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Tiens, ça faisait bien longtemps que je ne m’étais pas « tapé » un petit Sana de derrière les fagots.

Oui, car on se jette un San Antonio derrière les lunettes comme on se jetterait un alcool fort derrière la cravate. C’est bon, ça enivre, mais faut le consommer avec modération sinon, on risque de finir aux Sananonyme, ces lecteurs compulsifs des œuvres de San Antonio qui tremblent, bavent et se transforment en zombies quand ils n’ont pas leur dose.

Du coup, un petit Sana de temps en temps, ça ne fait pas de mal, ça fait même plutôt du bien. Ça détend, ça fait sourire bêtement (on sourit toujours bêtement de toute façon, surtout quand on est un homme, encore plus quand on est chauve) et ça grille quelques neurones à force de chercher les jeux de mots même là où il n’y en a pas, surtout là où il n’y en a pas (car, là où il y en a, on finit toujours ou presque par les trouver. Alors que là où il n’y en a pas...)

« Du poulet au menu » est donc la 29e dose que m’a fourguée Frédéric Dard qui, plus fort que le dealer du coin, parvient à filer ses doses à ses camés même quand il est canné.

Et qu’il s’annonce fameux ce « shoot » de Sana, puisque le dealer y a mis triple dose en ajoutant les ingrédients qui déchirent : du Pinuche et du Béru.

Du poulet au menu :

Lorsque la grande aiguille de ma montre a fait sa révolution sur le cadran, la porte de l’usine se rouvre et mon zigoto réapparaît. Il est plus furtif qu’un souvenir polisson et il se met à foncer dans la partie obscure du quai, la tronche rentrée dans les épaules... Il marche vite, sans courir cependant... Il semble avoir peur... Oui, pas de doute, il est terrorisé... Je lui laisse du champ et je démarre en douceur. Soudain, il se cabre. Dans l’ombre, devant lui, se tient une seconde auto, tous feux éteints... Il marque un temps et s’écarte pour passer. Dedans, j’aperçois vaguement deux silhouettes... 

Ce qu’il y a de bien avec San Antonio, c’est que selon l’édition (et il y en a eu), on a également le plaisir de la couverture. Moi, je préfère de loin celles illustrées par le génial Michel Gourdon, et c’est tant mieux, car, généralement, il y en a deux différentes pour les titres (selon l’édition, toujours).

San Antonio fait toujours dans l’espionnage et a charge de surveiller un espion redoutable sauf que l’espion ne fait pas grand-chose de ses journées. Tout juste s’il rencontre un type qui n’a pas l’air très content de la conversation. Alors, puisque l’espion ne fait rien autant s’intéresser à l’autre type, d’autant que celui-ci finit par se rendre à la police pour se plaindre qu’on veut l’obliger à forcer un coffre, mais que lui est repenti. Bref, voilà un bon moyen de coincer l’espion si le casse a lieu et qu’on suit le casseur. Sauf que, comme toujours dans les romans et les films, rien ne se passe comme prévu, sinon... y’aurait pas d’imprévus.

Notre San Antonio national est cette fois-ci accompagné de ses deux compères, le vieux Pinuche et le gros Béru, surtout dans la seconde partie de ce court roman où tous les trois sont obligés d’embarquer sur un paquebot en route vers l’Amérique pour retrouver des documents volés.

Si l’intrigue n’est pas aussi bien maîtrisée que par le passé, elle est, il faut l’avouer, bien secondaire par rapport aux frasques du trio. Il faut dire que les trois font le trio, surtout les deux qui font la paire... d’andouilles.

Jeux de mots, maître Capello, sont au menu et on surprend Frédéric Dard à se lancer tête baissée dans les calembours sur les patronymes des personnages secondaires. C’est un peu bas du front, je dois l’avouer, mais parfois drôle. Mais ça a un grand inconvénient, quand on ne trouve pas le jeu de mots dans un nouveau nom, on ne sait pas si on est con ou si l’auteur n’en a pas mis (comme j’ai une haute considération pour ma personne, je me persuade qu’il n’en a pas mis partout).

Le roman est très court, suffisamment court pour qu’on ne s’ennuie jamais et, d’ailleurs, on ne s’ennuie jamais. Pour autant, on peut regretter tout de même que l’histoire ne soit pas un peu plus étoffée.

Cependant, force est de reconnaître que la seule présence du trio est un grand atout et toujours source de sourire.

Pour l’histoire, tiens, peut-être que le problème vient du fait qu’elle soit coupée en deux puisqu’en me penchant sur le titre suivant « Tu vas trinquer San-Antonio », l’histoire débute là où elle en était restée dans « Du poulet au menu », c’est-à-dire sur le pont du bateau en Amérique.

Aussi, pas la peine de chercher ma prochaine lecture, elle est toute trouvée. Sana, me voilà !

Au final, pas le meilleur épisode de la série, notamment à cause d’une histoire un peu simpliste, mais rehaussé tout de même par la présence du meilleur trio que l’on ait fait depuis « Les trois mousquetaires » (mais c’est normal, ils ont triché, ils étaient 4).