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« La note fatale » est un court roman policier paru, tout d’abord, sous la forme d’un fascicule de 48 pages en 1927 au sein de la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi avant d’être réédité en août 1933 sous la forme d’un fascicule 64 pages au sein de la collection « Police et Mystère » du même éditeur.

Le titre est signé H.-R. Woestyn, un auteur énigmatique dont on ne connaît que quelques autres pseudonymes : Cornil Bart, Roger Nivès, Henry Sevin, Jacques Bellême...

Créateur d’un personnage récurrent, l’inspecteur Pinson, pour de très courts récits distillés au début du XXe siècle dans le magazine « Mon Bonheur », Woestyn a également développé deux autres personnages récurrents : les détectives Ned Burke et Romain Farrel, le premier vieil américain, le second, son élève, jeune français, qui vécurent un peu plus d’une dizaine d’aventures au sein des collections policières des éditions Ferenczi.

 

LA NOTE FATALE

 

Une terrible malédiction pèse sur la famille da Sangallo depuis le XIVe siècle.

 

« Malheur à l’enfant aîné de chacun de notre race, si cet enfant est une fille, car elle périra au jour de sa majorité, impitoyablement brisée dans sa jeunesse, comme la coupe du doge dans toute sa beauté !... » dit la légende…

 

Aussi, quand Bianca da Sangallo, à l’approche de ses vingt et un ans, devient taciturne et se plonge dans les vieilles histoires et les arts divinatoires, son père, inquiet, décide de faire appel aux détectives Ned BURKE et Romain FARREL, tant pour veiller sur la précieuse relique, la dernière coupe du doge de Venise, que sur la vie de sa fille.

 

BURKE et FARREL, cartésiens de nature, persuadés que la jeune femme est sous la férule d’un être machiavélique, vont tout mettre en œuvre pour déjouer un crime diabolique…

Ned Burke et Romain Farrel sont engagés par le comte italien da Sangallo qui s’inquiète pour sa jeune fille Bianca. Effectivement, à l’approche de son 21e anniversaire, elle est de plus en plus obsédée par une légende voulant que, dans sa famille, depuis des siècles, des jeunes femmes meurent le jour de leur 21e anniversaire, décès accompagné par le bris d’une coupe en verre de Venise, d’un service offert par un Doge aux da Sangallo.

Il ne reste plus qu’un verre intact et le 21e anniversaire de Bianca sera fêté dans quelques jours...

On retrouve donc les deux détectives dans ce petit roman d’un peu plus de 17 000 mots.

Cette fois, les deux hommes vont avoir à affronter une terrible légende.

Comme on a pu le constater à plusieurs reprises dans la série, les personnages principaux n’arrivent pas dès le début du récit.

Effectivement, l’auteur présente le problème avant de faire intervenir ses héros.

Si le phénomène n’est pas aussi poussé que dans certains épisodes où l’un ou l’autre des détectives n’apparaissent qu’après la moitié du récit, ici, ils débarquent tout de même après un tiers du texte.

Le plaisir de retrouver les deux personnages, plaisir qui pourrait être plus grand si ceux-ci étaient un peu plus esquissés, est un peu gâché par le fait que, dès la moitié du roman, le lecteur a déjà deviné qui est l’instigateur du drame à venir et, surtout, comment il va s’y prendre.

Effectivement, pour trouver le coupable, il suffit de se référer à l’axiome usuel : « Is fecit cui prodest », en clair, chercher celui à qui profite le crime et l’un des personnages, le père de Bianca, bien naïvement, donne le nom de cette personne et son mobile sans même s’en rendre compte.

Quant au moyen, il suffit de se référer au titre pour le deviner.

Bien évidemment, on peut se dire que le lecteur d’aujourd’hui maîtrise mieux les codes du genre policier que celui de 1928, mais tout de même, les ficelles sont grosses.

Cependant, il ne faut pas aborder un roman fasciculaire de cette taille et de cette époque de la même façon qu’un roman actuel. Aussi, faut-il lui pardonner cette naïveté qui s’étend jusqu’à la fin de l’intrigue.

Malgré tout, on lui préférera bien d’autres titres du genre, mieux construits, au dénouement moins évident et aux personnages un peu plus cernés.

Au final, sans être une lecture fastidieuse, le texte pâtit d’une certaine naïveté que l’on mettra sur le compte du genre et de l’époque d’écriture.