1931_Le-Pendu-de-Saint-Pholien-édition-originale

J’avais tort !!

Oui, bon, il me faut bien l’avouer, je suis imparfait, perfectible, mais je le reconnais, l’avoue, l’assume.

Je suis passionné de littérature populaire du début du XXe siècle. Jusque là, rien à me reprocher.

Je suis un fanatique du roman policier au point de ne lire qu’exclusivement ce genre qui, heureusement, est suffisamment poreux et perméable qu’il peut être miscible avec n’importe quel autre genre. Là non plus, il n’y a pas de quoi me tenir grief.

Je ne lis plus qu’exclusivement des textes écrits en langue française (quel que soit le pays de l’auteur). Mais ne voyez pas là une quelconque xénophobie, un rejet des cultures étrangères, mais juste une volonté de lire l’exact produit de la plume de l’auteur, sans que celle-ci soit, au mieux, interprétée, au pire, pervertie par un traducteur si talentueux soit-il. Vous m’en voulez pour cela ? Bien sûr que non.

J’aime beaucoup les romans courts, les préférant aux pavés, si ce n’est indigestes, du moins interminables, de la littérature policière actuelle. Là encore, pas grand-chose à redire là-dessus.

Enfin, j’affectionne tout particulièrement les personnages récurrents, que je retrouve avec un grand plaisir d’épisode en épisode.

Aussi, me direz-vous, il serait tout naturel que j’apprécie tout particulièrement la série « Commissaire Maigret » de l’illustre Georges Simenon, composés de textes qui réunissent à la perfection tous les éléments précités.

Oui, mais non !! Du moins, pas jusqu’à très récemment. Et c’est là qu’entre en jeu mon mea culpa.

Très longtemps, je ne m’étais fié qu’à ma première impression suite à la lecture du tout premier épisode de la série, « Pietr-le-Letton », qui m’avait fortement déplu. Et, du coup, je considérais la série surfaite et l’auteur nettement surestimé, lui préférant, et de très loin, ses confrères plus obscurs, voire, inconnus.

Mais voilà qu’il y a quelques semaines, je décidais d’offrir enfin une seconde chance au personnage et à son auteur en lisant « Le chien jaune ».

Sans que cette lecture m’enthousiasme outre mesure, elle était suffisamment agréable pour que je renouvelle l’expérience.

C’est chose faite avec la lecture de « Le pendu de Saint-Pholien », une lecture qui, me poussant à revenir sur mon jugement par trop catégorique sur l’auteur, m’aura, vous l’aurez compris, plutôt été agréable.

Et pourtant, moi qui déteste lire des romans par petites tranches (moins d’une demi-heure de lecture), mais qui ne lis, pour ma détente (en opposition avec mes lectures professionnelles), que la nuit, dans mon plumard (pour éviter la fausse répétition de « lit » que je fais pourtant en expliquant pourquoi je ne la fais pas) avant de m’endormir.

Or, ces derniers jours, levé très tôt, couché très tard, et étant en retard de sommeil, mon temps de lecture s’est réduit à peau de chagrin, ce qui, généralement, nuit au plaisir que je peux tirer de ma découverte d’un roman.

Et, malgré tout, la lecture de « Le pendu de Saint-Pholien » s’est révélée très agréable, c’est dire ce qu’elle aurait été dans des conditions optimales.

D’autant que tout m’a plu, dans ce livre : l’histoire, la narration, la structure du roman, le personnage, le contexte et la conclusion...

Le pendu de Saint-Pholien :

L’attention du commissaire Maigret, venu en mission à Bruxelles, est attirée par un individu suspect. Celui-ci est pauvrement vêtu, cependant, il glisse dans une enveloppe une forte somme d’argent liquide. Intrigué, Maigret le prend en filature. L’homme achète une valise bon marché, et Maigret achète le même modèle. L’homme prend le train pour Brême, où Maigret le suit, et, sitôt que l’occasion se présente, échange les deux valises. Arrivé à Brême, l’homme prend une chambre d’hôtel, et Maigret loue la chambre voisine. Lorsque l’homme découvre la substitution des valises, il se suicide d’un coup de revolver. Maigret ouvre alors la valise échangée, et il constate qu’elle contient de vieux vêtements tachés de sang.

Le Commissaire Maigret porte son regard sur un individu qui, immédiatement, lui paraît suspect. Il surprend celui-ci envoyant une grosse liasse de billets par la Poste. Il continue à le suivre, le voit acheter une valise, achète la même et, à la gare, fait l’échange sans que l’homme s’en aperçoive.

Maigret suit sa cible dans le train, puis dans un hôtel où il loue la chambre voisine. Alors qu’il observe l’homme par la serrure de la porte séparant les deux chambres, il le voit ouvrir la valise, rager, puis se suicider d’une balle dans la bouche...

D’abord rongé par les remords d’être responsable de la mort de l’homme, Maigret décide d’enquêter à son compte pour comprendre pourquoi cet homme s’est suicidé, d’autant que sa valise ne contenait qu’un vieux costume élimé et taché de sang.

Lors de son enquête, il ne va cesser de croiser un jovial homme d’affaires, bien trop sympathique pour être honnête.

Je mettais déjà en avant, dans « Le chien jaune » la capacité de Simenon à disséminer, au sein d’une intrigue et d’un roman en apparences simples, une foultitude d’éléments.

Je ne peux que réitérer cette constatation à la lecture de « Le pendu de Saint-Pholien ».

Car là encore, si l’intrigue n’est pas d’une efficacité extrême (mais ce n’est pas ce que l’on recherche dans ce genre d’ouvrages), Simenon la développe de manière intelligente à travers les découvertes de son personnage.

On retrouve alors un commissaire Maigret qui, lui aussi, sous des allures pataudes, parfois lymphatiques, se révèle être plus complexe qu’il n’y paraît. On retrouve chez lui les qualités et les défauts déjà entrevus dans « Le chien jaune » avec, en point d’orgue, cette particularité qu’a le policier à se concentrer sur un détail, détail parfois futile, mais qui va guider son enquête, commander ses gestes.

Cette fois-ci ce seront les enfants, les enfants qu’il ne cesse de compter, les enfants qui vont guider ses choix sans que le lecteur ne le comprenne immédiatement.

Mais Simenon parvient ici à rythmer son récit avec lenteur ce qui, chez un autre, s’avérerait probablement une contradiction.

Je m’explique.

Maigret n’est pas réputé pour être un hyper actif, du moins en apparence, ni même un policier pressé. Ses enquêtes avancent aussi lentement que la péniche de « L’homme du Picardie », métaphore que seuls les plus anciens d’entre vous pourront saisir.

Et, pourtant, Simenon rend l’enquête, si ce n’est exaltante, du moins candencée par l’intermédiaire de ce personnage que Maigret croise sans cesse durant son enquête. Ce rythme finit même par être imposé au policier qui doit se presser pour devancer son adversaire...

On retrouve également chez l’auteur cette obsession de la « confrérie » qui, me semble-t-il, constelle l’entièreté de son œuvre (du moins était-elle déjà présente dans « Le chien jaune »).

Du coup, l’impression de retrouver le personnage tout en le découvrant un peu plus à chaque fois est omniprésente et cela rend les lectures bougrement intéressantes.

Si on ajoute une écriture à la fois précise et humaine et que l’intrigue puise son essence dans le passé de l’auteur, tant à travers la confrérie d’artistes très inspirée de celle à laquelle Simenon a appartenu jeune (La Caque) que dans le fameux pendu, un des membres de la Caque, Joseph Kleine, qui s’est pendu à la poignée de l’église Saint-Pholien, en 1922... on obtient un excellent roman.

Au final, un très bon livre dans lequel l’auteur met beaucoup de lui.