Arsène_Lupin_contre_Herlock_Sholmès

Il était une fois le plus génial des cambrioleurs, confronté au plus grand détective de tous les temps...

Ainsi pourrait se résumer « Arsène Lupin contre Herlock Sholmes », un recueil de deux aventures d'Arsène Lupin, signées Maurice Leblanc et parues en 1908 aux éditions Pierre Lafitte.

Ce recueil reprend deux nouvelles légèrement modifiées parues à partir de fin 1906 dans le magazine « Je sais tout » : « La dame blonde » et « La lampe juive ».

Ces deux aventures font suite à « Herlock Sholmes arrive trop tard » nouvelle parue dans le premier recueil des aventures d'Arsène Lupin, « Arsène Lupin, gentleman cambrioleur ».

Arsène Lupin contre Herlock Sholmes :

Arsène Lupin contre Herlock Sholmès ! L'homme qui défie toutes les polices françaises contre l'as des détectives anglais.
"C'est justement quand je ne comprends plus que je soupçonne Arsène Lupin" avoue le célèbre limier anglais.
Quand deux hommes aussi intelligents s'affrontent, leur duel est un grand spectacle.
Qui a volé le petit secrétaire d'acajou contenant un billet de loterie gagnant ? Qui a volé la lampe juive, le diamant bleu, joyau de la couronne royale de France ? Qui joue les passe-murailles en plein Paris ?
Arsène Lupin, toujours lui, l'éternel amoureux de la Dame Blonde, plus insolent, plus ingénieux que jamais, déjouant une à une toutes les ruses de l'Anglais par d'autres ruses plus étonnantes encore.

Alors qu'Herlock Sholmes, le grand détective anglais, n'avait fait, jusque-là, que croiser Arsène Lupin, il est appelé en France pour enfin se confronter à un ennemi à sa hauteur.

Notons déjà, ce qui est amusant et en dit long sur Conan Doyle, que le détective anglais, à la première éditions de « Herlock Sholmes arrive trop tard », se nommait bien Sherlock Holmes. Mais, suite à l'intervention des avocats de Conan Doyle, Maurice Leblanc a été obligé de le renommer.

Le fait est d'autant plus notable et amusant, donc, lorsque l'on sait que le personnage de Sherlock Holmes, le vrai, celui de Conan Doyle est très inspiré (qui parle de plagiat ?) d'un personnage français, Maximilien Heller, né de la plume d'un écrivain, français lui aussi, Henry Cauvain. « Maximilien Heller » est paru 17 ans avant la première parution d'une aventure de Sherlock Holmes et, qu'apparemment, cela n'avait pas gêné Conan Doyle de reprendre ce personnage alors qu'il était froissé qu'un autre en fasse autant avec le sien...

Ceci mis à part, que Sherlock Holmes devienne Herlock Sholmes ne change pas grand-chose, bien au contraire serais-je tenté de dire puisque le ton de ces confrontations est de façon assumée parodique.

Parodie car Herlock Sholmes n'est pas aussi charismatique que Sherlock Holmes.

Parodie car Wilson, le pendant de Watson, est ridiculement abaissé à un affidé neuneu et désespérément fier de son maître.

Parodie car tout est parodique, depuis les actions d'Arsène Lupin jusqu'aux réactions d'Herlock Sholmes en passant par celles des policiers et même de Ganimard.

Parodie, enfin, car l'espièglerie, le cabotinage et le côté joueur et enfantin d'Arsène Lupin sont poussés à leurs paroxysme.

N'oublions pas que le magazine « Je sait tout » dans lequel sont parues, à l'origine, les aventures d'Arsène Lupin, était un magazine familiale, donc, adressé aussi bien aux enfants qu'aux parents et même plus aux enfants qu'aux parents.

Il ne faut donc pas s'étonner que les aventures d'Arsène Lupin soient aussi créées pour faire briller les yeux des jeunes lecteurs de l'époque (voilà plus d'un siècle).

Ceux et celles qui voudraient comparer les aventures d'Arsène Lupin avec le genre policier actuel se mettraient alors le doigt dans l'œil jusqu'à l'omoplate.

Voilà pour répondre à quelques critiques acerbes (rares, heureusement) que j'ai pu lire sur cet ouvrage.

Passons maintenant au texte lui-même.

Pour les lecteurs habitués exclusivement à des romans policiers contemporains, la plume de Maurice Leblanc pourra sembler désuette. Pourtant, lorsque l'on lit régulièrement des récits policiers du début du siècle dernier, on trouvera, au contraire, une certaine modernité pour des histoires datant de 1907.

Bien évidemment, le but de l'auteur, ici, est de s'amuser et, surtout, d'amuser ses lecteurs à travers une confrontation entre deux grands personnages (en fait, entre un grand, le détective, et un autre appelé à devenir grand, le cambrioleur).

Malgré le ton émminement parodique, Maurice Leblanc, contrairement à d'autres auteurs s'étant lancés dans ce genre de parodie, ne ridiculise pas Herlock Sholmes (seul Wilson subit cet affront) et s'il fait toujours gagner son héros, il n'en réduit pas pour autant le détective à un faire valoir.

Herlock Sholmes, certes, dans certaines attitudes, peut sembler ridicules, notamment dans le peu de cas qu'il fait des affres que Wilson subit, mais dans sa lutte contre Lupin, il s'avère tenace et bien souvent dangereux.

On sent alors dans l'histoire, le respect mutuel que vont se porter les deux adversaires, chacun reconnaissant en l'autre le seul ennemi à sa hauteur.

Maurice Leblanc nous livre donc deux aventures rocambolesques, légères et drôles qui, bien que plus d'un siècle se soit passé, sont toujours aussi plaisantes à lire...

Au final, une confrontation mythique mais surtout sympathique entre deux légendes de la littérature populaire.