lvdlvJusqu'à présent, pour moi, « Les vieux de la vieille » était film de Gilles Grangier avec Jean Gabin, Pierre Fresnay et Noël-Noël, adapté d'un roman que je n'avais jamais lu.

Désormais, « Les vieux de la vieille » est aussi et surtout un roman de René Fallet.

Baptiste Talon, Blaise Poulossière et Jean-Marie Péjat sont des amis de longue date. Ils ont tous, dans les 70 ans et passent leur temps à boire du vin et à s'engueuler.

Seulement, voilà, quand on a été une force de la nature, comme Péjat, arrive un âge où l'on n'arrive plus à la cheville de sa réputation. C'est quand Jean-Marie se rend compte que le temps a plus usé sa carcasse qu'il ne le pensait qu'il décide qu'il est devenu trop vieux. Trop vieux pour demeurer au village, trop vieux pour réparer ses cycles, trop vieux pour rester chez lui. Il convainc alors ses deux compères de se rendre, en sa compagnie, à Gouyette, la maison de retraite du coin. Blaise est récemment veuf et Baptiste est brimé par ses enfants chez qui il vit. Aussi, les deux acceptent d'accompagner Jean-Marie. Mais le voyage se fera à pied pour profiter des derniers jours de liberté et boire un petit gorgeon de temps en temps.

Rene FalletRené Fallet nous livre, à travers ce court roman, un trio de personnages hauts en couleur. La gouaille de ses protagonistes, les insultes de charretier qu'ils s'envoient sans cesse, les insultes parfois blessantes, mais surtout la tendre amitié qui les relie font tout le charme de ce parcours initiatique tout particulier.

Car, si les compères s'en vont vers leurs dernières demeures, la maison de retraite n'étant que l'antichambre de la mort, c'est en fait vers leurs passés, leurs jeunesses, que les trois petits vieux vont marcher.

Leur chemin est effectivement semé des souvenirs du temps passé. Le cimetière où sont enterrés leurs amis défunts, leurs amantes, leurs femmes, pour certains, mais aussi des lieux de vies comme la ferme où l'un a travaillé étant jeune et, surtout, le domaine dans lequel chacun d'entre eux a connu l'amour avec une femme dans des circonstances différentes.

Les dialogues sont assurément le point fort de ce roman, des dialogues servis par des personnages de mauvaise foi, toujours prêts à se moquer de l'autre, mais qui, au final, se révèlent être des amis indéfectibles. Pas étonnant que Michel Audiard fût appelé pour adapter ces dialogues au cinéma même s'il n'était nul besoin du fameux dialoguiste tant ceux-ci sont déjà excellents à l'origine. Mais, comme le film s'éloigne, par moments, un peu du livre, il fut donc bien nécessaire de réécrire ces dialogues.

Au final, René Fallet nous propose là un grand moment de littérature qui deviendra un immense moment de cinéma grâce à un trio de personnages attachants. C'est donc avec bonheur que l'on suit les pérégrinations de ces trois vieux chenapans.

À noter que les romans de René Fallet ont souvent été adaptés au cinéma avec, outre « Les vieux de la vieille », « La soupe aux choux » ou « Le triporteur ».