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Félix Léonnec est un auteur de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle et également réalisateur.

Il a d’ailleurs débuté par le cinéma puisque réalisateur de quelques films dont certains adaptés du roman Ténébras d’Arnould Galopin, avant de passé à l’écriture avec principalement des courts romans d’aventures ou sentimentaux en fascicules.

Il semblerait que l’on en sache plus sur ses frères ou son père (notamment au niveau de la date de sa mort) que sur lui-même.

Dans sa production littéraire, on notera tout de même quelques titres policiers dont le roman « Le vampire de Dusseldorf » (une histoire inspirée, je suppose, par la vie du tueur en série allemand Peter Kurten), « Le coupeur de têtes » et le titre qui nous intéresse aujourd’hui :

UN CRI DANS LE BROUILLARD : 

Londres, 1937 !

Alors que le Roi Georges VI reçoit au Palais de Buckingham les princes hindous venus assister à son couronnement, la ville est plongée sous un Fog encore plus épais que d’ordinaire.

Dans cette purée de pois, les policiers parviennent difficilement à contenir la cohorte de voitures se rendant à l’évènement.

Un vieil agent évoque avec un novice l’ancienne époque où, par un tel brouillard, il pourchassait Jack l’Éventreur : « C’est par des temps pareils que le fameux Jack l’Éventreur commettait ses crimes. On entendait soudain un cri, on courait, et le temps d’arriver, on butait dans un cadavre. »

Tout à coup retentit un cri dans la brume…

L’histoire se situe en Angleterre en 1937. Georges VI vient d’être couronné Roi et reçoit au Palais les princes Hindous. Il fait un lourd brouillard, sombre et poisseux, qui rappelle à un des vieux briscards de la police chargés de gérer le défilé de voitures venant à l’évènement le temps qu’il faisait lorsque, jeunot, il était tombé sur une victime de Jack L’Éventreur. Le brouillard était si épais, dit-il, qu’après avoir entendu un cri glaçant, en s’approchant, il avait buté dans quelque chose de mou... le corps d’une femme sans vie.

C’est à ce moment que retenti un cri, dans le brouillard, le policier approche avec un jeune collègue et bute... dans un corps... de femme... inanimée...

À côté de cette femme âgée, mais élégante, gît un homme qui semble être son chauffeur. Tous deux ont été endormis, mais la jeune femme qui accompagnait la douairière a disparu.

Entre alors en scène l’inspecteur Woessel de Scotland Yard, un homme bourru et rugueux, dénué de manières, mais muni d’un courage et d’un physique impressionnant. Le policier décide alors de se lancer sur la piste de la disparue et, pour cela, il s’infiltre incognito dans les bouges malfamés proches du lieu de la disparition...

Roman policier d’aventures, « Un cri dans le brouillard » nous livre en 32 pages et à peine plus de 11 000 mots, un condensé d’une grande partie des productions policières fasciculaires de son époque.

L’intrigue, avant tout, tourne autour des colonies britanniques d’Inde. Le côté exotique de ces colonies, ainsi que des peuplades d’orient, est omniprésent comme dans beaucoup d’œuvres de l’époque et l’on notera l’ambiance « péril jaune » et les fourberies chinoises qui pullulent dans la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle.

L’ambiance des bouges infâmes, des dockers alcoolisés et prompts à poinçonner son voisin.

L’omniprésence de l’action dans le domaine policier. Le policier est plus homme d’action que de réflexion, contrairement à l’illustre Sherlock Holmes. Mais ce parti pris est aussi inhérent au format court qui empêche de mettre en place des intrigues évoluées.

Enfin, l’art du camouflage, du maquillage, du déguisement, qui permet au policier de prendre l’apparence qu’il désire sans se faire démasquer.

Pour ce qui est de la plume de Félix Léonnec, sans briller par une virtuosité notable (rappelons-là, également, que le format ne favorise pas ce genre d’excentricité), elle est suffisamment fluide pour que l’ensemble se lise facilement. L’auteur maîtrise sa narration, parvient à tenir le format court sans recourir à des concisions trop visibles et, de plus, nous propose un personnage qui est intéressant et suffisamment esquissé pour donner envie de suivre ses aventures (rappelons que ces critiques sont toujours à replacer dans le contexte du format très court du fascicule 32 pages.) D’ailleurs, ma première impression fût que le personnage de Woessel put être un personnage récurrent de l’auteur ce qu’il ne semble pas être vu les rares incursions de l’auteur dans le domaine policier.

Au final, un bon petit roman très court qui se lit avec plaisir ayant pour principal défaut d’avoir mis l’eau à la bouche en faisant croire que l’on allait assister à l’œuvre d’un « copycat » de Jack l’Éventreur, ce qui n’est pas le cas.