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« Cul sec ! » est la première enquête du détective Enzo Bartoli écrite par Enzo Bartoli.

Mégalomanie rampante ou bien volonté de marcher sur les traces du Maître Frédéric Dard qui utilisa le pseudonyme de San Antonio pour écrire les aventures de San Antonio ? Un peu des deux serais-je tenté de dire.

Un peu des deux, car le bonhomme avoue de lui-même s’être beaucoup amusé à écrire ce roman en tentant de faire du « San Antonio ».

Mais il n’y a qu’un San Antonio, mort depuis quelques années, et même dans sa tombe, on a beau tenter de courir après son talent, on ne le rattrape jamais.

« Cul sec ! » est donc un histoire policière contée à la première personne mélangeant, on s’en doute, un certain penchant pour l’alcool, les femmes, l’argot et l’humour.

Cul sec ! :

Sur fond d’enquête policière, menée par le fantasque détective privé Enzo Bartoli, laissez-vous entraîner dans les coulisses de l’enseignement bistrotier. Véritable hommage (parfaitement assumé) à l’inoubliable commissaire San Antonio, « Cul Sec ! » est un hymne à l’hédonisme qui ravira ceux, bien nombreux, qui ont besoin d’une bouffée de liberté dans un monde envahi d’interdits. Parfaitement documenté, il vous étonnera aux détours de références historiques authentiques et bourrées... d’humour !

Forcément, quand on se lance dans une parodie-hommage, on ne peut échapper au risque d’être comparé à celui que l’on veut saluer. Et, quand tel est le cas, on en sort forcément perdant.

Pour éviter cela, il faut alors, non seulement proposer quelque chose en plus, ou de différent, mais, surtout, capter immédiatement le lecteur pour ne pas lui laisser le temps de se lancer dans la comparaison.

Force est de constater que, de ce côté, l’essai est totalement raté. Effectivement, le livre débute par une scène interminable entre un professeur de « bistrologie » déjanté et le fameux Enzo Bartoli. Si cette scène a probablement été écrite pour définir le côté « loufoque » de l’ensemble, elle a pour principal tort de s’étirer ad nauseam au point que, si j’avais déjà eu un autre livre que j’avais hâte de découvrir, j’aurais immédiatement refermé celui-là. Mais comme Enzo Bartoli avait un peu de chance (si tant est que cela soit une chance d’être lu et critiqué par moi, ce dont je suis loin d’être certain), j’avais trop la flemme de chercher ma prochaine lecture pour abandonner celle-là. Aussi, ai-je insisté plus que de raison.

Je ne dirais pas que j’ai eu raison, tant, au final, je n’ai pas été totalement enthousiasmé par cette lecture, mais, au moins, le roman, même s’il a tardé à le faire, à gagner suffisamment en intérêt pour que je termine ma lecture, ce qui est déjà pas mal étant donné le départ catastrophique.

Il faut avouer que l’histoire met un peu trop de temps pour démarrer, l’auteur se lançant dans des discours philosophico-alcooliques qui, pour ne pas être tous inintéressants, sont, au départ, trop nombreux et trop cumulés pour être totalement digestes. Heureusement, les choses s’améliorent quand l’enquête démarre réellement. Cependant, si l’ensemble comporte quelques bonnes idées comme celle d’une école de bistrotiers, la concurrence avec une école du même genre, mais plus élitiste, il n’en demeure pas moins plombé par une histoire trop loufoque ou pas assez maîtrisée et une intrigue bien trop légère pour combler le lecteur de polar que je suis.

Certes, Frédéric Dard se complaisait dans l’argot, l’humour, la truculence, des personnages loufoques, mais ceux qui ne connaissent pas correctement son travail oublient que l’auteur n’en négligeait pas pour autant son intrigue et que si, parfois, il pouvait livrer une enquête un peu faible, la plupart du temps, ses histoires tenaient suffisamment la route pour demeurer intéressantes même si on en retirait la moelle purement sanantonienne.

Ce n’est pas le cas dans « Cul sec ! » dont l’intrigue à elle seule n’offre aucun intérêt ou presque.

Du coup, le lecteur, pour obtenir un certain plaisir, est obligé de se reporter sur autre chose qui ne peut être que le style ou les personnages.

Malheureusement, le premier, s’il n’est pas indigent, n’en est pas pour autant exceptionnel et les seconds sont assez peu intéressants.

Mais alors, que reste-t-il dans tout cela ? Un brin de dérision et d’humour... un passage intéressant sur les jeux de bistrots... et voilà.

Au final, un livre qui souffre principalement de la volonté de l’auteur de proposer une parodie stylistique au détriment d’un véritable scénario et de personnages étoffés, mais dont le style, malheureusement, n’est pas à la hauteur de la volonté de l’auteur.