TA18

« L’hôte de minuit » est le 18ème épisode de la série « Thérèse Arnaud, espionne française » née de la plume de l’énigmatique Pierre Yrondy.

On ne sait pas grand-chose de l’auteur si ce n’est qu’il fût directeur de théâtre, d’un petit journal, auteur de pièces de théâtre, de quelques romans, mais, surtout, de deux séries fasciculaires entre 1934 et 1936 pour les éditions Baudinière.

La première, celle qui nous concerne aujourd’hui, une série d’espionnage de 64 épisodes, l’autre, « Marius Pégomas, détective marseillais », une série policière humoristique de 35 épisodes.

Les deux séries se présentaient sous la forme de fascicule de 32 pages, double colonne pour des textes allant de 13 000 à 17 000 mots.

L’HÔTE DE MINUIT

 

Première Guerre mondiale !

 

Le capitaine Morissot, officier du Génie chargé de transporter des dossiers secrets, rencontre une jeune femme dans le train le menant à Paris.

 

Au moment de payer pour récupérer ses bagages, le militaire s’aperçoit que son portefeuille a disparu, et, avec lui, des documents dont il avait la charge.

 

Nul doute, pour le lieutenant de Thérèse ARNAUD alias C. 25, la plus redoutable espionne française, qui était chargé de suivre le haut gradé, que Mata Hari fait de nouveau parler d’elle…

Le capitaine Morissot a perdu son portefeuille lors d’un voyage en train avec une jeune et belle inconnue.

Problème, le portefeuille contenait des documents secrets qu’il était chargé de transporter.

Heureusement, la jeune femme, une danseuse en vogue, lui a donné l’adresse à laquelle elle descendait à Paris et, en plus, a retrouvé et restitué le portefeuille qu’elle avait ramassé par mégarde avec ses affaires.

Seulement, Languille, qui a assisté à toute la scène, sait que le bonhomme a eu affaire à la redoutable Mata Hari et que cette dernière a mis le grappin sur le militaire pour mettre la main sur les documents secrets qu’il transporte régulièrement afin de les remettre à la Tiergaten, le service d’espionnage allemand.

Aussi, Thérèse Arnaud qui avait peu goûté n’avoir pu mettre un terme à la carrière de Mata Hari lors de leur précédente confrontation va tout mettre en œuvre pour y parvenir cette fois-ci…

Après avoir refait vivre Karl Himmelfeld par procuration, via son fils Julius, Pierre Yrondy ressuscite littérairement (puisqu’elle n’était pas morte, elle), une figure emblématique des ennemis de Thérèse Arnaud en la personne de Mata Hari.

Parce qu’un grand héros se doit de défier de grands ennemis, Pierre Yrondy, comme le fit autrefois les auteurs de Nick Carter, Marc Jordan ou autres sériels du genre, fait se confronter plusieurs fois ses héros (Thérèse, Malabar, Friquet, Marcel et Languille) au même redoutable ennemi (Karl ou Julius Himmelfeld, Mata Hari, Mlle Doktor, l’homme aux cent masques…).

Si le procédé a l’avantage de créer un certain attachement, de par cette lutte récurrente entre deux êtres forts, il risque également d’être un peu redondant. Ce ne sera pas le cas cette fois-ci puisque Mata Hari n’a pas été encore trop présente dans la série…

Dès le début de l’épisode, le lecteur s’aperçoit de deux choses.

Que Pierre Yrondy renoue avec son style fait de métaphores hasardeuses, de ruptures de temps, de phrases concises, afin d’alterner le rythme de son récit et créer plus ou moins artificiellement un style (son style ?), et que ce début de texte a été quelque peu bâclé, du moins, pas relu, ni par l’auteur ni par l’éditeur (ou alors, ils avaient oublié de mettre leurs lunettes), tant les répétitions sont nombreuses et rendent la lecture quelque peu fastidieuse.

Certes, la littérature populaire se veut, bien souvent, par essence et par obligation d’économie de temps et d’argent, une littérature où les répétitions sont nombreuses du fait d’un manque de temps pour relire et retravailler les textes.

Tout auteur ayant déjà « auter » sait qu’en écriture automatique, pour la même situation, son esprit trouvera immédiatement le même mot, et ce sans forcément se rendre compte que celui-ci a déjà été utilisé très récemment, surtout si ledit esprit est déjà tourné vers la phrase suivante. Ce n’est qu’avec une relecture (au minimum, plusieurs, au mieux), que les répétitions s’espacent de façon plus ou moins digeste.

Certains faisaient avec et compensaient par un talent inné et une plume alerte (Jean Ray), d’autres en font tout autant, mais sans le talent et là, c’est le drame…

Pierre Yrondy, lui, se situant entre les deux (avait-il un mi-talent ?) ne parvient pas forcément à faire passer le premier travers par le second don.

Heureusement, Pierre Yrondy devait être un diesel et, après un démarrage laborieux, la plume de celui-ci trouve-t-elle son rythme de croisière.

On retrouve une nouvelle fois tous les lieutenants de Thérèse Arnaud (Marcel le scientifique, Languille l’acrobate, Friquet le titi parisien et Malabar le colosse) sans que chacun soit réellement utilisé pour son seul talent (Marcel ne se contente pas de scientifiquer, Languille d’acrobater, Friquet de titiller et Malabar de colosser) et trouvent donc des occupations que n’importe quel subalterne aurait pu remplir.

Épisode plus court que les trois précédents (13 000 mots au lieu de 17 000) et qui manque également des quelques moments d’humour que seul Friquet est capable d’amener (mais chacun, encore une fois, n’œuvre pas dans son domaine de prédilection).

Certes, l’épisode apporte son lot d’action, de réaction, de traquenards, mais, pour autant, l’ensemble ne suffit pas à le porter au sommet de la série.

Cependant, on suit l’aventure sans déplaisir, mais tout en se disant que Pierre Yrondy a un peu de mal à relancer sa série. Après avoir tenté un changement de style, puis d’être revenu à ses premiers amours, la machine tarde à retrouver sa pleine vitesse.

Mata Hari, encore une fois, comme dans l’épisode qui lui est consacré, est totalement sous-employée et, si ce n’était sa fonction de danseuse, n’importe quel autre nom plus anonyme lui aurait été comme un gant.

Au final, un épisode qui se lit sans déplaisir, mais qui manque d’un je-ne-sais-quoi qui pourrait tout simplement être de l’inspiration… Espérons que l’auteur la retrouve pour la suite.