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Léon Groc (1882 - 1956) est un journaliste et écrivain qui fit les beaux jours de la littérature populaire pendant quasiment toute la première moitié du XXe siècle.

À partir de 1910, l’auteur alimenta les différents genres à la mode (policier, sentimental, historique, patriotique, aventures, fantastique) pour les journaux et magazines, les collections fasciculaires et les collections de romans de forme plus classique.

Ainsi, si Léon Groc est encore reconnu, par les amateurs de paralittérature, pour sa production fantastique, il ne faut pas pour autant occulter toute la part policière de l’auteur, tant par son nombre que par sa qualité.

Si certains de ses romans policiers sont depuis peu de nouveau accessibles grâce à des rééditions modernes, il est une œuvre de l’auteur qui est toute aussi oublié que quasiment introuvable, une (la seule ?) série fasciculaire policière de Léon Groc : « Stan Kipper, le roi des détectives ».

Stan Kipper, un détective américain installé à Paris, a vécu 8 aventures (10 annoncées, mais les 2 dernières ne sont probablement jamais parues) sous la forme de fascicule de 24 pages, double colonne contenant des récits plus ou moins indépendants de moins de 10 000 mots (ici, à peine plus de 8 000).

Je dis « des récits plus ou moins indépendants », car, si le premier, « Le champion escamoté » présente une enquête complète, on constate que le second épisode, « La vengeance des Mains Brunes » s’avère être la suite directe puisque la vengeance de la bande est combattue par le détective dans le précédent opus.

Il en est de même, ici, avec « Fred le Rouge » qui conte la suite du combat débuté dans « L’île de la peur », épisode précédent, entre Stan Kipper et Fred le Rouge, le chef d’une bande de crapules.

FRED LE ROUGE

Stan KIPPER, le célèbre « roi des détectives » américain installé en France, a vécu des émotions de tous genres en revenant dans sa contrée natale : revoir sa sœur, son neveu, sa nièce, mais également lutter contre le terrible Fred-le-Rouge, un dangereux gangster dont la bande martyrisait la population locale.

Stan KIPPER est parvenu à démanteler le réseau criminel, même si Fred-le-Rouge s’est échappé.

Peu importe, il est temps pour le détective de retourner à Paris où d’autres affaires l’attendent.

Alors que Stan KIPPER s’apprête à rentrer en France, le chef de la police le prie de repousser son départ : Fred-le-Rouge a fait à nouveau parler de lui et semble bien décidé à se venger…

Stan Kipper, après avoir démantelé la bande de Fred le Rouge, même si ce dernier est parvenu à s’échapper, s’apprête à rentrer enfin chez lui, à Paris, pour reprendre le cours normal de ses activités.

Mais le chef de la police locale vient demander au détective de bien vouloir rester encore, car Fred le Rouge a monté une nouvelle bande et n’hésite pas à descendre ceux qui lui mettent des bâtons dans les roues.

Pis encore, alors qu’il a été arrêté par deux fois, il a réussi à s’échapper de façon mystérieuse.

Stan Kipper accepte d’aider la police et se relance à la chasse de Fred le Rouge sans se douter que celui-ci va s’en prendre à sa famille pour lui passer le goût du combat...

Difficile de juger une série si courte, surtout quand elle semble avoir été avortée faute de succès.

Cependant, à la lecture des 5 premiers épisodes, je n’hésitais pas à dire combien, dans ce format particulier du récit à moins de 10 000 mots, elle faisait pourtant preuve de qualités, de par la plume de son auteur, de sa parfaite maîtrise du format court et également de celui du genre policier.

Effectivement, Léon Groc parvenait à se sortir de la plupart des écueils inhérents à la grande concision nécessaire pour respecter le format et réussissait également l’exploit de conférer une aura, un passé à son héros tout en jouant avec le genre policier.

Cependant, force m’était de constater qu’avec ce retour aux sources du détective (puisque revenu dans son pays natal, la ville où il vécut jeune, dans sa famille) lui seyait finalement assez peu, du moins, tant dans le genre que dans le style adopté par l’auteur.

En devenant plus classique, de par sa plume, en adoptant une histoire qui s’ancrait plus, dans la forme et dans le genre, avec la littérature américaine de l’époque (ou celle des auteurs français singeant leurs homologues américains), et permettait moins à Léon Groc de jouer avec le roman policier.

C’est une nouvelle fois le cas dans l’épisode d’aujourd’hui. Normal, me direz-vous, puisque le contexte demeure le même, que le résultat ne change pas.

Je suis entièrement d’accord avec ce constat (en même temps, si je vous l’attribue, il est quand même mien à la base).

Moins enjoué, le personnage, moins joueur, l’auteur : le texte en devient moins intéressant, du moins, sort moins des sentiers battus et des normes proposées par les homologues de Léon Groc.

Cependant, il n’en reste pas moins appréciable à lire, bien qu’un peu court, mais fait naître la nostalgie des épisodes précédents et fait que le lecteur espère très vite un retour à Paris du personnage.

Malheureusement, après la bataille contre Fred le Rouge, il ne reste qu’une aventure publiée à l’époque, et même si on peut espérer que celle-ci retrouve les qualités des premiers épisodes, elle n’en demeurera pas moins la dernière à lire.

Au final, sans être désagréable, cet épisode possède les mêmes défauts que le précédent en mettant une nouvelle fois de côté les atouts qui faisaient le charme du début de la série.