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Voilà déjà plusieurs jours que vos écrans de télévision diffusent une publicité pour l'offre de lecture numérique mise en place par l'enseigne Carrefour et dénommée NoLim (probablement pour « No Limit », pas de limite !).

En plus de la création d'une boutique de vente en ligne de livres numériques sur laquelle vous retrouverez (comme sur toutes bonnes boutiques de vente de livres) l'excellentissime saga « Wan & Ted » (mais disponible, moins chère, sur le site de l'éditeur : www.oxymoron-editions.com), Carrefour mise, aussi, sur sa propre liseuse numérique, disponible sous deux formats, la NoLim et la NoLim+ (pour, respectivement, 69.90 et 99.90 euros).

La première chose qui saute aux yeux lorsque l'on regarde cette liseuse, c'est sa ressemblance avec la Cybook Odyssey de chez Booken. Rien d'anormal à cela puisque Booken est le constructeur de la NoLim. On ne peut que regretter que Carrefour n'ait pas pensé ou voulu changer l'apparence de la liseuse pour éviter tout amalgame. Booken n'en sort pas forcément gagnant non plus si le lecteur confond les deux marques au vu des critiques plutôt négatives sur la nouvelle arrivée.

Car, il ne semble pas que seuls les prix soient tirés vers le bas sur la NoLim. Effectivement, si l'on considère que le but non avoué de Carrefour est de faire sa marge sur les ventes de livres et non sur la liseuse, on aurait pu attendre de la part de l'enseigne, une attention toute particulière sur la qualité de son appareil.

Premier défaut qui choque immédiatement dans le monde des liseuses actuelles, la définition de l'écran. Effectivement, la NoLim propose un écran de 600 X 800 pixels là où la Kobo Glo, un an auparavant, proposait un écran de 1 024 X 768 pixels et la Kobo Aura HD, il y a déjà six mois, un écran de 1 440 X 1 080 pixels.

Si l'on ajoute à cela les critiques qui annoncent une conception à l'aspect « gadget » de par le tout plastique, un écran au rafraichissement peu efficace ainsi qu'un éclairage dont les leds semblent visibles, on peut se demander alors quel est l'intérêt d'un tel appareil tant il semble déjà obsolète bien avant sa sortie !

La première question à se poser est alors : à qui est destiné un tel appareil ?

Évidemment, pas aux habitués des liseuses numériques qui possèdent probablement déjà une liseuse proposant de meilleures performances (Kobo Glo/HD/Aura, Cybook Odyssey Frontlight, Kindle Paperwhite...) et qui ne se dirigeront pas vers un modèle aux prestations inférieures à celui qu'ils ont déjà.

Du coup, on se dit que Carrefour vise les nouveaux lecteurs numériques, les indécis n'ayant pas encore franchis le pas, voire même les lecteurs papiers n'ayant pas encore imaginé pouvoir passer du côté obscur de la force éclairée d'une liseuse numérique.

Avec une publicité télévisuelle pouvant être vue par tout le monde, de l'adolescent à la retraitée avide de lecture, mais aux yeux fatigués en passant par la ménagère de moins de 50 ans, et avec une disponibilité dans des hypermarchés et non plus dans des lieux destinés uniquement à la culture, Carrefour pense pouvoir séduire une nouvelle race de lecteurs, convertir les papivores et, pourquoi pas, les « papiphobes ».

Si l'intention est à louer (ou plutôt à vendre, dans ce cas) et pourrait faire progresser la vente de livres numériques, on ne peut que regretter que Carrefour ait fait les choses à moitié et qu'il n'ait pas pensé à, ou voulu séduire également les lecteurs numériques avertis en proposant un produit à la hauteur de ce que la concurrence met sur le marché.

Mais si l'on réfléchit un peu plus loin, on se dit qu'avec une publicité télévisuelle, une sortie deux mois avant Noël et une disponibilité dans des lieux très fréquentés pendant les fêtes de fin d'année, la cible première de ces liseuses ne doit pas être le lecteur potentiel, mais le proche d'un lecteur potentiel voyant, dans cette liseuse, le cadeau idéal à faire.

Pas si bête puisque, dans le cas d'un achat personnel, l'acheteur aura tendance à s'intéresser avant tout aux caractéristiques, d'autant que, dans le cadre d'un achat réfléchi, celui-ci aura pris le temps de se renseigner sur les défauts et les qualités de l'appareil. À contrario, celui ou celle qui achètera l'appareil, pour l'offrir ensuite, le prix sera alors une caractéristique très importante, voire principale.

Du coup, pas forcément besoin de fignoler les caractéristiques pour espérer que la NoLim se vende. Après, une fois vendue, la personne qui la recevra en cadeau devrait, en majorité, se tourner vers la librairie virtuelle de Carrefour... peut-être.

En attendant, les mois à venir nous en diront plus sur le succès de la NoLim et de la NoLimStore.

Si vous avez des expériences en la matière à me communiquer, n'hésitez pas à les laisser en commentaires.

Merci.