qui-a-tué-lhomme-homard-j-m-erre

J.M. Erre est un auteur né à Perpignan (le pauvre), en 1971 (décidément, pas de chance) et qui est l’auteur de nombreux romans et de plusieurs sketches pour l’émission culte de CANAL + : Groland !

Je m’étais déjà confronté, une fois, à la prose de l’auteur, via son roman « Le mystère Sherlock », par lequel je n’avais pas été séduit malgré tous les ingrédients qui étaient faits pour me plaire : un auteur de chez moi, de l’humour et Sherlock Holmes (celui par qui fît naître en moi la passion de la lecture, en général et de la littérature policière, en particulier).

Je m’étais promis, un jour, de replonger dans un texte de l’auteur afin de lui donner une seconde chance (si tant est qu’être lu par moi soit une chance). C’est désormais chose faite avec « Qui a tué l’homme-homard ? »

Pourquoi ce titre plus qu’un autre ? Tout simplement parce que celui-ci, également, avait tout pour me plaire : toujours un auteur de chez moi (c’est le même auteur, suivez un peu), toujours de l’humour, et un personnage d’enquêteur atypique (moi qui pensais avoir fait fort avec « Le Psychopathe, le Dément et le Trisomique » !!!).

Qui a tué l’homme-homard ? :

Margoujols, petit village reculé de Lozère, abrite depuis 70 ans les rescapés d’un cirque itinérant qui proposait un freak show : femme à barbe, sœurs siamoises, homme-éléphant, nain, colosse... Mais la découverte du cadavre atrocement mutilé de Joseph Zimm, dit « l’homme-homard », va bouleverser la vie presque tranquille de ses habitants. 
Qui a tué cet ancien membre du cirque des monstres, et pourquoi ?
Qui se cache derrière le mystérieux auteur du blogue Je vois la vie en monstre ?
Quels secrets, enfouis dans les hauteurs du Gévaudan, l’enquête de l’adjudant Pascalini va-t-elle révéler ?
Et que cherche vraiment Julie, la fille du maire, passionnée de romans policiers, qui épaule la gendarmerie dans son enquête ?

Alors, voilà, c’est drôle !

Au final...

Quoi ? vous trouvez ma chronique un peu trop concise ? Bon, faudrait savoir ! Certains se plaignent que j’explique en quoi et pourquoi tel ou tel roman m’a plu ou déplu, et quand je mets en place une ellipse argumentaire, vous vous plaignez encore ???

Bon, de toute façon, je fais et j’écris ce que je veux et cela tombe bien, car je ne sais pas faire court et concis.

Un village reculé de Lozère habité en grande partie par les rescapés d’un cirque itinérant et leurs descendants, devient le témoin d’un meurtre effroyable, celui de l’homme-homard, un rescapé du cirque dont la difformité des mains lui vaut son titre. Le petit vieux est retrouvé coupé en petits morceaux comme le fut, 70 ans auparavant, le propriétaire du cirque dans lequel il officiait.

Un gendarme et son adjoint sont envoyés sur place et le maire du village atypique qui se veut tout puissant chez lui, leur impose l’assistance de sa fille qui connaît parfaitement les lieux et les habitants. Seul problème, la jeune fille est gravement handicapée. Elle est tétraplégique, ne peut pas parler (elle bave), et sa seule façon de se déplacer et de communiquer est la seule partie de son corps qu’elle maîtrise : son majeur (elle s’en sert pour conduire un fauteuil ultramoderne et pour parler via la synthèse vocale de l’ordinateur embarqué).

Et, comme la jeune fille a pour seul loisir de lire des romans policiers, elle veut se lancer dans l’enquête et y trouver des éléments pour écrire son propre roman policier...

Le récit est narré à la première personne par la jeune tétraplégique, ce qui permet à l’auteur de manier de la fausse autodérision (je dis fausse, car si la narratrice, dans le roman, la jeune handicapée, en réalité, c’est l’auteur... ba oui, c’est l’auteur qui a écrit le livre et non la tétraplégique... vous suivez ???) d’user d’humour noir, jaune, vert, bleu, et de se montrer faussement irrévérencieux (alors là, je dis faussement, car sous couvert d’humour absurde, ce qui peut sembler irrévérencieux n’est en fait que de la blague, et je sais de quoi je parle) en se moquant du handicap et il s’est servi en la matière puisque le roman est monopolisé par les handicapés : la tétraplégique, le nain, le géant, la femme à barbe, les sœurs siamoises, l’homme élastique, l’homme-homard... le gendarme... non, lui, il est juste militaire.

Si l’entreprise peut sembler osée (faire rire avec le handicap), J. M. Erre n’est pas le premier à franchir ce pas. Je ne parlerai pas de ce formidable écrivain qui, en 2017, livrait l’un des plus étranges duos d’enquêteurs dans son roman « Le Psychopathe, le Dément et le Trisomique » puisque les deux détectives n’étaient autres qu’un patient d’une maison de retraite en fauteuil roulant et avec un cerveau en marmelade et un trisomique.

Par contre, comment ne pas faire un rapprochement entre l’héroïne de ce roman et le personnage de Cynthia mis en place par Thierry Jonquet pour son roman « Mémoire en cage » ? Là déjà, le personnage central du roman est une jeune handicapée en fauteuil roulant qui ne peut pas bouger, pas parler, qui bave et qui a des pensées pas très catholiques... Thierry Jonquet ne s’était pas gêné pour y aller de son humour sur la question.

On pourra également penser au magnifique film de Tod Browning, « Freaks », un film que tout le monde devrait avoir vu au moins une fois dans sa vie pour comprendre que les monstres ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

Mais revenons-en au livre de J.M. Erre, si le personnage de base, contrairement à ce que certains peuvent penser, n’est pas si original que cela, il n’en est pas moins très drôle et il est vrai que l’auteur n’hésite pas à en remettre une couche, puis une autre, puis un autre, au risque que l’ensemble devienne indigeste. Mais il a le bon goût de ne pas mettre la couche qui fait chuter la pile.

De plus, l’auteur ne se contente pas de plaisanter avec le handicap, il s’amuse aussi à se moquer des codes du roman policier et à égratigner ses confrères.

Car, par la voix synthétique de son héroïne et la volonté d’écrire un bon roman policer, il énonce, dénonce, les clichés du genre pour mieux les contourner ou tout simplement les utiliser. Parfois, il enfonce des portes ouvertes sans se faire mal, car c’est moins douloureux de passer à travers une porte ouverte qu’une porte fermée, d’autres fois, il fait montre d’un certain recul sur le genre qu’il manipule et d’une connaissance de la matière première.

Ce qui m’avait déplu, dans « Le mystère Sherlock » c’était l’abus de passages de journal de bord ou de journal intime qui est un artifice qui m’a souvent ennuyé.

Dans « Qui a tué l’homme-homard ? » J.M. Erre retombe dans ses travers (puisque l’auteur a déjà utilisé ce procédé dans « Le mystère Sherlock », donc, mais également « Prenez soin du chien », « Made in China », et peut-être d’autres encore). 

Certes, les romans policiers sont gérés par des codes et de nombreux artifices sont utilisés pour faire progresser l’intrigue ou pour tenter de faussement rythmer un récit. Parmi ces artifices, deux m’horripilent tout particulièrement, sauf quand ils sont utilisés pour une autre raison que comme artifice, c’est d’entremêler deux histoires différentes qui vont finir par se croiser, et le principe du journal intime.

Heureusement, dans le cas présent, l’auteur n’abuse pas trop de l’artifice du journal intime, sous forme de blogue, car Magoujols, bien que village reculé de Lozère est le village le plus connecté de France de par la volonté de son maire. Mais, si J.M. Erre n’en abuse pas, je pense que les passages ne servent à rien et ne font pas avancer l’intrigue. Tel que, aucun intérêt. Pour en avoir un, il aurait fallu que ces passages soient plus nombreux et servent plus l’intrigue (auquel cas il m’aurait perdu).

Pour le reste, l’auteur s’amuse et amuse le lecteur, cherchant, malgré l’aspect parodique à livrer un roman policier qui tienne debout (du moins, dans l’aspect délirant de l’ensemble). Il nous livre alors des fausses pistes, comme tout bon roman policier avant de nous proposer, comme coupable, le coupable qu’il veut le plus improbable possible, donc, le moins suspect.

Seulement, j’avais déjà envisagé la révélation bien avant que l’auteur la partage avec nous, ce qui rend le coupable moins improbable que prévu. Mais il faut avouer que le roman est tellement déjanté que tout y est envisageable, surtout ce qui ne le serait pas dans un roman plus classique.

Au final, la seconde tentative fût la bonne et si je n’avais pas aimé « Le mystère Sherlock », j’ai beaucoup aimé « Qui a tué l’homme-homard ? »...