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Poursuivons notre découverte des « Enquêtes du Professeur », une série initialement éditée en 1946 dans la collection « L’Indice » des éditions Populaires Monégasques par le 10e épisode : « Je l’ai assassinée ».

Rappelons tout de même que la plupart des textes de la série qui en compte 15 ne sont pas signés et que ceux qui le sont portent la signature de René Byzance derrière lequel se cacherait Jean Buzançais, un auteur dont on ne sait pas grand-chose.

Que le personnage principal de la série est l’inspecteur Gonzague Gaveau dont le surnom est « Le Professeur », parce qu’il a fait la Sorbonne et planche depuis dix ans sur une thèse concernant l’usage de la lettre « O » dans les dialectes Ourago-Caucasiens, rien que ça.

Et que les enquêtes s’étalent sur des fascicules de 16 pages bien remplies de petits caractères (ce qui correspond environ à un peu moins de 10 000 mots).

Je l’ai assassinée :

Un drame s’est joué au théâtre de l’Ambigu ! Adèle Hervey est poignardée par son amant, Antony qui avant d’être maîtrisé par la police s’écrit : « Je l’ai assassinée ! »

Un drame s’est joué au théâtre de l’Ambigu ! À la fin du dernier acte de la pièce « Antony », Claudine Lucas, l’actrice jouant le rôle de Adèle Hervey, ne se relève pas pour s’offrir aux liesses d’un rare public, le couteau planté dans sa poitrine n’est pas aussi factice qu’à l’accoutumée.
Un drame s’est joué au théâtre de l’Ambigu ! Et l’inspecteur Gonzague Gaveau, alias « Le Professeur », va devoir évoluer dans un univers de tartufes, d’apparences, de jalousies et d’orgueils dans lequel il va devoir démêler le vrai du faux et découvrir qui a remplacé l’arme de pacotille par une lame létale !!!

Gonzague Gaveau est chargé d’enquêter sur un drame parvenu au théâtre de l’Ambigu. Un drame, dans un théâtre, rien de plus normal sauf que là, le sang est tout aussi réel que la mort de l’actrice principale qui, au dernier acte, se fait poignardé par l’acteur jouant son amant. Sauf que le couteau factice a été remplacé. Il y a donc meurtre prémédité.

Le Professeur, qui manie l’ironie, n’aime pas la fatuité des comédiens de théâtre même s’il n’en est pas lui-même dénué.

Aussi, la rencontre entre le policier et ces êtres bouffis d’orgueils et de suffisances va être, somme toute, assez plaisante à lire. 

De par la concision du texte (moins de 10 000 mots), le lecteur ne peut s’attendre à une intrigue de haute volée. Cependant, même si la contrainte du fascicule ne permet pas aux auteurs de s’épanouir tant dans l’intrigue, dans la narration, que dans le développement des personnages et d’un style reconnaissable, certains sont parvenus à proposer des textes bien plus intéressants que la majorité de leurs confrères, c’est le cas de l’auteur de cette série (car je ne doute pas que tous les épisodes furent écrits par la même personne).

Donc, malgré l’absence d’une intrigue échevelée, bien qu’il ne puisse ciseler son personnage et prendre le temps pour le faire apprécier des lecteurs, l’auteur, quel qu’il soit, est parvenu à instiller une ambiance et un style reconnaissable qui renforcent le plaisir de lecture des épisodes de la série.

Malgré le manque de place, il propose un personnage qui n’est pas manichéen, qui possède ses défauts, mais qui n’est pas dénué d’humour et qui fait souvent preuve d’ironie et de mauvaise grâce tout en sachant se montrer un peu veule face à ses supérieurs malgré un certain sentiment de supériorité qui l’anime.

Et c’est donc à la fois le personnage et la plume de l’auteur qui vont conférer à l’ensemble de la série tout son intérêt.

Car, malgré les intrigues légères, le plaisir de lecture est à chaque fois renouvelé et ce sera encore le cas dans ce dixième épisode.

D’autant que l’on sent immédiatement le ressenti du policier vis-à-vis du métier de comédien, du moins d’une partie de ses représentants et qu’il va faire preuve, à la fois de mauvaise foi, et de plaisir coupable, pour tenter de faire en sorte que justice soit rendue.

Au final, les « Enquêtes du Professeur » remplissent à chaque fois leur office d’offrir aux lecteurs un bon petit moment de lecture et cela n’est pas donné à toutes les séries ni tous les auteurs de l’époque.