Celle qui sait
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Je me dois, avant chacune de mes chroniques concernant le genre de texte que je vais aborder, de rappeler que je suis un passionné de littérature populaire policière, que mon goût pour le genre policier (et de la lecture en général), je le dois aux aventures de Sherlock Holmes que je dévorais adolescent ; que, plus récemment (une quinzaine d'années) j'ai découvert les aventures de Toto Fouinard de Jules Lermina et compris que la littérature populaire policière française n'était pas composée que des " classiques " que tout le monde lit (Rouletabille, Arsène Lupin et consorts).
Dès lors, je me suis plongé dans cette paralittérature et plus encore dans la littérature fasciculaire policière à la recherche d'autres pépites (et j'en ai découvert pléthore).
Plus récemment encore, j'ai décidé de partir également à la découverte d'autres personnages de cette paralittérature, mais ceux-ci nés de la plume d'auteurs anglo-saxons et j'ai là encore fait connaissance d'héros et d'héroïnes qui méritaient d'être découverts ou redécouverts par les lecteurs.
Le personnage du jour fait donc partie de cette dernière catégorie.
George R. Sims (1847-1922), journaliste, dramaturge et romancier anglais est probablement plus connu pour ses articles et romans " sociaux " que pour sa production " policière ". Pourtant, il fut également l'un des pionniers du récit policier. Avec Dorcas Dene, détective privée apparue dès 1897, il crée une héroïne singulière : une femme intelligente, méthodique et indépendante, dont les enquêtes reposent moins sur les poursuites spectaculaires que sur l'observation, la psychologie et la logique. Bien avant que d'autres détectives féminines ne connaissent la célébrité, Dorcas Dene s'impose comme une véritable professionnelle de l'investigation.
Dorcas Dene, je vous en ai déjà parlé pour les 18 aventures la mettant en scène que j'ai déjà lues il y a de cela deux ans...
Mais... me direz-vous (non, vous ne me le direz pas, car personne ou presque, en France, ne connaît ce personnage), Dorcas Dene a vécu 20 aventures...
En effet, il m'en manquait deux à lire... mais cela m'avait totalement échappé.
C'est en révisant un peu mes connaissances sur les enquêteurs récurrents de la littérature américaine et anglosaxonne que je me suis rendu compte de cette lacune... que je répare aujourd'hui, car j'avais bien ces deux derniers épisodes en ma possession.
Ces deux derniers épisodes de la série, se nomment " Présentée à la Reine " et " Celle qui sait ", mais ils ne forment en réalité qu'une seule et même histoire, publiée en deux livraisons successives (comme ce fut le cas pour quasi toutes les aventures précédentes de Dorcas Dene). Ce choix permet à Sims de développer une intrigue plus complexe qu'à l'accoutumée et de ménager un véritable suspense entre l'exposition et la résolution.
Celle qui sait :
Lorsqu'un riche homme d'affaires londonien voit sa jeune épouse, tout juste présentée à la Cour, menacée d'un scandale capable de ruiner à jamais son nom et son honneur, il n'ose se tourner ni vers la police ni vers la justice. Une seule personne lui paraît capable d'agir avec la discrétion indispensable : Dorcas Dene.
À partir d'une simple lettre anonyme, la détective se lance dans une enquête où les apparences sont trompeuses, les archives judiciaires semblent accablantes et les témoignages soulèvent plus de questions qu'ils n'apportent de réponses.
Dans cette ultime aventure, George R. Sims entraîne son héroïne dans l'une de ses affaires les plus subtiles, où l'observation, la psychologie et le sens du détail comptent davantage que les coups d'éclat. Une enquête élégante, menée avec une logique implacable, qui offre à Dorcas Dene une conclusion digne de l'une des premières grandes détectives de la littérature policière.
Une lettre anonyme menace de ruiner la réputation Mme Broom, tout juste présentée à la Reine. Son mari, craignant que l'affaire s'ébruite, fait appel à la célèbre détective Dorcas Dene.
Malheureusement, les faits menacés d'être dévoilés semblent véritables... mais Dorcas Dene ne se contente jamais des apparences...
Cette enquête met particulièrement en valeur la méthode de Dorcas Dene. Là où d'autres détectives se seraient attachés aux documents ou aux preuves matérielles, elle observe avant tout les êtres humains. Un simple accent, une réaction, une hésitation suffisent à orienter son raisonnement. Chez Sims, la vérité ne surgit pas d'un indice spectaculaire, mais d'une contradiction psychologique. Dorcas ne résout pas l'énigme parce qu'elle en sait davantage que les autres ; elle la résout parce qu'elle comprend mieux les hommes.
Pour une fois, ce ne sont pas les " méchants " qui sont mis en avant pour leurs méfaits, ni les " gentils " pour leur moralité, mais un personnage qui s'insinue entre ces deux figures.
Ni coupable, mais pas plus innocent, le personnage est responsable de la situation sans l'avoir voulu et surtout sans arrière-pensée et sans méchanceté aucune. Un acte compréhensible, tout juste répréhensible, mais qui aura de grandes conséquences.
Et c'est ce personnage que Sims décide de mettre en avant dans cette dernière enquête, une enquête qui constitue une conclusion particulièrement réussie aux aventures de Dorcas Dene.
On y retrouve toutes les qualités de la détective, tout son sens de la psychologie humaine.
La récompense finale offerte par Sir Joshua n'a d'ailleurs qu'une importance symbolique ; le véritable dénouement est ailleurs, dans la dernière image de Dorcas retrouvant Paul, son mari aveugle, et rêvant enfin de « longues, bien longues vacances ».
Une conclusion pleine de douceur qui fait écho à l'une des toutes premières de la série, quand Dorcas Dene, après avoir raconté comment elle était devenue détective à M. Saxon (le narrateur des aventures), l'invite chez elle à rencontrer son bouledogue et son cher Paul, son mari, peintre devenu aveugle.
Cette ultime scène referme donc avec élégance l'une des premières séries policières mettant en scène une détective privée.
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