MP29

Je ne vous ferai pas l’affront de vous expliquer qui est Marius Pégomas, le célèbre détective marseillais inventé par l’énigmatique auteur de littérature populaire Pierre Yrondy et qui vécu 35 aventures éditées par La Baudinière sous le format de fascicules 32 pages, double colonne, contenant environ 13 000 mots en 1936 à la suite des aventures de Thérèse Arnaud, l’espionne française, du même auteur ???

Oui, je sais bien, tout en vous disant que je ne vous expliquerais pas, malgré une concision qui devrait m’être reconnue, je vous ai très bien cerné le contexte.

J’ajouterai tout de même que l’on ne sait pas énormément de choses sur Pierre Yrondy, dont on ne sait s’il est de parenté avec l’illustrateur Édouard Yrondy, les photographes Jean-Louis Yrondy, Pierre Yrondy, Louis Yrondy, ou le sculpteur Charles Yrondy.

Tout ce que l’on sait de ce Pierre-ci, c’est qu’il fut journaliste, probablement acteur de théâtre, auteur de pièces de théâtre, de quelques romans et des deux séries évoquées plus haut.

« Un enlèvement audacieux » est la 29e aventure, sur 35, de Marius Pégomas.

UN ENLÈVEMENT AUDACIEUX

En pleine journée, Martial, sa fiancée Elvire, et leur ami Babylas, se promènent sur la Cannebière quand un véhicule freine brusquement, un homme s’en éjecte, attrape la jeune femme par le bras et l’attire dans la voiture qui redémarre sur les chapeaux de roues.

La scène est si rapide qu’il est impossible aux nombreux témoins d’apporter des éléments susceptibles d’identifier l’auto ou ses passagers.

Le premier réflexe des deux compagnons est de faire appel au célèbre détective marseillais, le fameux Marius PÉGOMAS.

Mais alors que l’enquêteur semble délaisser des pistes évidentes, Martial est enlevé à son tour…

Fascicule 32 pages double-colonne, environ 13 000 mots, on se doute (du moins, si vous ne vous en doutiez pas, à force de me le voir répéter, vous le savez désormais), qu’un texte aussi concis ne peut proposer une intrigue échevelée digne des meilleurs romans policiers de ces dernières décennies.

Ce n’est donc pas ce que l’on recherche dans une telle lecture. Non ! Ce sera plutôt une petite ambiance, un personnage attachant que l’on retrouve avec plaisir, parfois un certain style, mais, surtout, une petite lecture agréable que l’on peut effectuer d’un seul tenant et ainsi connaître l’histoire et sa résolution d’un seul tenant.

Pour une fois, je ne me pencherai pas trop sur le style de l’auteur que j’ai déjà évoqué à de nombreuses reprises pour un épisode de l’une ou l’autre de ses séries, ni de l’évolution de ce style, en cours de route, pour m’attarder sur un principe qu’il est difficile d’aborder sans déflorer l’intrigue (mais comme intrigue il n’y a vraiment...).

C’est le concept dont je parlais pour un autre texte d’un autre auteur (vivant, celui-ci) de la revisite de l’histoire à l’aulne de la révélation finale.

Ainsi, il n’est pas rare que des auteurs (actuels ou passés) développent une intrigue, prenante ou pas, multipliant les faits étranges et les rebondissements, afin de tenir le lecteur en haleine. Si, bien souvent, l’histoire ou le comportement des divers personnages ne souffrent pas de cette fameuse révélation finale, parfois, il n’est pas rare que l’édifice s’écroule totalement quand on le regarde par le prisme de cette fameuse révélation.

Par exemple, une histoire qui serait racontée du point de vue du héros, policier de son état, qui mène une enquête et qui se pose des questions in peto sur les agissements du meurtrier et ses motivations alors, qu’à la fin, on apprend que le meurtrier, c’est lui.

Autre exemple, souvent utilisé dans les diverses séries (littéraires ou télévisées), et c’est là que je vais faire des révélations, c’est quand une personne fait appel à un grand détective, réputé pour être infaillible, afin de résoudre une affaire et trouver le coupable alors que le coupable, c’est lui.

Difficile, effectivement, de croire qu’une personne, sachant l’infaillibilité à résoudre les énigmes d’un détective, vienne le solliciter, s’il n’y est pas obligé (et on n’est jamais obligé de contacter un détective. La police, oui, mais pas un détective) afin de dénicher le coupable, si le solliciteur est ce coupable.

Ou alors, il faut que cet idiot soit motivé par l’ambition de piéger le détective infaillible, ou par l’espoir d’être plus malin que lui.

Mais quand aucune de ces deux raisons ne motive l’imbécile, l’histoire, à partir du moment où l’on apprend que c’est lui le coupable, ne tient pas la route.

C’est une réflexion que je me suis déjà faite à plusieurs reprises dans la série puisque ce n’est pas la première fois que Pierre Yrondy utilise ce stratagème.

Ne voulant, à chaque fois, déflorer l’intrigue, si minime fût-elle, je ne me suis jamais appesanti sur ce sujet.

C’est désormais fait.

Quand tu as deux neurones, que tu es coupable d’un crime, tu ne demandes pas au meilleur détective du monde d’enquêter sur l’affaire sans signer ton mandat d’arrêt. Donc, à moins d’être très con, suicidaire ou de penser que tu peux être le premier à parvenir à mettre à défaut l’infaillible détective, tu t’abstiens.

Bien sûr, si ce procédé se révèle totalement rédhibitoire sur un roman de 600 pages, que l’auteur a mis un an à écrire, qui a été relu par des dizaines de bêta-lecteurs, les assistants d’un éditeur, l’éditeur lui-même... il devient quelque peu plus excusable pour un texte qui ne laisse pas le temps de placer une réelle intrigue, qui est très vite écrit, tout aussi vite publié, bien souvent sans aucune relecture de l’auteur et, parfois, de l’éditeur (c’est en tout cas ce que semble démontrer les nombreuses fautes et coquilles présentes dans les textes de la littérature populaire fasciculaire).

Alors, évidemment, je pourrais enterrer Pierre Yrondy (mais quelqu’un a déjà dû s’en charger, physiquement, du moins, depuis longtemps) en ajoutant, qu’en plus, celui-ci oublie d’expliquer certains comportements très curieux du coupable (comme l’enveloppe contenant l’argent), mais une fois encore, je ne juge pas un texte écrit avec peu de moyens de la même manière qu’un autre qui aurait été développé dans des conditions bien plus clémentes (de l’idem façon que je ne juge un film de série B tourné en 8 jours avec un budget de 50 000 dollars et un film hollywoodien ayant nécessité 6 mois de tournage, bénéficiant d’un budget se comptant en centaines de millions de dollars).

Mais, toujours est-il qu’on ne lit pas un « Marius Pégomas » pour son intrigue, mais pour son personnage, son ambiance, son humour et qu’en la matière, l’épisode fait son boulot.

Au final, un épisode agréable à lire que l’on excuse pour son intrigue mal ficelée...