melonTous les écrivains, quels qu'ils soient, ont, un jour ou l'autre et, plus sûrement, tout le temps, le melon. Entendez par là qu'il n'y a pas plus narcissique qu'un écrivain, qu'il soit connu ou non, riche ou pauvre, talentueux ou pas.

Je n'aborderai pas, dans cet article, ma définition de l'écrivain puisqu'elle entrerait, probablement, en contradiction avec certains auteurs renommés (puisque je considère comme écrivain, celui ou celle qui a besoin d'écrire, sans considération de reconnaissance ou de talent).

Un écrivain est donc, par essence, mégalomane (je ne dénigre pas la profession puisque je suis moi-même écrivain) mais je cherche juste à avoir un peu de recul sur la "caste" puisque, pour beaucoup, les auteurs en premier, être un écrivain est avoir un statut à part.

C'est sûrement cette impression d'élitisme qui pousse l'écrivain au narcissisme et vice et versa.

Pourtant, le simple fait de vouloir être lu et de proposer ses ouvrages à des éditeurs est synonyme de narcissisme. Pour se faire, il faut considérer sa prose suffisamment bonne pour intéresser le public et il est assez rare qu'un auteur vous donne un de ses textes à lire en pensant qu'il est nul (j'ai même été contacté par un auteur qui m'affirmait que la date fatidique du 21 décembre 2012 du calendrier maya n'annonçait pas la fin du monde mais la sortie de son livre).

Mais, si le narcissisme est nécessaire à toute création et la confiance en soi et en son travail, une condition sine qua non pour arriver au succès, il n'en demeure pas moins que beaucoup d'auteurs manquent de recul sur leur production et sur le métier.

En surfant sur les forums d'écrivains, il n'est pas rare de lire des choses du genre :

- Moi, je ne proposerai pas mon roman à un petit éditeur.

- Moi, je refuserai de faire une dédicace sur un petit salon.

- Moi, je tiens à toucher un à-valoir.

- Moi, je n'ai jamais rien écrit mais je me lance dans l'écriture d'une saga en 17 volumes autour d'un apprenti sorcier à lunettes qui combat des vampires et des loups garous en compagnie de hobbits.

Ou encore de lire des énormités comme :

- J'écris pour devenir riche et célèbre.

Il est donc temps de remettre les pendules à l'heure.

En France, comme ailleurs, les écrivains vivant uniquement de leurs plumes sont très rares (150 au maximum en France). La plupart des auteurs réputés ont un travail en parallèle pour assurer les fins de mois (généralement un travail en rapport avec l'écriture).

Une petite minorité d'auteurs vivote de sa plume et la grande majorité touche des clopinettes pour ses productions.

En clair, si vous voulez devenir riche et célèbre, choisissez une autre voie.

Vous n'êtes pas convaincu ? Voilà quelques chiffres pour vous faire réfléchir.

Environ 8% des éditeurs (les plus gros) monopolisent 80% des ventes d'ouvrages. 8 autres pourcent se partagent 10% des ventes. En conclusion, 84% des éditeurs se battent pour se partager 10% des ventes.

La plupart des éditeurs ne tirent pas les ouvrages à plus de quelques centaines d'exemplaires (200 à 600), et chez eux, un succès revient à vendre 1000 exemplaires.

Admettons que vous, auteur, vous ayez la chance d'être un auteur à succès d'un petit éditeur et que vous parveniez à vendre 1000 exemplaires de votre excellent roman.

Comme vous êtes chez un petit éditeur, que vous êtes inconnu et que vous en êtes à votre premier roman, vous n'obtiendrez aucun à-valoir (en fait, une avance sur les ventes à venir de votre ouvrage), aussi, il vous faudra attendre les premiers mois de l'année qui suit la sortie de votre ouvrage pour toucher le premier cent (le calcul des droits d'auteur s'arrête au 31 décembre, mais l'éditeur peut mettre jusqu'à 4 mois pour vous les verser).

Admettons que votre livre sorte au mois de janvier (pas de bol), vous devrez attendre jusqu'à 15 mois pour toucher votre argent. Sachant que l'éditeur, entre la signature du contrat et la sortie du livre, peut mettre jusqu'à 6 mois, qu'entre le moment où l'auteur présente son ouvrage à l'éditeur et que celui-ci donne une réponse, il peut encore se passer 6 mois et que l'auteur peut mettre entre 6 mois et un an pour écrire son livre (parfois plus), l'attente entre le premier mot et le premier euro peut s'étaler sur 33 mois (presque trois ans).

Vous comprenez ainsi qu'il n'est pas facile de vivre de sa plume et qu'entre le moment où vous vous investissez dans l'écriture de votre roman et celui où vous toucherez vos premiers droits d'auteur, il faut bien prévoir une autre source de revenus.

Mais bref, vous avez été patient et votre éditeur vous envoie vos premiers droits d'auteur. Vous ouvrez le courrier, regardez le montant du chèque et vous vous mettez à pleurer.

Effectivement, les droits d'auteurs étant en moyenne de 10% du prix HT du livre et le prix moyen d'un livre de 15 euros, vos droits d'auteur s'élèveront, pour arrondir et faciliter les calculs, à 1.5 euros par livre vendu.

Mais, comme vous avez un peu de succès, vous avez vendu 1000 exemplaires dans l'année. Youpi, votre chèque affiche alors une somme de près de 1500 euros. Réparti sur les 3 ans qui viennent de s'écouler depuis que vous avez pris la plume, vous venez de gagner 500 euros par an, à peine plus de 40 euros par mois (cela vous paiera quand même votre abonnement Internet qui vous permettra de vous documenter pour votre prochain roman).

Si vous avez mis à profit les temps d'attente pour écrire votre second roman, les 1500 euros de droits sont à partager uniquement sur le temps d'écriture de votre premier ouvrage. Si vous avez été rapide, entre l'écriture et la réécriture, il vous aura fallu passer 6 mois sur votre histoire (bien sûr, pas forcément 8 heures par jours 6 jours sur 7, mais quand même, vous avez écrit le matin, l'après-midi, le soir, les week ends et les jours fériés et les heures s'accumulent).

Vous voici donc avec des revenus de 250 euros par mois. Pas négligeable, mais pas de quoi vivre non plus, juste un complément de revenus. Mais l'écriture est une passion chronophage et si vous la vivez en plus d'un emploi, vous n'aurez bientôt plus de temps pour avoir une vie sociale normale (l'écrivain est assez vite insupportable pour un ou une partenaire de vie et l'auteur peut se montre irascible quand son histoire n'avance pas comme il l'aimerait).

Seulement, voilà, un roman ne découle pas du seul temps que vous avez mis pour l'écrire. Parfois, souvent, l'écriture n'est que la partie immergée de l'iceberg ouvrage. Car, bien sûr, vous avez passé énormément de temps à réfléchir à l'histoire, aux personnages, aux décors, aux tenants et aux aboutissants de l'intrigue et, si vous avez la mauvaise idée d'écrire un roman historique, vous avez passé des centaines d'heures à faire des recherches.

Si vous tenez donc en considération l'ensemble du temps que vous monopolise l'écriture d'un roman, vous vous rendez vite compte qu'à moins d'avoir la chance de trouver un gros éditeur et que votre livre explose les ventes, jamais votre écriture ne sera rentabilisée.

En clair, écrivez par passion et non pas dans l'espoir de vivre de votre plume.

Pour information, en tant qu'auteur, mon dernier roman "Wan & Ted - Le Mystère Sang & Or" m'a pris 6 mois entre l'écriture, la réécriture et la correction. Mais, à côté de cela, j'ai un roman qui s'appuie sur des faits historiques que j'ai commencé à écrire il y a 12 ans et que je suis seulement en train de finaliser. Il n'y a pas de règles.

Cependant, plus vous écrirez, plus vous serez publiés, plus vous écrirez vite et plus vos ventes seront importantes. Si vous êtes chez un gros éditeur, vos livres auront une durée de vie très courte (de l'ordre de quelques mois. Après, les ouvrages risquent de passer au pilon). Si vous êtes chez un petit éditeur, vos livres pourront vivre, donc vous rapportez de l'argent, sur plusieurs années.

Si, après avoir lu cet article, vous avez toujours envie d'écrire votre premier roman, lancez-vous en connaissance de cause. Si vous pensiez écrire uniquement pour faire fortune, tentez votre chance dans la chanson.