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« Les trois bougies vertes » est un texte de Marcel Priollet, un auteur majeur de la littérature populaire fasciculaire qui, entre 1910 et la moitié des années 1950 alimenta de nombreuses collections chez divers éditeurs sous plusieurs pseudonymes (René Valbreuse, Henri de Trémières, R. M. de Nizerolles, Marcelle-Renée Noll…).

Auteur œuvrant plutôt dans les récits dramatico-sentimentaux, d’aventures et d’anticipation, c’est avant tout pour sa production policière que je le mets sans cesse en avant.

Dans ce domaine, on peut avancer deux bonnes séries dans le milieu des années 1940 chez Tallandier : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

Mais, hormis ces deux séries, l’auteur fit vivre plusieurs personnages récurrents, en plus de ses récits indépendants, dont on retrouve plusieurs spécimens dans la seule collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes vers la fin des années 1930.

Marcel Priollet, sous le pseudonyme de Marcelle-Renée Noll, écrivit la grande partie des plus de 90 titres de cette collection.

Pour ce faire, il fit vivre au moins quatre personnages récurrents dans cette collection : le détective Sébastien Renard, l’inspecteur principal Pessart, l’inspecteur de la Mondaine Bob Rex et le détective radiesthésiste Claude Prince.

On retrouve ces trois derniers enquêteurs dans le titre du jour même si Claude Prince est le véritable héros de l’histoire et que Bob Rex, comme souvent, ne fait qu’une apparition aux côtés de l’inspecteur Pessart.

TROIS BOUGIES VERTES

Le célèbre détective radiesthésiste Claude PRINCE reçoit la visite de Mme Rodier, une jeune femme inquiète de la disparition, depuis cinq jours, de son mari.

Claude PRINCE, à l’aide de son pendule, ne tarde pas à déterminer que M. Rodier se trouve, sans vie, dans un petit hôtel délabré.

Quand le commissaire de quartier, prévenu par le détective, débarque avec ses agents sur les lieux, il découvre, étendu sur le parquet, le corps de M. Rodier entouré de bougies vertes, un stylet planté en pleine poitrine.

Un message est fixé sur l’arme : « La trahison est un crime qui se paie de trois bougies vertes ! »

Avant de partir et laisser la justice faire son œuvre, Claude PRINCE prévient le policier : « cet homme n’a pas été assassiné ! 

Un homme a disparu ! Claude Prince, d’un coup de pendule, trouve sa trace dans un hôtel abandonné, mais il est certain que l’homme est mort. Après avoir difficilement convaincu le commissaire de quartier de perquisitionner, ce dernier découvre le corps d’un homme étendu sur le parquet, le corps de M. Rodier, entouré de bougies vertes allumées. Un stylet dans le cœur du mort, un message autour du stylet.

Tout semble indiquer à la police qu’il s’agit d’une vengeance du milieu ou une affaire politique. Mais, Claude Prince, devant la raillerie du commissaire, s’en va en précisant que le mort n’a pas été assassiné…

Voici presque un récit choral puisque l’on y retrouve à la fois Claude Prince, l’inspecteur principal Pessart et l’inspecteur de la Mondaine Bob Rex. Ce dernier ne fait qu’une apparition.

Pour une fois, Claude Prince apparaît rapidement dans le récit et fait des merveilles avec son pendule. Un radiesthésiste, c’est pratique pour un auteur qui n’a pas beaucoup de place pour distiller son intrigue. Et d’ailleurs, Marcel Priollet gagne tellement de place qu’il livre un récit encore plus court que d’ordinaire avec un texte d’à peine 7 700 mots.

Mais, pour en arriver à cette concision, l’auteur ne lésine pas sur les gros raccourcis et les incohérences dans son récit.

Effectivement, l’épouse à la recherche de son mari cache pour on ne sait quelle raison plusieurs éléments à même d’expliquer la disparition de son époux et donc de pouvoir le retrouver (et elle fait cela par deux fois).

L’exécution du disparu, qui n’en est pas une puisque Claude Prince l’a dit, est en fait une mise en scène que tout policier ou, au moins, médecin légiste doit être à même d’éventer. Effectivement, quand tu plantes un stylet dans le cœur d’un homme déjà mort, il ne se produit pas d’hémorragie (du moins, pas aussi conséquente que lorsque le cœur bat encore, puisque c’est lui qui propulse le sang dans les veines). Enfin, la véritable cause du décès n’aurait pas dû échapper au médecin légiste.

Mais, passons à côté de ces détails qui, probablement, à l’époque, ne devaient pas choquer le lecteur moins habitué à consommer des récits ou séries policiers aussi techniques que ceux d’aujourd’hui.

De toute façon, on ne lit pas ce genre de prose pour le réalisme de l’intrigue et encore moins pour sa complexité.

Et puis, il faut bien avouer, les titres issus de la collection « Les Grands Détectives » semblent avoir été écrits et publiés avec rapidité sans faire fi des incohérences pour l’auteur et des fautes et coquilles pour l’éditeur. Ce n’est donc pas dans ces textes que l’on pourra découvrir le meilleur de Marcel Priollet.

Cependant, en prenant le texte pour ce qu’il est, il s’avère plutôt plaisant à lire.

Au final, pas du grand Marcel Priollet, un récit desservi par des incohérences, à lire juste comme un petit divertissement rapidement lu puis oublié.