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La littérature populaire policière fasciculaire (comme sa grande sœur la littérature de romans policiers) abrite un nombre incalculable de personnages récurrents : policiers, détectives, cambrioleurs, justiciers, les génies du mal...

Contrairement aux héros de la littérature plus conventionnelle (encore faut-il savoir ce qui peut être considéré comme « conventionnel »), rares sont ceux qui ont survécu dans l’esprit des lecteurs.

Si tout le monde connaît, ne serait-ce que de nom, le commissaire Maigret, le cambrioleur Arsène Lupin, le bandit Fantomas, le détective Nestor Burma... qui se souvient désormais des détectives Teddy Walton, Toto Fouinard, Marius Pégomas, Bill Disley, Marc Jordan, Georges Garnier ; des policiers tels le commissaire Marcassin ou son ami Old Jeep, de l’inspecteur Gonzague Gaveau, alias « Le Professeur » ; du cambrioleur Théodore Rouma...

Personne ! Personne sauf certains passionnés de littérature populaire fasciculaire et les lecteurs de certaines récentes rééditions numériques des aventures de ces quelques personnages.

Dans le lot de ces héros, on pourra trouver deux commissaire Benoit.

L’un vivra des aventures aux éditions ERF via des fascicules de 16 pages écrits par Gérard Dixe (Henryb Musnik) ou Jean d’Arsanje.

Un autre, celui qui nous intéresse aujourd’hui, enquêtera pendant 14 fascicules de 12 pages, double colonne (entre 10 000 et 12 000 mots), dès 1946, aux éditions Nicéa.

L’auteur ou les auteurs ? Robert et Jean Grimey (ou ROBERT et Jean Grimey, comme inscrit sur les couvertures).

Sont-ce deux auteurs ? Deux frères Grimey ? Un auteur ayant pour pseudonyme ROBERT et l’autre, Jean Grimey ? Un seul auteur ? Je ne sais pas.

« Fumerie d’opium » est le 5e épisode de la série, série qui conte la confrontation entre le commissaire Benoit et Le Mondain, un avocat à la tête d’une organisation criminelle internationale.

FUMERIES D’OPIUM

Apprenant que le Mondain, l’intouchable chef d’une organisation criminelle internationale, s’apprête à monter à bord de l’Orient-Express, le commissaire BENOIT décide d’en faire autant.

Accompagné de ses deux fidèles adjoints, Tolday et Lissier, le commissaire BENOIT parvient à prendre place dans le train et nargue son plus farouche ennemi en le rejoignant dans son compartiment.

Mais durant l’arrêt à Kehl, pendant que les policiers sont occupés par les formalités de visa et de passeport à la douane, le Mondain en profite pour leur fausser compagnie…

Le commissaire décide de poursuivre sa lutte contre Le Mondain.

Ayant appris que celui-ci s’apprêtait à monter à bord de l’Orient-Express, il décide d’en faire autant avec ses fidèles lieutenants. Mais, pendant une escale, Le Mondain, accompagné de Lady Rocherson, en profite pour filer et prendre un autre train pour Baden-Baden.

Qu’à cela ne tienne, le commissaire Benoit et ses hommes vont se rendre à leur tour dans la ville pour tenter de le retrouver.

Le ou les auteurs poursuivent donc les aventures du commissaire Benoit contre Le Mondain avec un 5e épisode sous forme de périple au tour du monde.

Avec des trajets en voitures, en avions, en paquebot, pour se rendre de Paris en Allemagne puis d’Allemagne en Indochine... ce court roman policier est clairement orienté aventure, ce qui ne dépareille pas trop avec les précédents.

Une nouvelle fois les auteurs insufflent un rythme assez soutenu à leur roman (pensez, en seulement 10 500 mots, réussir à faire le tour de la terre et revenir, c’est plus fort que Jules Verne) d’autant que les péripéties sont une nouvelle fois nombreuses : meurtre, tentative de meurtre, camouflage, changement d’identité, des voyages, encore des morts, encore des tentatives de meurtre...)

Les personnages ne sont désormais plus qu’esquissés (ce qui nuit à une lecture individuelle), le ou les auteurs se concentrant sur les différentes péripéties qu’ils font vivre à leurs personnages.

Si la recette est la même que dans les épisodes précédents : aventures, rebondissement, rythme, un peu d’humour... ici, les auteurs rajoutent le dépaysement avec ce voyage en Indochine et tous les clichés de l’époque sur les asiatiques : rizières, fumeries d’opium, fourberie...

Au final, une course poursuite plaisante, rythmée, parfois drôle (d’autant que les auteurs terminent souvent l’épisode sur une note cocasse) qui donne envie de replonger dans l’aventure.