la-ville-noire-1291202Nicolas Bouchard est un auteur de cinquante et un ans qui s'est essayé, en tant qu'écrivain, à presque tous les genres. Du roman jeunesse, à la science fiction, au polar en passant par la Fantasy et le roman historique.

C'est à travers un roman policier historique que s'est effectué ma découverte de l'auteur.

"La ville noire" est un premier opus indépendant d'une trilogie autour d'un personnage récurent, l'institutrice Augustine Lourdeix.

La ville noire : Limoges, 1900. Deux femmes sont sauvagement assassinées à quelques jours d'intervalle. Toutes deux ont été retrouvées amputées de leurs organes génitaux. La police ne dispose pratiquement d'aucun indice pouvant la mettre sur la voie du coupable. Si ce n'est que les deux victimes avaient recours aux petites annonces pour rencontrer des hommes. L'idée de tendre un piège à l'assassin germe alors dans l'esprit du jeune et brillant inspecteur Raoul Coutard. Pourquoi ne pas demander à Augustine, sa fiancée, de jouer le rôle d'appât ? La jeune fille passerait une annonce et laisserait le meurtrier s'emparer d'elle... avant que la police ne lui mette la main dessus. Une mission délicate et terriblement dangereuse...

Limoges, 1900, alors qu'un jeune policier débarque de la Capitale pour mettre en avant des méthodes révolutionnaires d'investigations, un haut magistrat est retrouvé mort et deux femmes sont sauvagement assassinées... L'ambiance historique et crasseuse de quartiers ouvriers malfamés en proie à un tueur sadique et mystérieux n'est pas sans rappeler "Jack l'éventreur" ou même "Docteur Jekyll et Mister Hyde".

Nicolas Bouchard crée des personnages de policiers, normal pour un polar, mais, pourtant, il va bien vite se concentrer sur son héroïne, Augustine, qui va devenir le pivot central de toute l'histoire. Effectivement, non contente d'avoir tapé dans l'oeil du jeune inspecteur au point que ce dernier l'ait demandée en mariage, elle accepte de jouer les appâts pour aider son futur mari à arrêter le meurtrier. Pour se faire, elle passe une annonce dans le petit journal, moyen que semble utiliser le tueur pour trouver ses victimes. Problème, malgré son intelligence et un esprit rebelle en avance sur son temps, Augustine ne connaît rien de l'amour et du sexe et, ne voulant pas s'offrir en ingénue à son amoureux, elle avait déjà décidé de perdre sa pudeur en passant une petite annonce dans le même journal.

220px-Nicolas_Bouchard-Imaginales_2012L'auteur tente de perdre un peu le lecteur en utilisant de fausses pistes pourtant, les premiers leurres ne trompent personne tant on se doute bien du déroulement à venir. Aussi, faute d'une narration captivante et desservi par une histoire un peu prévisible, le lecteur n'a plus que la description de l'époque et de la masse populaire s'échinant à la tâche et se bousillant la santé dans les usines de porcelaine à se mettre sous la dent.

Il y a des passages forts intéressants et forts instructifs sur les quartiers de la ville de Limoges ainsi que sur l'insurrection de la ville de Paris et ses ravages dans l'esprit des hommes ayant combattu.

Pour le reste, bien que le sujet soit glauque au possible, le style, lui, n'a pas la noirceur adéquate et on a un peu l'impression d'avoir le cul entre deux chaises ou les yeux entre deux livres.

Le style n'est pas aussi haletant que ce que l'on pourrait attendre de ce genre d'ouvrage et les réactions de certains protagonistes sont soit trop prévisibles soit incohérentes (notamment celles de l'héroïne).

Pourtant, la lecture se poursuit sans trop de lassitude jusqu'à l'arrestation du meurtrier. Problème, il reste encore de nombreuses pages au livre et l'on se demande quelle est la raison qui a poussé l'auteur à ne pas s'arrêter là et à poursuivre avec la description du procès. En étant persévérant, on constatera que l'auteur nous réserve une ultime surprise, probablement la seule, qui apporte peut-être un petit quelque chose mais qui pousse le lecteur attentif à se dire, qu'alors, le comportement de certains personnages ne colle plus du tout avec cette révélation.

Au final, "La ville noire" n'est pas un mauvais roman mais il manque soit, de rythme et de rebondissements pour un polar à suspens, soit de descriptions de l'époque, des traditions, des évènements, pour un roman historique.