu.

En ce qui concerne l'intrigue, rien de bien nouveau non plus : un bandit s'évade du bagne et revient en France pour se venger de celui qui l'a arrêté.

Bon, une fois posé cet état de fait (la littérature fasciculaire n'est pas là pour innover même si cela arrive), on peut apprécier le récit pour ce qu'il est, à la fois un petit moment de lecture agréable et un témoignage de la littérature populaire de l'époque.

Il ne faut pas oublier que ces fascicules s'écrivaient vite, se publiaient vite et à très grand tirage, qu'ils ne coûtaient pas cher et permettaient aux moins nantis d'avoir la possibilité de lire et d'emmener leurs lectures dans leurs poches.

Bref, le but était de divertir le lecteur pendant une heure ou deux et c'est ce que fait ce récit.

Au final, une lecture agréable à défaut d'être originale ou inoubliable.

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5 juillet 2026

Le poignard javanais

En littérature populaire, comme ailleurs, on recroise souvent les mêmes auteurs (en plus des autres). Il n'est donc pas étonnant que ma route me mette à nouveau sur celle de l'auteur Jean Normand, de son vrai nom Raoul Anthoni Lematte (1885-1956), un écrivain qui travailla dans l'administration pénitentiaire guyanaise, ce qui lui inspira de nombreux récits dont ceux composant la série « Inspecteur Doublet à travers le monde ».

Il est indéniable que cette expérience forgea sa plume et guida ses inspirations vers des lieux exotiques, soit directement, soit, comme dans le cas présent, plus indirectement...

« Le poignard javanais » est un récit initialement paru sous la forme d'un fascicule de 64 pages dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi en 1936.

Le poignard javanais :

Par une nuit de brouillard sur la Seine, la brigade fluviale ne s'attendait pas à une telle pêche : dans les filets abandonnés par des braconniers, le corps d'un homme ligoté émerge des eaux noires.

La découverte est d'autant plus troublante que la victime a été frappée par un poignard javanais en bois précieux, une arme exotique totalement inconnue des malfaiteurs européens.

L'inspecteur Marjol, chargé de l’enquête, découvre que le mort, un riche courtier en perles nommé Van Zollen, dissimulait une double identité et fréquentait les bords de Marne sous un pseudonyme pour y rencontrer une mystérieuse Soriana.

Pour résoudre l’affaire, l’inspecteur Marjol va devoir plonger dans les bas-fonds de la capitale.

Pour lui, commence alors une traque haletante afin de percer le secret d'une vengeance implacable venue du bout du monde.

C'est en pourchassant, de nuit, des pêcheurs braconniers que la Brigade Fluviale découvre, dans les filets de pêche abandonnés par ceux-ci, le corps d'un homme.

Dans le corps de la victime, la pointe d'un poignard en bois dur comme on en trouve sur l'île de Java...

L'inspecteur Marjol, grâce aux témoignages faisant suite à la diffusion du portrait de la victime, apprend que celui-ci était un riche courtier en perles.

Son enquête ne tarde pas à révéler que l'homme avait de fréquents rendez-vous secrets et que son dernier achat de perles a été remplacé par des faux...

Bon, Jean Normand, on le sait, aimait beaucoup instiller de l'exotisme de sans récits, soit directement, avec des histoires se déroulant dans des pays lointains (souvent en Amérique du Sud et plus assurément en Guyane), soit, comme ici, plus indirectement, en plongeant les origines de son intrigue dans une lointaine contrée.

Ceci dit, cet " exotisme " était assez courant à l'époque, et les auteurs n'hésitaient jamais à mêler des intrigues ancrées en Indes, en Afrique, en Amérique du Sud ou encore en Chine dans leurs récits policiers.

Ici, l'auteur nous livre une intrigue plutôt classique pour l'époque.

Comme il est souvent de coutume dans les fascicules (mais pas que), c'est-à-dire dans un format contraint à la concision, le hasard a une trop grande place dans la résolution de l'affaire.

Cependant, l'enquête s'appuie également sur des analyses de l'Identité Judiciaire, sur la médiatisation, sur des filatures, des traques et un peu de réflexion, ce qui n'est pas toujours le cas dans cette paralittérature.

Les personnages, là aussi du fait de la concision exigée, sont très peu développés, que ce soient l'inspecteur Marjol ou les différents protagonistes.

Pas très grave, si on est un adepte de la littérature fasciculaire, on est habitué à ce travers. 

Le nœud de l'intrigue s'appuie sur un levier usuel de la littérature policière (et toutes formes de médias contant des histoires dans lesquelles se mêlent la tension et l'action). Autant dire que Jean Normand ne cherche pas à faire dans l'originalité, il n'en a ni le temps, ni l'espace, ni les moyens.

Cependant, le récit s'avère très plaisant à lire, et l'on n'en est pas étonné si on a déjà lu des textes de l'auteur.

En effet, sans que sa plume frise l'excellence, celle-ci s'avère généralement plutôt agréable à lire et sa propension à instiller toujours un peu d'exotisme est toujours un petit plus intéressant.

Alors, oui, Jean Normand n'a pas le talent des grands noms de la littérature populaire comme Georges Simenon, Maurice Leblanc, ni même celui de noms moins prestigieux de nos jours comme Jules Lermina ou, surtout, Albert Boissière (qui est un auteur à redécouvrir d'urgence), pas plus que ceux de noms totalement inconnus ou presque comme Géo Duvic, René Byzance ou J.-A. Flanigham. Pourtant, il faut bien reconnaître que sa plume et sa maîtrise du genre et du format (donc, ses récits) se situent dans le haut de l'immense panier de la littérature fasciculaire de l'époque.

Au final, un récit policier plaisant à lire qui fait passer deux petites heures de lecture agréable et c'est déjà beaucoup.

 

28 juin 2026

Les 7 pilules blanches

Léo Frachet est un auteur de la littérature fasciculaire que j'ai principalement évoqué pour sa courte série autour du Père Leboeuf, un policier retraité qui semble se soucier plus des roses de son jardin que des enquêtes qu'il mène.

Je ne vous en dirais pas plus sur l'auteur, car, de lui, je ne sais rien.

Bref, « Les 7 pilules blanches » est à l'origine un fascicule de 64 pages publié dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi en 1937.

Les 7 pilules blanches :

« Demain, à minuit, vous mourrez. »

Lorsque le puissant banquier Claude Belmont reçoit ce message anonyme, il n'y voit qu'une plaisanterie de mauvais goût.

Pourtant, à la seconde près, et sous les yeux impuissants de ses invités et de la police, il s'écroule, foudroyé.

L’histoire se répète bientôt de façon implacable : un savant de renom, puis le ministre de l’Intérieur lui-même, reçoivent le même avertissement dactylographié avant de s’éteindre avec une ponctualité diabolique.

Paris tremble face à celui que l'on surnomme désormais « le Monstre », un assassin invisible qui frappe sans arme apparente, sans effraction et sans laisser la moindre trace.

Alors que la capitale sombre dans la psychose, le jeune inspecteur André Rigaud s'obstine à suivre une piste ténue envers et contre tous...

Un banquier très en vue reçoit un message anonyme l'avertissant qu'il mourra le lendemain à minuit. Bien qu'il prétende prendre cela à la légère, il fait tout de même appel à la police. Un inspecteur assistera donc à la soirée que donne le banquier.

Mais, à minuit pile, le banquier meurt sous les yeux de ses invités et du policier sans qu'il soit possible de déterminer la raison de sa mort.

Bientôt, d'autres personnes vont recevoir le même message.

Léo Frachet nous propose là un récit policier dans la veine de ce qu'il se faisait à l'époque dans les collections policières fasciculaires.

Un meurtre mystérieux.

Un meurtre en chambre close.

Un meurtre en public.

Voilà de quoi poser les bases d'un récit intrigant.

Malheureusement, on s'en doute, le format fasciculaire ne lui permet pas de développer trop son intrigue et ses personnages et les quelques facilités dont il use mettent trop rapidement le lecteur sur la piste du coupable.

À vrai dire, on se doute rapidement du nom du coupable et l'on s'attachera alors à comprendre les motivations de celui-ci.

Et c'est un peu dommage, car, avec plus de place, en développant un peu plus le personnage du coupable, son histoire, ses motivations... en mettant en place une véritable relation entre le policier et ce coupable... le récit aurait pu prendre une autre dimension et se poser comme une réflexion sur la vengeance, la justice et la culpabilité.

Ce ne sera pas le cas et, du coup, on se focaliser peut-être un peu plus sur les " facilités " du récit, notamment celle d'une arme bien pratique ou d'autres.

Malgré tout, il faut bien reconnaître que « Les 7 pilules blanches » est un récit plutôt agréable à lire même s'il ne révolutionne ni le genre ni le format, ce qui était à la portée de très très rares auteurs de la littérature fasciculaire.

Au final, un récit qui offre au lecteur deux petites heures de lecture agréable, ce qui est déjà bien.

28 juin 2026

Pourquoi tuer ?

Depuis près de 15 ans, je plonge régulièrement dans la littérature populaire policière fasciculaire de la première moitié du siècle dernier.

J'ai chroniqué des centaines de titres, parlé des principaux éditeurs fournisseurs de cette paralittérature, évoqué plusieurs dizaines d'auteurs.

Pourtant, je n'ai pas encore abordé le cas de Joachim Renez, un auteur né en Argentine en 1873 et mort en France en 1942.

D'ailleurs, je dis " auteur ", mais on trouve trace, sur le site IMDb, d'un acteur éponyme ayant sévi dans les années 1920.

Les deux " Joachim Renez " ne seraient-ils qu'un seul " Joachim Renez " ? je ne sais point.

Mais on doit à celui en question aujourd'hui des titres dans différents genres (policier, aventures, romance, patriotique).

Le titre du jour, « Pourquoi Tuer ? », est tiré du magazine québécois " Le Samedi ". Ce magazine reprenait régulièrement des récits fasciculaires français des années 1930 aussi peut-on estimer que « Pourquoi Tuer ? » est paru auparavant en fascicule, mais comme je n'en trouve aucune trace, je ne saurai dire.

Donc, je vais me contenter de parler du texte de 8600 mots (ce qui correspondrait à un petit fascicule de 32 pages).

Pourquoi tuer ?

Dans le Paris nocturne des années folles, un homme étrange arpente les quais de la Seine.

Sous ses haillons de simple vagabond de « la zone », Arsène Frangeot dissimule pourtant une identité et un secret stupéfiants qui l'ont tenu éloigné de la haute société pendant deux décennies.

Sa rencontre fortuite avec Ludovic de Trêmes, un gentleman désespéré au bord du gouffre, va l'amener à rompre le silence.

En tendant la main à cet homme traqué par ses propres démons, Arsène entame le récit d'une vengeance singulière, née d'une trahison amoureuse.

Arsène est un clochard qui aime se balader dans les rues de Paris et suivre et observer le quidam pour chercher à devenir sa nature. Durant son exercice favori, il tombe sur un homme qu'il soupçonne vouloir se jeter dans la Seine. L'empêchant de commettre l'irréparable, il apprend de la part de celui-ci qu'il vient de tuer sa femme adultère. Arsène se confie alors sur ses propres déboires conjugaux et va révéler son secret... ses secrets.

Bon, on ne peut pas vraiment dire que ce récit soit réellement policier même s'il est question de meurtre, de vengeance, d'adultères...

L'auteur semble ici vouloir régler ses comptes avec la gent féminine qui ne trouve, dans ce récit, qu'un seul rôle, celui de la femme légère et vénale qui épouse un homme pour son argent avant d'aller se jeter dans les bras d'un autre et qui n'a aucun scrupule, aucun remords.

Bon, passons sur cette vision de la femme rétrograde (à notre époque du moins) et concentrons-nous sur le texte.

Celui-ci se présente plus sous la forme d'un conte que d'un récit policier. En effet, il débute par la rencontre entre deux hommes sensément issus de mondes opposés, mais qui, non seulement, se découvrent de nombreux points communs, mais qui, en plus sont liés par une connaissance commune.

Chacune ira alors de sa petite histoire pour expliquer comment il en est arrivé là.

Et chacun repartira grandit de cette expérience commune.

Puis le lecteur aura le droit à une sorte de " happy end ", et d'une morale digne des contes de notre enfance.

Alors, oui, le texte est plutôt bien écrit, le personnage d'Arsène s'avère intéressant, mais les facilités inhérentes au format très court nuisent un peu à la cohérence de l'histoire. Les bienfaits du hasard et des coïncidences si chères aux auteurs de récits policiers sont ici employés en dehors du genre.

Si on pousse un peu, on peut même trouver, dans ce récit, un témoignage des mœurs de son époque (même si je ne puis le dater précisément) en ce qu'il aborde les mariages de convenance et qu'il préfigure le sujet principal des romans noirs à l'américaine : la femme vénale.

Au final, une lecture plaisante à défaut d'être inoubliable.

21 juin 2026

L'affaire du rapide 23

Eck Bouillier (1887-1945) est un auteur que j'ai rarement abordé jusqu'à présent.

En fait, je n'en ai parlé que pour un titre, « L'Agence Backerson », un fascicule policier paru dans la collection « Aventures Policières » des éditions Rouff en 1937.

Le titre du jour, « L'affaire du rapide 23 » est issu de la même collection de fascicules de 32 pages et a été publié la même année 1937.

Précisons qu'Eck Bouillier était, tout d'abord, un illustrateur.

L'affaire du rapide 23 :

Au cœur du luxe parisien, la prestigieuse joaillerie Rosman reçoit une commande exceptionnelle : une parure de deux millions de francs destinée à la femme de l'éminent Lord Melcomb.

Mais l'éclat des pierres précieuses attire bientôt l'ombre d'une mystérieuse organisation criminelle qui exige sa part sous peine de s'approprier le trésor en cours de route.

Contraint par des menaces de plus en plus pressantes, le joaillier confie la périlleuse mission de livraison à son homme de confiance, René Jardin.

Dans le huis clos d'un train de nuit reliant Paris à la Côte d'Azur, le jeune employé se retrouve plongé dans un jeu de dupes où chaque voyageur est un suspect et chaque arrêt une menace.

Le joaillier Rosman doit honorer une commande somptueuse pour Lord Melcomb. Mais il lui incombe d'apporter la commande sur la Côte d'Azur. Ayant reçu des lettres le menaçant de voler les bijoux s'il ne paie pas une dîme substantielle, Rosman confie la livraison à son homme de confiance.

Celui-ci, une fois dans le train en partance pour la Côte d'Azur, ne se doute pas de la mésaventure qu'il s'apprête à vivre...

Je le disais en début, Eck Bouillier est avant tout et surtout un illustrateur. Cependant, comme certains de ses confrères de l'époque (les maisons d'édition cherchaient à publier beaucoup, donc, avaient besoin de nombreux récits, donc, d'auteurs).

D'ailleurs, la BNF ne recense que 4 titres signés par lui.

Aussi, il n'est pas étonnant que Eck Bouillier n'ait pas la même maîtrise du genre et du format que des auteurs plus confirmés.

Cependant, il faut bien lui reconnaître que, s'il n'innove ni dans le style, ni dans la narration, ni dans l'intrigue, ni dans les personnages, il se conforme parfaitement aux exigences du genre et du format.

En effet, on y retrouve les personnages usuels des fascicules policiers de l'époque, une intrigue qui s'appuie, sans les singer, sur les récits d'outre-Atlantique (il est même fait notion des " racketeers " américains), et quelques rebondissements censés surprendre le lecteur.

Eck Bouillier place les enjeux au début de son récit (une livraison de bijoux risquant d'être interceptée) puis jette son " héros " dans le bain.

Ce " héros " ou plutôt " antihéros " est naïf à souhait, comme le sont souvent les personnages de l'époque, ce qui va le faire tomber dans les pièges tendus.

Bref, l'auteur, pour un " amateur ", s'en tire plutôt pas mal, et parvient à proposer un récit agréable à lire, qui ne dénotera pas dans l'immense production fasciculaire des années 1930, mais qui ne fait pas tache non plus.

Au final, un récit policier dans la veine de la production fasciculaire policière des années 1930, ni meilleur que les autres, mais surtout pas plus mauvais.

 

21 juin 2026

L'inconnu de la nuit tragique

J'ai déjà abordé de nombreux auteurs de la littérature populaire fasciculaire policière.

Pour autant, il ne me semble pas encore avoir parlé de l'auteur Michel Nour (1871-1951).

Il faut dire que le bonhomme a traversé assez anonyme plusieurs décennies de la littérature. De plus, il se serait plus spécialisé dans le genre sentimentalo-dramatique et aurait assez peu abordé le genre policier.

Cependant, à partir de 1937, il écrit au moins deux titres pour la collection de fascicules de 32 pages des éditions Rouff : « Aventures Policières » : « La boîte de fer blanc » (n° 35 de la collection) et le titre du jour « L'inconnu de la nuit tragique » (n° 31).

De Michel Nour, on connaît très peu de choses, voire rien du tout, comme pour la plupart des auteurs de cette paralittérature.

L'inconnu de la nuit tragique :

Lorsque Prosper Gardier, un historien vivant en ermite, est retrouvé sans vie dans sa chambre close, l’émotion gagne le petit village.

Entre la disparition d’importantes sommes d’argent et celle de mystérieux documents secrets confiés par un ami ingénieur, le mobile du crime semble trouble.

L’inspecteur Dartès est dépêché sur les lieux pour démêler les fils d’une intrigue où chaque habitant devient suspect : des domestiques fidèles à la jeune secrétaire Henriette Lermont, dont la discrétion intrigue les villageois.

Dans cette enquête où se mêlent vol crapuleux et espionnage, l'habile policier devra percer les ombres de la villa pour démasquer un coupable aux multiples visages.

Un vieil homme est retrouvé assassiné chez lui. Tout a été fouillé et de l'argent et des papiers ont disparu. L'inspecteur Dartès est chargé de l'enquête et il va devoir s'intéresser aux différents suspects, dont la jeune secrétaire de la victime, une Parisienne considérée comme hautaine par les autochtones.

Michel Nour nous livre ici un début de récit policier plutôt classique et dans la veine de la littérature fasciculaire policière de l'époque. Un crime mystérieux, des suspects, un policier...

En quelques mots, il installe l'ambiance rurale, les personnages secondaires... le crime.

Puis, grâce à un article de journal, l'auteur détaille les circonstances du crime avec une économie de mots que nécessite le format fasciculaire.

Entre alors en scène le policier, Dartès, comme le lecteur de l'article dans la voiture qui l'amène sur place.

Pour autant, Dartès, personnage principal, est peu décrit par l'auteur, mais les rares qualificatifs qu'il lui accorde le placent immédiatement dans les pas du policier usuel de ce genre de récit.

Michel Nour nous propose ensuite une enquête policière là encore classique, mais plaisante à lire.

Ce n'est que quand il va faire bifurquer son récit vers le genre espionnage que l'auteur commet une " maladresse " que l'on peut mettre sur le compte de la concision à laquelle il est forcé. En effet, la transition entre les deux genres se fait trop brutalement, laissant un peu l'impression de lire deux récits différents.

La révélation finale, qui doit être le rebondissement de l'affaire, est là aussi une facilité qui fonctionne sur des non-dits qui n'ont pas forcément de raisons cartésiennes.

Mais, ne soyons pas trop exigeants avec un format si contraignant. En effet, on sait, en attaquant la lecture d'un fascicule, que l'auteur va devoir user d'ellipses ou de facilités pour faire tenir son histoire en peu de mots (ici, 13 000) à moins d'avoir du " génie " ou, du moins, un grand talent, ce qui n'était pas le cas de la grande majorité des auteurs de récits fasciculaires.

Au final, un récit policier plutôt bien maîtrisé et intéressant dans sa première partie et qui perd un peu de cohérence et de maîtrise quand il tend vers le récit d'espionnage. 

 

14 juin 2026

Un as de la police

Le hasard fait bien les choses tant parfois dans la vie que souvent dans les récits policiers (le titre du jour en est un exemple parfait).

Aujourd'hui, je vais parler d'un auteur que j'ai très peu abordé, Léo Frachet.

En effet, de cet auteur, jusqu'à présent, je n'avais lu et chroniqué que ses quatre récits autour du Père Leboeuf, un policier retraité passionné de roses.

Je ne vous apporterai pas plus de renseignements sur l'auteur qu'à l'époque et peut-être même encore moins, car je me rends compte que j'ai peut-être confondu Léo Frachet et Léon Frachet alors qu'il s'agit peut-être de deux auteurs différents.

Bref.

« Un as de la police » est paru initialement (du moins je crois que c'est la première édition) en 1939, sous la forme d'un fascicule de 64 pages dans la collection « Mystère et Police » des éditions Ferenczi.

Un as de la police :

Une pièce close. Six suspects. Un diamant volatilisé.

Lors d'un somptueux dîner parisien, le légendaire Diamant Bleu disparaît à la faveur d'une soudaine panne d'électricité.

Dans ce huis clos où chaque invité est suspect, l'inspecteur Charles Martel, alias « Monsieur Hasard », doit démêler les secrets et les faux-semblants.

Entre la malédiction de la pierre et les jeux de salon, la vérité sera-t-elle le fruit de la logique ou d'un simple coup de chance ?

Charles Martel (pas celui qui s'est fait connaître à Poitiers) est un inspecteur de police surnommé " Monsieur hasard " du fait qu'il annonce toujours que le hasard est son meilleur adjoint. Quand le " Diamant Bleu " disparaît lors d'une soirée entre amis dirigée par le propriétaire du joyau, c'est " monsieur hasard " qui s'y colle. Mais les apparences étant souvent trompeuses, Charles Martel va devoir une nouvelle fois démontre qu'il n'a pas usurpé son statut de policier ni son surnom...

Ne connaissant pas trop la plume de Léo Frachet (je n'avais lu jusque-là que 4 fascicules de 32 pages signés par lui), je ne puis dire si ce récit d'une longueur doublée (presque 20 000 mots) est dans la même veine, d'autant que le personnage diffère totalement de celui du Père Leboeuf.

Cependant, je peux dire que le récit s'inscrit dans la veine des récits policiers fasciculaires de l'époque et notamment ceux de la collection dont il est tiré (" Police et Mystère ").

En effet, on retrouve à la fois l'ambiance, le style, le genre d'histoire...

Mais, avec ces mêmes éléments, on peut aussi bien produire un récit indigeste qu'un bon petit roman policier.

Et c'est plutôt le deuxième cas qui s'offre à nous.

Effectivement, « L'as de la police » s'avère être un récit plaisant à lire, et ce parce que l'auteur parvient à élever tous les éléments précités.

Le personnage principal, tout d'abord. Charles Martel est loin du stéréotype du policier infaillible, tant physiquement que psychiquement. Il ne compte pas sur ses seules qualités (qui sont pourtant présentes) de policier, car il sait que le hasard joue souvent un grand rôle dans les découvertes. Mais, en plus de ses dons d'observation, de perspicacité, d'opiniâtreté... du hasard, il s'appuie également sur les analyses techniques et scientifiques de l'époque ainsi que sur celles de spécialistes.

L'intrigue, ensuite. En effet, celle-ci, qui peut s'avérer simple à la base (un " crime en chambre close "), réserve de nombreuses surprises et rebondissements, et ce malgré la concision du texte. Les suspects sont nombreux, et quand on pense avoir découvert le voleur, on se rend compte qu'il y a encore quelque chose derrière.

La maîtrise du genre et des sous-genres... Léo Frachet démontre qu'il connaît et maîtrise les différents sous-genres du roman policier. Faisant débuter son récit par un " crime en chambre close ", il le conclut en un " Whodunit " que n'aurait pas renié Agatha Christie. Entre les deux, Léo Frachet joue avec le trope du " voleur volé ", des faux-semblants, des révélations tardives... bref, tout un panel de sous-genre en un seul récit.

La plume, enfin... Une plume qui sait s'effacer devant son histoire, mais qui ne faiblit jamais pour autant. La plume est au service de l'histoire et non l'inverse.

Au final, Léo Frachet démontre avec ce titre qu'il était capable de maîtriser à la fois un genre, des sous-genres, un format, un personnage, une ambiance et une intrigue. Sans parvenir à l'excellence réservée à une poignée d'auteurs, il nous livre là un très bon récit policier.

14 juin 2026

Skin O' My Tooth

Je suis obligé de me répéter, alors je vais le faire concisément : je suis un passionné de littérature policière... encore plus de littérature populaire policière...

Je plonge dans cette paralittérature dès que je peux et après avoir découvert de très nombreuses pépites méconnues, inconnues, oubliées... appelées à disparaître, de notre patrimoine culturel, que ce soit des romans, des nouvelles, des contes, des feuilletons, des fascicules... j'ai remis mon costume de scaphandrier paralittéraire pour m'immerger dans les premiers récits policiers de nos amis (car tous les auteurs sont nos amis) Américains et Anglais... mais toujours via des personnages récurrents, car j'adore retrouver un même personnage dans différentes situations.

Dans cette recherche, j'ai encore découvert de très bons textes et de très bons auteurs.

Parmi ceux-ci, une femme de lettres dont je vous ai déjà parlé pour deux de ses séries : « Le vieil homme dans le coin » et « Lady Molly de Scotland Yard », j'ai nommé Emmuska Orczy (1865-1947) dite La Baronne Orczy, principalement connue pour sa série de romans sur le " Mouron Rouge ".

« Le vieil homme dans le coin » et « Lady Molly de Scotland Yard » partagent un format commun, celui de 12 courts épisodes de 6 ou 7 000 mots chacun.

C'est une nouvelle fois le cas avec la série du jour : « Skin O' My Tooth ».

Derrière ce titre particulier se cachent à la fois une expression et un personnage.

L'expression « By the skin of your teeth », a son équivalent français quasi littéral : « Par la peau des dents » et signifie « de justesse ».

Le personnage est un homme de loi obèse, en apparence insignifiant, mais qui face à un mystère se transforme en limier hors pair.

Son surnom, Skin O' My Tooth, il le doit au fait d'avoir sauvé in extremis un suspect de la peine capitale.

Car Skin O' My Tooth, de son vrai nom Patrick Mulligan, est ce que l'on appelle, outre-Manche, un Solicitor, une sorte d'avocat de la défense, du moins un avocat qui agit pour le compte d'un client.

Les histoires sont contées à la première personne par Alexander Stanislas Mullins, le clerc attitré de Mulligan.

Ce dernier est donc l'équivalent de John Watson pour Sherlock Holmes, un narrateur, certes, mais un " proche " un peu pris de haut, qui s'extasie devant les capacités de son " supérieur " et en qui ce dernier peut avoir toute confiance.

Bref, il est à la fois le conteur et le faire valoir de Mulligan.

Skin O' My Tooth apparaît pour la première dans « The murder in Salstashe Woods », publiée dans le " Windsor Magazine " en 1903.

6 nouvelles sortent cette année-là pour ledit magazine.

Puis il faut attendre 1927 (apparemment) pour trouver une nouvelle salve de 7 épisodes dans le " Pearson's Magazine ".

Un recueil de 12 nouvelles sortira dans la foulée en 1928.

Et voilà que plus d'un siècle plus tard apparaissent les premières traductions de la série.

C'est assez étrange quand on sait que la série " Le vieil homme dans le coin " avait eu le droit à des traductions de Jean-Joseph Renaud, un auteur français. Ce dernier étant mort en 1953, les traductions ne datent donc pas d'hier.

Cependant, c'est moins étrange quand l'on constate que la série " Lady Molly de Scotland Yard " n'a été traduite pour la première fois que très récemment par OXYMORON Éditions.

OXYMORON Éditions remet donc le couvert avec « Skin O' My Tooth » et c'est tant mieux.

En effet, si " Le vieil homme dans le coin " proposait un personnage atypique, très intéressant, les épisodes, eux, de par leur idem structure, finissaient par lasser un peu le lecteur.

Si la série " Lady Molly de Scotland Yard " était plus intéressante à lire, le personnage, du moins d'un point de vue actuel, était moins original (quoi que, une femme, enquêtrice, à l'époque, ce n'était pas monnaie courante).

Avec « Skin O' My Tooth », Emma Orczy parvient à allier à la fois un personnage atypique, une structure mouvante, des intrigues plus variées...

Bref, avec « Skin O' My Tooth » le lecteur a le droit au meilleur et c'est tout.

En effet, le personnage de Patrick Mulligan n'est pas qu’original, il ne l'est pas que physiquement, c'est un tout. Un physique très imposant, des qualités d'enquêteur évidentes, un humour parfois pince-sans-rire, un art du déguisement (malgré son physique reconnaissable), une opiniâtreté... mais aussi de l'empathie pour ses clients... et parfois pour ses ennemis...

Il raille volontiers son clerc, le traitant souvent d'âne, mais, pour autant, il a une confiance absolue en celui-ci.

Bref.

Skin O' My Tooth, outre son surnom, est original en plusieurs points.

Certes, la narration via le clerc nous rappelle celle de Watson et le duo est là également pour nous faire penser à celui de Conan Doyle, mais c'est pour mieux parodier les personnages originaux ou, du moins, pour les contourner.

Je ne rajouterai pas un " bref ", puisque je ne fais pas preuve de brièveté, mais je ne vais cependant pas tarder à conclure.

La série « Skin O' My Tooth » allie le meilleur des deux autres séries du même format d'Emma Orczy et on se demande pourquoi ce ne fut pas la première à être traduite (probablement à cause du surnom du héros qui, s'il était traduit, donnerait un truc du genre " Peau des dents " qui serait assez déconcertant).

Mais heureusement, cette lacune est désormais comblée alors, profitez-en pour découvrir Patrick Mulligan, alias Skin O' My Tooth, vous ne le regretterez pas.

Au final, un personnage à la fois original, intéressant, touchant, drôle, agaçant, emphatique, dédaigneux, observateur, perspicace, opiniâtre... un personnage à découvrir.

7 juin 2026

Le bracelet d'émeraude

Ce qu'il y a aussi de passionnant, dans la littérature populaire fasciculaire de la première moitié du siècle dernier, outre le fait de découvrir des auteurs inconnus et parfois des récits passionnants, c'est que le mystère et la surprise ne nous attendent pas que dans les pages elles-mêmes.

Je m'explique.

Souvent, je cherche dans les bases de données, sur les sites, les forums, les blogs, trace d'un personnage récurrent. J'essaye de me procurer tous les fascicules signés par un même auteur (et ses pseudonymes, quand ceux-ci sont connus... parfois on les découvre justement grâce à la présence de ce fameux " récurrent ") en les achetant sur les sites spécialisés, en mandant l'aide de collectionneurs passionnés.

Malgré tout, parfois, je n'arrive pas à en faire le tour, car nombre de fascicules sont totalement introuvables...

D'autres fois, je pense avoir fait le tour de la question, être parvenu à créer une liste exhaustive des titres dans lesquels apparaît ce fameux personnage sur lequel je me concentre...

C'est le cas de l'Inspecteur Principal Poncet, un personnage créé par Henry de Golen.

C'était le cas de l'Inspecteur Principal Poncet, que je pensais héros de seulement 6 enquêtes.

Et puis...

Et puis, au hasard de mes pérégrinations dans les journaux est les magazines de l'époque, ceux publiés en France, en Suisse ou au Canada, je tombe sur un texte non répertorié dudit auteur ou sur un texte jusqu'ici introuvable et en le lisant, j'ai le plaisir de rencontrer à nouveau " mon " récurrent.

C'est également le cas de l'Inspecteur Principal Poncet, que je pensais héros de seulement 6 enquêtes et dont je viens de dénicher une 7e, qui est la réédition d'un fascicule introuvable de la mythique collection " Le Roman Policier " des éditions Ferenczi, dans sa seconde série (qui fut également illustrée par le génial Gil Baer).

Aussi puis-je désormais rajouter à ma liste le titre « Le bracelet d'émeraude » paru initialement sous la forme d'un fascicule de 32 pages (enfin, je pense) en 1927 (si je ne me trompe pas).

Ma liste est-elle désormais exhaustive ? L'avenir me contredira peut-être à nouveau.

Le bracelet d'émeraude :

Dans l'atmosphère feutrée de la rue d'Anjou, l'irréparable s'est produit.

Pierrette Ravenel, une jeune femme à la beauté radieuse est retrouvée gisante sur le tapis de sa salle à manger, terrassée par un poison foudroyant : le curare.

Le scandale est total lorsque, dans un ultime instant de lucidité avant de sombrer dans une folie incurable, elle pointe un doigt accusateur vers son mari, Me Ravenel, un avocat respecté.

Pour l'inspecteur Poncet, l'as de la Sûreté, commence alors une partie d'échecs contre l'invisible.

Entre une porte restée ouverte, les gémissements d'un petit chien terrorisé et des apparences trop lisses pour être honnêtes, le célèbre limier saura-t-il distinguer la vérité du délire d'une démente ?

L'inspecteur Poncet est appelé rue d'Anjou pour résoudre une bien étrange affaire. Madame Ravenel a été retrouvée par son avocat de mari dans sa salle à manger, morte ou presque. Le médecin mandé sur place rend son diagnostic : empoisonnement au curare ayant provoqué la catatonie puis, bientôt, la folie. Mais dans un dernier accès de lucidité, Madame Ravenel accuse son mari. L'inspecteur Poncet, ne sachant si la victime était vraiment lucide au moment de son accusation, va devoir enquêter pour se faire sa propre idée.

On retrouve dans ce récit deux pans de la littérature d'Henry de Golen.

La première est inhérente à son personnage, celui de l'inspecteur Poncet, que l'on a déjà rencontré au moins six fois. C'est le récit policier pur, avec un personnage principal qui s'inscrit dans la lignée des grands enquêteurs de la littérature populaire, un policier qui maîtrise à la fois l'art de l'observation, celui de la déduction, mais également celui du maquillage et de la transformation.

L'autre, on l'a découvert notamment dans le récit « L'épouvante », que j'ai déjà critiqué il y a quelques années (mais dont on retrouve quelques onces dans chacune des aventures de Poncet), c'est le goût de l'auteur pour, si ce n'est l'horreur, du moins l'angoisse affolante, celle qui peut rendre fou (je crois qu'il a écrit des reportages sur les asiles psychiatriques et l'aliénation... du moins sur le monde médical).

Cette angoisse, on la retrouve dès la première scène, à travers le personnage du mari qui découvre le corps de sa femme, mais elle est exacerbée par les réactions de la victime à son " réveil ". L'auteur place à merveille en quelques mots cette ambiance à la fois étouffante et délétère.

Si Henry de Golen a souvent abordé des sujets graves, pour ne pas dire glauques, lors des enquêtes de l'inspecteur Poncet (meurtres sauvages, décapitations...), il évoque déjà souvent le côté psychiatrique des criminels.

Mais ici, il pousse le curseur un peu plus loin. Certes, on est dans du roman policier, mais toute la séquence avec le " réveil " de la femme fait froid dans le dos comme rarement dans les récits fasciculaires de l'époque.

En effet, Henry de Golen s'éloigne des " récits " gentillets, des intrigues sentimentalo-policières pour plonger le lecteur dans un monde plus noir, plus glauque...

Bien évidemment, la suite du récit retrouve un peu son aspect " lisse " de l'époque et du genre, mais il ne faut pas forcément s'attendre avec Henry de Golen à un " Happy end ", une fin heureuse de coutume dans ce genre de récit.

Au final, « Le bracelet d'émeraude », comme souvent avec les textes d'Henry de Golen, est un récit policier moins " lisse ", moins " fleur bleue ", que la plupart des récits fasciculaires de son époque.

 

31 mai 2026

Cent mille francs ont disparu

Je suis un passionné de littérature populaire fasciculaire policière, ces petits livrets principalement de 16,32 ou 64 pages que les gens emportaient dans leurs poches pour les lire à tous moments.

Cette paralittérature, souvent raillée ou méprisée par des élites, fut foisonnante et permit à de très nombreux auteurs de passionner les lecteurs.

Certes, les conditions d'écriture et de publication (écrire beaucoup, vite, pour que les textes soient vite publiés, sur du papier bas de gamme) n'étaient pas forcément propices à la qualité littéraire et, pourtant, certains auteurs sont parvenus à exceller malgré ou grâce à ces contraintes de temps, mais aussi d'espace (textes relativement courts) quand d'autres ont au moins brillé par l'étendue de leur production.

C'est dans cette seconde catégorie qu'il faut placer l'auteur du jour, Paul Darcy, alias Paul Dargens (dont j'ai déjà beaucoup parlé), alias Paul Salmon (1884-1965), un écrivain très prolifique s'étant principalement exercé dans le genre policier, aventures et jeunesse.

Il développa plusieurs personnages récurrents, dont Luc Hardy et Jacques de Villefort (dont j'ai également beaucoup parlé).

Le titre du jour, « Cent mille francs ont disparu » est à l'origine un fascicule de 32 pages paru dans la collection « Aventures Policières » des éditions Rouff en 1937 (n° 14 de la collection).

C'est un récit d'un petit peu plus de 12 000 mots.

Cent mille francs ont disparu :

Paris, rue du Sentier.

Un samedi après-midi, un versement imprévu de cent dix mille francs vient bouleverser la routine de la Maison Perrier et Andrieux, grossistes en tissus.

Trop tard pour déposer les billets à la banque : le caissier, bien malgré lui, dépose les liasses dans le coffre-fort pour le week-end.

Mais le lundi matin, c'est la stupeur : l'argent a disparu.

Fait troublant, le coffre ne présente aucune trace d'effraction.

Dans cette atmosphère de suspicion où chacun s'observe, l'inspecteur Sabrier et le chef Nibert de la Police Judiciaire partent sur des pistes différentes dans l'espoir de démêler le vrai du faux.

Quand un client débarque au dernier moment pour s'acquitter d'un fort dû à un grossiste en tissus, le caissier, n'ayant plus le temps de se rendre à la banque, se voit contraint de conserver l'argent dans le coffre-fort de l'entreprise jusqu'au lundi matin. Mais le lundi, l'argent a disparu et la police est mandée. Sur place, elle constate que si une porte de service a été fracturée, le coffre, lui, semble n'avoir subi aucune trace d'effraction...

Je pourrai dire de Paul Salmon ce que je dis habituellement d'Henry Musnik, un autre auteur très prolifique : ses récits, s'ils ne brillent jamais par leurs intrigues, leurs personnages ou leurs styles, se lisent la plupart du temps sans déplaisir, pour peu que l'on ne soit pas allergique à la littérature fasciculaire de l'époque.

En effet, il ne faut pas s'attendre à des envolées lyriques, un suspens impitoyable, des personnages originaux... que sais-je encore. Cependant, on ne peut espérer cela que de la part d'une poignée d'écrivains parmi lesquels je cite toujours l'énigmatique J.-A. Flanigham, René Byzance ou encore Géo Duvic.

Pour les autres, il faut savoir se contenter d'un récit qui remplit son office : remplir une heure (ou deux, selon la taille du fascicule) de lecture sans s'ennuyer.

C'est ce que fait généralement Paul Salmon.

Cependant, une caractéristique le démarque de ses confrères, sa propension, quel que soit le pseudonyme utilisé, à toujours vouloir donner un âge assez précis à ses personnages et proposer une description succincte de chacun d'eux.

Mis à part cela, on suit une enquête classique menée par des enquêteurs classiques et narrée d'une façon classique par une plume classique.

Dis ainsi, cela peut sembler insipide, mais cela ne l'est pas, car réussir ce pari est déjà une gageur tant les contraintes du format fasciculaire ne sont pas simples à respecter.

Nous avons donc ici une enquête classique... qui se lit agréablement, comme la plupart des récits de l'auteur et qui n'est jamais indigeste ni indigente, ce qui est déjà beaucoup.

Si on ajoute à cela l'effet Madeleine de Proust (même si je n'ai jamais connu cette époque, loin de là) et le plaisir de retrouver des textes bien écrits dans une belle langue de l'époque, alors, on se retrouve face à un mini roman plaisant à lire...

Au final, un récit dans la veine de ceux que l'auteur a écrit par dizaines (centaines ?) qui se lit facilement et agréablement et il est inutile d'en demander plus à un fascicule à moins d'être exigeant ou bien d'être confronté à un des rares auteurs excellant dans ce domaine.

 

24 mai 2026

La voix qui trompe

La littérature populaire fasciculaire est un immense océan de textes écrits par des auteurs de tous bords, de tous genres, de tous styles.

Des auteurs connus s'y sont confrontés, d'autres sont demeurés totalement inconnus, cachés derrière des pseudonymes, et d'autres encore sont devenus " cultes " pour les passionnés de cette paralittérature.

Parmi ceux-ci, un nom ressort, si ce n'est pour la qualité de sa production (les goûts et les couleurs...) au moins par l'immensité de sa production...

J'ai nommé Henry Musnik (1895-1957) un auteur né au Chili et journaliste sportif et écrivain mort en France.

Outre de nombreux articles (notamment sur la pêche) on lui doit une quantité impressionnante de textes qu'il signa sous de très nombreux pseudonymes (Pierre Olasso, Alain Martial, Gérard Dixe, Claude Ascain...) et qu'il fit publier chez divers éditeurs dont, notamment et principalement Ferenczi.

Mais si le bougre écrivit beaucoup, il usa également de subterfuges pour multiplier les revenus en réécrivant (ou pas) certains de ses titres pour les proposer, sous un autre pseudonyme, à un autre éditeur, en réutilisant des bouts de ses propres textes pour les intégrer à d'autres... en allant même, paraît-il, à traduire illicitement des récits anglophones (notamment de la série " Sexton Blake ") pour se les approprier...

Si on rajoute à cela les rééditions dans de multiples collections effectuées par les éditions Ferenczi et, peut-être, les pseudonymes non recensés de Musnik, on se retrouve face à un océan de textes dans l'océan de la littérature fasciculaire...

Bref, si on est passionné de littérature populaire fasciculaire policière, impossible de passer à côté d'Henry Musnik.

J'ai déjà beaucoup parlé de l'auteur, pour ses nombreuses séries ou ses récits indépendants... donc, passons au texte du jour.

Il s'agit de « La voix qui trompe », un texte paru sous la forme d'un fascicule de 32 pages publié en 1941 dans la collection « Police-Express » des éditions A.B.C (n° 3 de la collection) sous le pseudonyme de Pierre Olasso.

La voix qui trompe :

De retour d'Espagne, Fernand Davron disparaît mystérieusement avant même d'avoir posé ses valises dans son palace parisien.

Lorsqu'il contacte enfin son ami de toujours, Maurice Cobrel, c'est pour lui livrer un message glaçant : il est traqué et sa vie est en grand péril.

Face à l'incrédulité de l'inspecteur Duroc, qui traite l'affaire comme un simple « roman policier », Maurice se retrouve pris dans un engrenage oppressant.

Entre appels anonymes et pièges mortels, l'ombre du danger se rapproche dangereusement.

Dans ce jeu de cache-cache où les apparences sont trompeuses, qui est réellement la cible ?

Cobrel est content, il va enfin revoir son meilleur ami parti depuis quelques années en Espagne.

Seulement, quand il se rend dans le palace dans lequel celui-ci est censé être descendu, on lui apprend qu'il n'est pas encore arrivé. Les heures, les jours passent sans nouvelle jusqu'à ce que le téléphone sonne. Davron, l'ami, paniqué, apprend à Davron qu'on veut le tuer et qu'il doit se cacher avant de raccrocher. Cobrel, paniqué, se rend au poste de police, mais l'inspecteur qui le reçoit ne semble pas convaincu par son histoire...

Bon, depuis le temps, que dire des textes de Musnik, alias Claude Ascain, alias Pierre Olasso...

À l'exception de la série « Mandragore », dans laquelle l'auteur eut toute la latitude pour laisser exprimer sa plume et, surtout, sa maîtrise du genre et de sa narration, tous les récits fasciculaires de l'auteur, quel que soit le pseudo sous lesquels ils sont parus, partagent les mêmes caractéristiques : des personnages peu développés, s'inscrivant souvent dans les clichés du genre, une plume passe-partout, des intrigues simples (voire simplistes)... le tout dans le but d'occuper une heure ou deux de lectures à moindre temps d'écriture.

Ce n'est jamais excellent, rarement indigeste, et cela se lit souvent agréablement sans pour autant marquer l'esprit.

Évidemment, ce constat est valable pour la majeure partie de la production fasciculaire de l'époque, tout auteur confondu. Sauf quelques-uns sont parvenus à hisser le fascicule au-dessus du lot, notamment par leurs plumes, leurs personnages ou leurs maîtrises du genre... Je nommerais volontiers J.-A. Flanigham (même si on ne sait pas qui se cachait derrière ce pseudonyme), René Byzance ou encore Géo Duvic.

« La voix qui trompe » ne fait pas exception à la règle.

En effet, on y retrouve des personnages un peu interchangeables, une plume sans aspérité (on peut noter quelques phrases courtes pour tenter de dynamiser et de rythmer le récit) et une intrigue un peu capillotractée puisque le lecteur devine rapidement la solution de l'affaire (aidé en cela par le titre qui, lui, n'est pas trompeur).

Mais qu'importe, le lecteur a passé une heure sans s'ennuyer et c'était, après tout, le but de cette paralittérature alors, contrat rempli une nouvelle fois pour Musnik.

Au final, un récit fasciculaire dans la veine des récits fasciculaires en général et de ceux de l'auteur en particulier... 

 

17 mai 2026

La coupe vide

Dans la littérature populaire policière fasciculaire, s'il y a un auteur incontournable, si ce n'est par la qualité de sa production, au moins par la quantité de celle-ci, c'est bien Henry Musnik (1895-1957).

En effet, cet écrivain, né au Chili, fut un des principaux pourvoyeurs des collections fasciculaires à partir du milieu des années 1930, et ce pour plusieurs éditeurs et sous de nombreux pseudonymes (Pierre Olasso, Claude Ascain, Alain Martial, Florent Manuel, Gérard Dixe... et j'en passe).

Le bonhomme, pour produire autant de récits, avait ses petites astuces, dont celles consistant à s'inspirer de personnages à succès de la littérature populaire (Arsène Lupin, Fantômas), à réutiliser certains de ses textes en les modifiant ou non pour les proposer à d'autres éditeurs sous un autre pseudonyme ou encore, paraît-il, à faire des traductions pirates de certaines séries comme " Sexton Blake ".

Bref, ses textes ont inondé les collections fasciculaires de différents éditeurs, et ce dans des genres tels que récits d'aventures, récits fantastiques et surtout récits policiers.

Et, malgré les réécritures et les rééditions, sa production fut tout de même pléthorique.

On peut lui reprocher un manque de style et d'originalité, ce qui est vrai dans la majeure partie de son œuvre, mais il a démontré, par exemple dans la série « Mandragore » qu'il pouvait également écrire de longs romans passionnants.

Le titre du jour est « La coupe vide » un fascicule de 32 pages paru en tant que 4e titre de la collection « Police-Express » des éditions A.B.C. fin 1941.

Le titre est publié sous le pseudonyme d'Alain Martial.

Est-ce une réécriture d'un autre titre de l'auteur ou bien celui-ci a-t-il servi de base à un autre texte... probablement, mais je n'ai pas trouvé les titres concernés, mais quelques détails de l'histoire me disent quelque chose.

La coupe vide :

Dans l'hôtel particulier des Romieu, l'histoire se répète : pour la deuxième fois en trois mois, des bijoux d'une valeur inestimable ont disparu d'une coupe d'albâtre.

Pourtant, aucune porte n'a été forcée et le mur ne porte pas de trace d'escalade.

Face à ce mystère, l'inspecteur Japy, jeune policier à l'élégance de dandy, mais au flair redoutable, refuse de se contenter des explications trop simples.

Entre les rancœurs d'un ancien valet de chambre et les silences de la haute société, il va remonter une piste que personne n'avait osé envisager.

Dans ce jeu d'ombres où chaque détail compte, Japy devra faire preuve d'un entêtement sans faille pour percer le secret de la coupe vide.

Après un premier vol de bijoux, Madame Romieu, trois mois plus tard, constate un nouveau préjudice du même ordre. Le couple est persuadé que le coupable est le valet qu'ils avaient licencié la première fois. Pourtant, l'enquête de police n'avait rien trouvé à lui reprocher.

C'est l'inspecteur Japy qui reprend l'enquête, un jeune policier aux allures de dandy.

Celui-ci va d'abord s'intéresser au valet, mais non pas pour l'accuser, mais plutôt pour l'innocenter, car il sent qu'on veut lui faire prendre des vessies pour des lanternes.

Bon, autant le dire tout de suite, ce petit récit de 9200 mots se lit très agréablement (plus agréablement que la plupart de ceux de l'auteur) même si l'impression que j'avais déjà lu, si ce n'est cette histoire, mais du moins des morceaux de cette histoire ne m'a pas quitté jusqu'au bout.

N'ayant pu retrouver un autre récit déjà lu portant les mêmes éléments, je ne peux affirmer qu'il s'agit là d'une réécriture d'un précédent texte de l'auteur (ou l'inverse), mais après tout, qu'importe.

Bien évidemment, les personnages sont à peine esquissés à l'image du héros tout juste décrit par la phrase suivante :

« Japy était jeune. Trente ans à peine. Et il ne représentait pas un policier tel qu’on l’imagine. L’allure aisée dans des vêtements de bonne coupe, une moustache fine, à la mode, des traits réguliers, des manières avenantes. Bien découplé, sportif... »

On ne reprochera pas cette concision à l'auteur, c'est le lot de tous les fascicules puisque la " concision " est une condition sine qua non de la littérature fasciculaire.

L'intrigue, elle aussi, étant contrainte aux mêmes conditions, il ne faut pas s'attendre à un immense suspens, à une certaine tension ni à une enquête de longue haleine.

Une fois posées ces bases, il faut savoir apprécier la littérature fasciculaire pour ce qu'elle est et force est de constater que « La coupe vide » est plutôt un bon récit fasciculaire policier, du moins qu'il se place dans le haut du panier de la production de l'auteur.

Au final, un bien agréable récit de la part d'un auteur qui nous avait habitués à moins bien.

10 mai 2026

L'homme du « New-Californian »

Je poursuis ma plongée dans la littérature populaire fasciculaire policière avec le titre du jour, « L'homme du New-Californian » de Paul Dargens.

Paul Dargens, de son vrai nom Paul Salmon (1884-1965), je l'ai déjà évoqué dans mes nombreuses chroniques sur les épisodes de ses séries « Luc Hardy, détective millionnaire » et « Jacques de Villefort - détective ».

Je ne reviendrais pas sur le sujet, d'autant qu'à part ses pseudonymes et le fait qu'il ait écrit beaucoup de fascicules pour les collections des éditions Ferenczi, il n'y a pas grand-chose à dire.

Le titre du jour, « L'homme du New-Californian » est paru à l'origine sous la forme d'un fascicule de 32 pages en 1926 dans la deuxième série de la mythique collection « Le Roman Policier » illustré par le génial Gil Baer.

L'homme du New-Californian :

San Francisco est en proie à la terreur. Une mystérieuse bande, surnommée les « Pilleurs de Banques », multiplie les attentats sanglants contre les encaisseurs de la ville.

Dépassées, les autorités font appel au célèbre détective James Kennedy.

L'enquête prend un tournant inattendu lorsque Kennedy reçoit une proposition de trahison signée des initiales H. W. B.

Le rendez-vous est fixé à minuit dans le village isolé de Barneton.

Mais sur place, rien ne se passe comme prévu : le détective et la police découvrent un homme pendu à une branche, sauvé de justesse de la mort.

Des pilleurs de banque assassinent des encaisseurs pour les dévaliser. Devant l'impuissance de la police, les directeurs de banque de la ville font appel au détective James Kennedy.

Celui-ci, d'ailleurs, ne tarde pas à recevoir des messages anonymes d'une personne qui dit détenir des informations sur le sujet.

Se rendant à au rendez-vous fixé par celui-ci, Kennedy tombe, dans la rase campagne, sur des douaniers en train de dépendre un individu qui, heureusement, n'est pas mort...

Bon, autant le dire, quand on est un peu habitué à la plume de Paul Dargens, on n'est pas très surpris tant ce récit est dans le style des autres textes policiers de l'auteur.

En effet, tant dans la forme que dans le fond, Paul Dargens demeure constant.

Pour les personnages, ils sont forcément très peu dépeints (en même temps, c'est aussi et surtout dû à la concision des fascicules de 32 pages) et assez manichéens (là encore, c'est le lot d'une bonne partie de la littérature fasciculaire, pas le temps d'installer des nuances).

Question plume, là aussi, rien de surprenant. La plume de Paul Dargens est ici comme à son habitude, relativement plate, du moins sans subtilité, sans nuances.

Certes, là encore on pourrait mettre ce constat sur le dos de la littérature fasciculaire, mais certains auteurs nous ont démontré qu'il était possible, malgré la concision inhérente au format, de proposer un style littéraire un peu plus agréable, un peu plus travaillé.

Bref, on ne lit pas un récit de Paul Dargens pour découvrir des personnages originaux et complexes ni pour sa qualité de plume.

Alors, pourquoi lire du Paul Dargens ? Tout simplement parce que même s'il se contente du minimum syndical, il assure, justement, ce " minimum " et permet malgré tout, d'offrir un petit moment de lecture sympathique à défaut de génial.

Au final, un récit policier dans la veine des courts récits policiers de l'auteur, c'est-à-dire pas déplaisant à lire, mais qui ne marquera pas les esprits.

 

3 mai 2026

Pour sauver la coupable

Régulièrement, je replonge dans la littérature fasciculaire policière pour trouver un petit texte pour combler un petit moment dispo.

Le choix du jour s'est porté sur le titre « Pour sauver la coupable » de René Duchesne, un fascicule de 32 pages (8700 mots) paru en 1933 dans la collection « Le Roman du Dimanche » des éditions J. Tallandier.

René Duchesne est un auteur prolifique en matière de fascicules que l'on croise dans diverses collections, dont certaines, policières, des éditions Ferenczi.

L'auteur serait en fait Maurice René Duchesne (1891-1964).

Bref, passons directement au texte.

Pour sauver la coupable :

Quand une bague disparaît au « Palais des Fanfreluches », la vie de Raymonde Portal bascule.

Accusée d’un vol qu’elle n’a pas commis, la jeune vendeuse se mure dans un silence héroïque.

Entre son honneur bafoué et la menace d'une condamnation qui briserait son futur mariage, elle choisit le sacrifice pour protéger un lourd secret de famille...

Bon, ce récit est symptomatique d'une partie de la production de l'époque par divers aspects, mais également très représentatif de la plume de l'auteur.

En effet, la place de la femme dans ce récit ferait rager les féministes (et pas que) d'aujourd'hui tant le rôle de celle-ci se résume à l'oie blanche ou bien la pauvre ingénue tombée sous le joug d'un vaurien. Dans les deux cas, la femme n'aspire qu'à s'occuper du ménage (dans les deux sens) et rester à la maison pour s'assurer le bien-être de son mari qui, lui, va travailler pour rapporter le pognon.

Heureusement, on a un peu avancé depuis (enfin... pas tout le monde).

L'autre témoignage du récit est celui sur la platitude de la plume de l'auteur.

En effet, comme bon nombre de spécialistes des récits fasciculaires (une petite pensée pour Henry Musnik), René Duchesne sacrifie la qualité littéraire sur l'autel de la productivité (à moins qu'il n'ait pas les capacités, contrairement à Musnik qui a su démontrer qu'il pouvait avoir une plume plaisante quand il le voulait).

En tous cas, jusqu'à présent, tous les récits de Duchesne que j'ai lus ont pour point commun un style littéraire sans aspérités ce qui peut être une qualité, mais est souvent un défaut.

Bref. On lit du René Duchesne pour passer un petit moment et non pour s'extasier face aux envolées prosaïques de l'auteur.

Une fois que l'on est conscient de ces deux états de fait (la place de la femme dans la littérature de l'époque et l'état des lieux de la plume de René Duchesne), on peut alors profiter au mieux d'un petit récit qui tient plus du genre sentimental que de celui policier et qui se lit sans déplaisir, mais qui, surtout, ne marquera pas les esprits.

Au final, un récit fasciculaire noyé dans la masse des récits fasciculaires et qui ne s'en démarque surtout pas.

26 avril 2026

L'alibi de Bulldog Carney

Pour résumer brièvement ma carrière de lecteur, je suis un inconditionnel du genre policier sous toutes ses formes.

Depuis que j'ai découvert, tout jeune, Sherlock Holmes, je n'ai eu de cesse de lire du polar, encore du polar, rien que du polar.

Des polars anciens, des polars contemporains, des polars français, des polars américains, des polars du Grand Nord, des polars de là-bas et d'ailleurs.

Mais depuis plus de 15 ans, ma préférence va aux récits policiers du début du siècle dernier voire de la fin du précédent.

J'ai découvert nombre de personnages, d'auteurs, tant via des romans, des romans-feuilletons dans les journaux, des nouvelles dans les magazines ou à travers les fascicules (mon péché mignon).

Si toutes ces années, je me suis concentré sur les textes écrits en langue française, plus récemment, je me suis intéressé à ceux provenant de la littérature anglaise ou américaine, des récits bien souvent demeurés inaccessibles aux lecteurs ne parlant pas l'anglais par faute de traductions.

Comme depuis quelques mois, OXYMORON Éditions s'est lancé dans la traduction de certaines séries anglaises ou américaines de la fin 1800, début 1900, cela me permet de rattraper mon retard et de découvrir de nouveaux (anciens) auteurs et de nouveaux personnages récurrents.

Bon, je ne vais pas faire une liste de tous ces personnages et ces auteurs, j'en ai déjà parlé dans mes précédentes chroniques, mais le tout dernier en date est le fameux Bulldog Carney né de la plume de William Alexander Fraser.

W.A. Fraser (1859-1933) a créé Bulldog Carney en 1898 pour le " Canadian Magazine " pour une nouvelle intitulée « Bulldog Carney » et ayant pour sous-titre " A Story of Western Canada ".

Curieusement, Bulldog Carney semble ne réapparaître qu'à l'occasion d'un recueil de 6 nouvelles en 1918.

Chaque nouvelle fait entre 12 et 17300 mots, sauf la seconde du recueil « L'alibi de Bulldog Carney », qui n'en fait que 7500 et la nouvelle liminaire qui en fait 5000.

D'où la bonne idée d'OXYMORON Éditions de regrouper ces deux récits pour les proposer comme deuxième tome de leur réédition de la série « Bulldog Carney ».

Ainsi, après lecture des deux premières nouvelles du recueil initial, et après donc avec fait connaissance du " véritable " Bulldog Carney, le lecteur moderne peut se faire une idée de l'ébauche du personnage et de la vision de l'auteur de celui-ci 20 ans avant qu'il n'éclose totalement.

Car, si les différences entre le prototype et le " produit " final sont notables, les bases sont déjà présentes dès 1898.

Bref, on retrouve alors avec plaisir Bulldog Carney, que ce soit " l'ancien " ou le " nouveau " et on suit avec tout autant de délectation ces aventures du Nord Canadien du début du XXe siècle.

Au final, un Bulldog Carney dans la lignée de celui du précédent épisode puis un autre un peu moins abouti, mais plaisant et prometteur.

 

19 avril 2026

Bulldog Carney

Dans ma quête perpétuelle de nouveaux personnages récurrents de la littérature populaire policière, je me suis plongé, depuis quelque temps, dans la littérature anglophone. Un retour aux sources puisque c'est à travers les aventures de Sherlock Holmes que j'ai pris goût à la lecture et, surtout, au genre policier.

Bref, j'ai, depuis, découvert des dizaines de héros et héroïnes dont quelques-uns viennent d'Angleterre ou d'Amérique.

Lady Molly, le professeur Augustus SFX van Dusen, Max Carrados, Dora Bell, Dorcas Dene, Hagar Stanley, Philo Gubb, Thorpe Hazell, Sexton Blake, que des personnages dont les aventures, jusqu'à récemment, étaient inaccessibles aux lecteurs ne parlant pas anglais puisque celles-ci n'avaient pas été traduites en Français.

Heureusement, récemment, cette lacune a été compensée et, depuis, je découvre, lentement mais sûrement, ces personnages pour beaucoup oubliés.

Celui du jour se nomme Bulldog Carney, un nom bien particulier pour un personnage bien particulier.

Bulldog Carney fait son apparition en 1919 dans un recueil publié par " Street & Smith " de 6 nouvelles allant d'environ 10 000 à 15 000 mots..

Existe-t-il une édition préalable, dans un magazine ou un journal ?

Oui, effectivement. Le personnage apparaît dans le " Canadian Magazine " en 1898 à travers une nouvelle titrée " Bulldog Carney - A story of Western Canada " dans une version plus jeune, moins fouillée que celle du recueil. Cependant, l'auteur a déjà posé les bases du personnage qu'il deviendra 20 ans plus tard.

Le personnage est né de la plume de l'auteur William Alexander Fraser (1859-1933), un écrivain canadien né de parents écossais.

Bulldog Carney Bulldog Carney est un personnage à la croisée des genres, des époques et des sentiments.

Très ancré dans l'héritage du Western (le personnage se déplace à cheval, utilise un lasso, traverse les grandes étendues désertiques), mais dans le décor du grand Ouest canadien, il permet déjà d'esquisser les premiers contours du " Hard Boiled ", proche du roman noir, dont le genre prendra son envol au début des années 1920.

Clairement bandit recherché par la Police Montée, Bulldog Carney n'en est pas pour autant dénué de morale et d'honneur.

Il incarne ce genre de héros dur à cuire, mais pas prêt à tout, capable d'user de violence comme de magnanimité voire de générosité.

Mais surtout, Bulldog Carney est un sacré farceur.

Il est prêt à tout, ou presque, pour la galéjade et le démontre dès le tout premier épisode alors même qu'il ne semble pas être le héros de l'histoire.

En effet, dans un premier temps, si Bulldog Carney est évoqué et apparaît subrepticement, il disparaît tout aussi vite pour laisser la place à une drôle d'engeance : Jack le Loup.

Nous avons là affaire à une sacrée canaille, capable des plus vils coups.

Mais bientôt Bulldog Carney refera son retour sur scène, un retour marqué de violence et d'ironie.

Car, comme il le dit lui-même, Bulldog préférera mener sa farce jusqu'au bout - quitte à en pâtir - plutôt que de se rendre à son propre mariage.

Dans l'épisode liminaire, sobrement intitulé " Bulldog Carney ", un personnage secondaire se détache, le cheval Cayuse bai de notre héros. En effet, si ce dernier n'a pas de nom (plus tard on apprendra qu'il s'appelle Pat) sa présence est très marquée, très forte.

Et ce premier épisode, après s'être un peu intéressé à celui qui deviendra le dindon de la farce (Jack le Loup) va se concentrer sur la blague que Bulldog Carney veut mettre en place.

Entendons-nous bien, si le personnage est farceur, le récit est sérieux (il serait même difficile de faire plus sérieux) ce qui rajoute un contraste à ceux nombreux entourant Bulldog Carney. Contraste de genre, de style, d'ambiance, de personnages...

Et ce sont ces contrastes (et non contradictions) qui font tout le sel du personnage et, probablement, de la série.

En effet, le lecteur ne sait jamais vraiment où il se situe (dans un Western ? Un récit d'aventures ? Un récit policier ? Une comédie ?) et n'est pas aidé, en cela, par la plume de l'auteur qui elle non plus n'est pas conventionnelle.

Œuvrant dans un format court (10 à 15 000 mots), Fraser ne se perd pas en circonvolutions littéraires... et pourtant, il n'hésite jamais à proposer des envolées poétiques pour décrire les personnages et surtout les décors... il n'hésite pas non plus à se concentrer sur un personnage qui n'est, au final, qu'un personnage secondaire... il n'hésite pas non plus à se servir du genre, des genres, pour raconter une bonne blague... sérieusement, de surcroît.

Quant au personnage, là aussi, difficile de le cerner. On sait qu'il est recherché par la Police Montée, qu'il est capable de violence, qu'il est craint, tant par la Police que par les brigands et, pourtant, l'homme est capable de tout pour une bonne blague, possède un sens moral assuré ainsi qu'un sens de la Justice qui lui est propre, certes, mais au final, très moral également.

Bref, Bulldog Carney, dès sa première aventure, s'avère être un personnage particulier, complexe, original, fort et, probablement, attachant (pour le savoir, il faudra lire les autres épisodes de la série).

Au final, encore une belle découverte (mais en ai-je déjà fait de mauvaises), encore un genre abordé dans le genre, un personnage original (mon Dieu que cela manque dans la littérature moderne), des aventures passionnantes, bref, un héros récurrent à découvrir... même s'il nous attend depuis plus d'un siècle.

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