TeteLes métiers artistiques sont empreints d'une aura magnifique qui tronque la perception que peuvent en avoir ceux et celles cherchant à entrer dans la danse en parvenant à cacher la forêt de désillusion par un arbre de réussite.

Entendez par là, pour les plus hermétiques aux métaphores, que l'être est attiré par ce qu'on lui montre, mais que les médias ne montrent que ce qui fait rêver.

Ainsi, un aspirant comédien se voit déjà oscarisé, césarisé, adulé, riche, célèbre, tenant les premiers rôles dans les plus grands films sous les ordres des plus grands réalisateurs qui, par respect et admiration du comédien qu'il est, lui laisseront libre court dans sa composition.

Celui qui rêve de devenir chanteur s'imagine déjà remplir les plus grandes salles, posséder de grandes villas luxueuses, être entouré des plus belles femmes ou des plus beaux hommes qui se jetteront à ses pieds, invité sur les grandes chaînes de télévision...

L'écrivain amateur qui cherche à se faire publier, lui, se voit déjà en auteur vedette chez Gallimard, Flammarion, Grasset, Albin Michel... Il pense, pour son roman, toucher des à-valoir de plusieurs centaines de milliers d'euros, vendre des millions de livres, passer à la télévision, voir les gens se bousculer pour obtenir une dédicace de sa part...

Mais, la plupart des aspirants comédiens finissent comme intermittents du spectacle, à vivre grâce à des allocations, en courant les castings pour obtenir la possibilité de faire de simples apparitions dans de petits films.

La majorité des chanteurs finiront également par vivre grâce à des allocations, à courir les petits bars ou les petites salles de spectacle pour chanter devant une poignée de personnes qui se ficheront totalement de l'artiste et n'aura, probablement jamais, la chance d'enregister un album.

Pour l'auteur, par contre, c'est différent, il n'a pas le droit au statut d'intermittent du spectacle, autant dire que s'il désire faire de sa passion son seul travail, il n'aura accès qu'au RSA comme unique soutien.

Dans ce cas là, il faut réussir à vivre avec le RSA pour pouvoir écrire, ou bien écrire en ayant une activité parallèle.

Je ne fais qu'enfoncer les portes que j'ai déjà ouvertes avec un précédent article en disant tout cela.

Pourquoi y revenir ?

Tout simplement parce que je suis fasciné par les réflexions que je peux parfois lire sur les forums d'écrivains, pour beaucoup amateurs.

Pour sûr, le but affiché de certains de ces forums est de protéger l'auteur amateur du vilain éditeur crapuleux, bien souvent éditeur à compte d'auteur mais également du méchant petit éditeur qui ne cherche que le profit au détriment de l'écrivain et de son oeuvre.

Si cette attitude est présente dans le métier, comme dans tous, il ne faut pas se tromper toujours de cible et, bien souvent, le plus grand ennemi de l'écrivain amateur est l'écrivain lui-même.

Pointer du doigt les charlatans est une chose saine, mais encore faudrait-il, également, éduquer l'auteur amateur et lui expliquer les réalités du milieu.

Seulement, l'écrivain est narcissique et, bien souvent, cette mégalomanie l'aveugle. Du coup, plutôt que de se remettre en cause, l'auteur accusera le vilain petit éditeur qui, soit refuse son manuscrit, soit lui propose des conditions faibles.

Se remettre en cause voudrait dire remettre en cause la qualité de son ouvrage, et cela, tout le monde n'est pas apte à le faire. Pourtant, pour avoir expérimenté les deux côtés de la barrière, je peux vous affirmer que l'on peut très bien penser que l'éditeur est un incompétent qui ne sait pas reconnaître un bon roman et se rendre compte, des mois ou des années plus tard, que le dit roman est en fait une véritable purge indigeste.

Mais, il faudrait également que l'auteur se tienne au courant de la réalité du milieu du livre afin de comprendre comment fonctionnent les grands éditeurs, les éditeurs moyens et, enfin, les petits éditeurs.

Cette connaissance éviterait de lire des énormités du genre :

- Ce petit éditeur n'offre même pas d'à-valoir, c'est un charlatan.

- Ce petit éditeur n'a pas de distributeur, il se fout de défendre les livres alors qu'avoir un distributeur est le meilleur moyen de vendre des livres.

- S'il faut bouger son cul pour vendre des livres, à quoi sert d'avoir un éditeur ?

- L'éditeur doit te donner des livres pour que tu les offres à ta famille.

- Aucun petit éditeur n'a publié de livre qui soit connu.

Je ne reviendrai pas sur le fait qu'une toute petite poignée d'auteurs vivent de leur plume et que la grosse majorité des écrivains gagneront des clopinettes avec leurs romans, sans considération de la qualité des textes.

Il faut savoir que beaucoup de petits éditeurs n'offrent pas d'à-valoir à leurs auteurs pour la bonne raison qu'ils n'ont pas les moyens de le faire puisque, pour éditer un livre, il faudra déjà qu'il investisse dans un comité de lecture, des correcteurs, des personnes pour faire la mise en page et la maquette, d'autres pour faire la couverture et, enfin, payer l'imprimeur alors que ses moyens sont limités.

Comme je l'ai déjà dit dans un autre article, un distributeur a un certain coût. Déjà, il prend une partie non négligeable du prix de vente du livre pour faire son travail, mais, même une fois son travail effectué, il peut encore impacter sur la marge bénéficiaire avec les frais de retour des invendus. Ensuite, les petits éditeurs qui chercheront à vendre leurs ouvrages principalement dans leur département, se passeront des services d'un distributeur.

Les petits éditeurs ont beau s'impliquer un maximum dans la vente de leurs ouvrages, il n'y aura jamais mieux qu'un auteur pour défendre son livre auprès du public. Aussi, si l'écrivain veut que son livre trouve un certain succès, il lui faudra mettre la main à la pâte pour gagner des lecteurs à défaut d'argent (si ce n'est les maigres droits d'auteur).

L'écrivain qui voudrait être édité, vendre des livres, mais sans faire aucun effort, devra revoir ses exigences à la baisse à moins d'avoir déjà une certaine renommée permettant d'attirer le lecteur sans faire d'effort. Autant dire que l'écrivain inconnu devra absolument mouiller le maillot pour assurer la promotion de son livre et, donc, participer à des séances de dédicaces, des salons littéraires, faire de la publicité sur son blog ou son compte Facebook ou autre... bref, bosser. Il se rendra alors compte que l'écriture n'est pas forcément le travail le plus dur et le plus long dans le métier.

Si vous avez la chance d'être édité par une grosse structure et de voir votre livre imprimé à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires, l'éditeur n'hésitera pas à vous offrir un nombre de livres suffisant pour que vous puissiez les offrir à vos proches. Cependant, si vous êtes édités par une petite structure vous assurant une première impression de quelques centaines d'exemplaires, ne comptez pas recevoir cinquante livres pour en faire ce que vous voulez, il vous faudra les acheter avec vos propres deniers (bien souvent à un prix concurrentiel de 60% du prix de vente).

Si aucun éditeur n'a publié de livre à succès, il y a fort à parier que la raison est double. La première est qu'un petit éditeur manque suffisamment de diffusion pour que le livre trouve un public étendu et la seconde est qu'un éditeur inconnu qui verrait un de ses livres devenir un gros succès, ne demeurerait pas longtemps inconnu.

Pourtant, je pourrais vous citer, par exemple, un petit éditeur qui a explosé après le succès d'un de ses livres, les éditions La Baleine, après le succès en librairie du premier épisode de la saga "Le poulpe", "La petite écuyère a cafté" de Jean-Bernard Pouy, qui s'est vendu à près de 50 000 exemplaires, une belle réussite pour ce genre d'ouvrages (espérons que OXYMORON Éditions vivra la même chose avec la saga "Wan & Ted").

A contrario, vous avez également les écrivains trop naïfs ou trop pressés qui, tenant absolument à voir leurs mots sur papier, sont prêts à payer des milliers d'euros à des prestataires de services qui se cachent sous les traits d'éditeurs et que je nommerai, pour être gentil, "éditeur à compte d'auteur" ou "éditeur participatif". Cependant, si certains d'entre eux ont la décence d'afficher clairement leur statut, beaucoup vont chercher à mystifier l'auteur et le lecteur en leur laissant penser qu'ils sont de vrais éditeurs à compte d'éditeur.

Alors, afin d'en terminer avec le sujet et pour informer les écrivains amateurs, sachez qu'un nouvel auteur a fort peu de chance de se retrouver édité dans une grosse structure et qu'il lui faudra, donc, accepter les contraintes d'une publication chez un éditeur ayant un peu moins pignon sur rue, voire, chez un tout petit éditeur. Les conséquences seront alors une obligation d'user d'huile de coude pour vendre ses livres en toute petite quantité.

A l'opposé, ce n'est pas parce qu'aucun gros éditeur n'a pas accepté votre livre qu'il faut se jeter sur les éditeurs à compte d'auteur. Les petits éditeurs sont nombreux et n'auront pas les mêmes critères de sélection que les grosses structures. Pour autant, il vous faut cibler les éditeurs à contacter en vérifiant que votre ouvrage corresponde à leurs lignes éditoriales.

Maintenant, méfiez-vous des médias qui mettent parfois en avant des éditeurs à compte d'auteurs ou leurs auteurs sans jamais préciser cet état de fait (probablement une histoire d'argent ou de connaissances) et méfiez-vous encore plus des éditeurs à compte d'auteur qui tentent de se faire passer pour des éditeurs traditionnels mais j'en reparlerai dans un autre article.