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Je poursuis ma découverte d’un auteur, Maurice Lambert (alias Géo Duvic) et d’un personnage, le commissaire Mazère (ici, encore inspecteur), avec le titre « Le disparu du « Sagittaire » » un fascicule de 32 pages, paru en 1942 dans la collection « Police Express » des éditions A.B.C.

J’aimerais vous dire plein de choses sur l’auteur (même si, au final, seuls ses textes m’intéressent), mais je ne sais pas grand-chose à part qu’il serait né en 1900 mort probablement en 1968 et qu’il écrivait des romans, des fascicules, des chansons et des articles sur la pêche. Voilà tout.

Pour ce qui est du commissaire Mazère, suivre sa carrière littéraire n’est pas une sinécure, tout comme nombre de ses confrères, puisque ses enquêtes n’ont pas été regroupées dans une collection dédiée et qu’il faut, pour les découvrir, éplucher la production de l’auteur dans les différentes collections auxquelles il a participé. C’est la raison pour laquelle je lis un peu dans le désordre ses enquêtes puisque je l’ai découvert commissaire, dans « M. Untel assassin », et que je le retrouve aujourd’hui simple inspecteur.

À noter que l’on retrouve plusieurs enquêtes du commissaire Mazère dans la collection « Rouge » des éditions Janicot.

LE DISPARU DU « SAGITTAIRE »

Le capitaine Léonce Paradis est soulagé. Son cargo, le « Sagittaire », est bientôt prêt à reprendre la mer à la suite d’un passage en cale, dans le port de Rouen, afin de réfection.

Aussi, c’est avec une certaine allégresse qu’après une soirée au bistrot, il remonte sur son rafiot et rejoint sa cabine.

Mais la joie fait rapidement place à la stupeur, puis à l’horreur : un inconnu dort dans son lit de son ultime sommeil administré d’une balle dans la tempe.

Affolé, Léonce Paradis court au commissariat le plus proche et revient, avec le policier de permanence, dans ses pénates ; sa couche est vide !

Ni blague ni hallucination éthylique, les traces de sang sur les draps ne laissent aucun doute sur le drame qui s’est déroulé ici.

Il faut se rendre à l’évidence, le corps a disparu…

Pour résoudre cette mystérieuse affaire, la 1re Brigade de Paris envoie l’un de ses meilleurs hommes, l’inspecteur MAZÈRE

Un capitaine de cargo qui découvre un corps dans sa cabine, corps qui disparaît le temps qu’il aille chercher un policier, voilà qui pourrait passer pour une mauvaise plaisanterie ou un délire de poivrot. Pourtant, il n’en est rien, du sang sur les draps atteste du crime…

La police de Rouen, après une rapide enquête, fait appel à la police parisienne qui dépêche sur place l’inspecteur Mazère. Ce dernier va devoir identifier un cadavre qui a disparu et trouver son meurtrier avec de maigres indices à sa disposition.

« Le disparu du « Sagittaire » » confirme les impressions que j’avais ressenties à la lecture de « M. Untel assassin ».

Effectivement, les deux textes possèdent les mêmes qualités, des qualités assez rares dans le monde contraignant du fascicule de 32 pages.

Si l’on comprend aisément que les auteurs, en moins de 10 000 mots, vont peiner à proposer une véritable intrigue haletante, il en est cependant assez peu qui parviennent à offrir une intrigue condensée qui, sans atteindre des sommets de suspens, tient la route et contient tous les éléments inhérents au genre.

Ainsi, cette fois-ci, sur pas tout à fait 10 000 mots (à peine plus de 9 700), Maurice Lambert développe une véritable mini-intrigue qui démarre par une surprise, pour le marin, de découvrir un mort dans son lit. Ensuite, un mystère, avec la disparition de ce cadavre. Puis une enquête, pour découvrir l’identité du défunt, le mobile du meurtrier… Plusieurs suspects seront mis en évidence durant l’histoire. Puis l’auteur propose un rebondissement final.

Bien évidemment, tous ces éléments ne sont pas comparables à ceux d’un bon roman policier de 600 pages, mais, remis dans le contexte de concision, l’ensemble se révèle de très bonne facture.

Si on rajoute à cela une plume élégante, un peu d’humour, quelques descriptions plaisantes et un petit gimmick, élément récurrent dans le texte, ici, la couleur changeante du mouchoir dans lequel la veuve pleurniche, on obtient ce que le format peut proposer de meilleur et que de trop rares auteurs sont parvenus à atteindre (Charles Richebourg, René Byzance, J. A. Flanigham… entre autres).

Au final, Maurice Lambert offre au lecteur un condensé de bon roman policier et un modèle du genre dans le format du fascicule de 32 pages…