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Marcel Priollet (1884-1960) fut un auteur de littérature populaire fasciculaire très prolifique qui œuvra dans différents genres (aventures, fantastique, jeunesse, policier, drame, sentiments…) entre 1910 et la fin des années 1950.

Il signa son immense production de différents pseudonymes : René Valbreuse, Henry de Trémières, R. M. de Nizerolles, Marcelle-Renée Noll…

S’il est connu surtout pour ses séries dramatico-sentimentales contant les malheurs de jeunes femmes, il est également l’auteur de nombre de récits policiers…

Si on lui doit, au milieu des années 1940, deux séries pour les éditions Tallandier, « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs », il écrivit surtout des récits indépendants même si, parfois, en étudiant un peu mieux sa bibliographie, on peut retrouver certains personnages récurrents dont les aventures sont disséminées au sein d’une collection généraliste.

C’est surtout (et seulement ?) le cas dans la collection « Les grands détectives » des Éditions Modernes, contenant plus de 90 fascicules de 32 pages (parfois moins) et contenant des récits indépendants d’environ 7 500 à 10 000 mots.

C’est dans cette collection dont il signa la grande majeure partie des textes, que l’on retrouve des personnages tels le détective radiesthésiste Claude Prince, l’inspecteur principal François Pessart, le détective Sébastien Renard, l’inspecteur de la Mondaine, Bob Rex.

Mais, parmi les plus de 70 titres signés Marcelle-Renée Noll, on peut aussi découvrir des récits avec des personnages uniques, c’est le cas de « La dame au collier d’or », un fascicule de 32 pages, n° 54 de la collection.

LA DAME AU COLLIER D’OR

Deux amis de collège se recroisent après bien des années.

Pierre Marmier s’est construit à la force du poignet, a rencontré le grand amour, Aline, avec laquelle il a eu trois beaux enfants.

Claude d’Arzac profite de l’argent qu’il a hérité pour faire le farniente et goûter les joies de l’existence sans connaître celles de la félicité conjugale.

En verve de confidences, après une soirée douce et calme passée dans le cocon familial des Marmier, Claude décide de conter à ses hôtes le drame de jeunesse l’ayant plongé, à jamais, dans le désespoir de trouver la femme de sa vie…

Claude d’Arzac, suite à une panne de voiture, décide de rendre visite à un ami de lycée habitant les environs.

Le calme du mas de celui qui est devenu cultivateur de fleurs à parfum et la félicité de sa vie de famille (il est marié et a trois enfants) contrastent avec son existence de célibataire endurci et de nanti sans attache.

À la question de savoir pourquoi il n’est toujours pas marié, Claude va raconter au couple la raison dramatique qui est responsable de sa difficulté à s’attacher à une femme…

Dans ce court récit de 7 500 mots, il nous conte une histoire qui tient plus de la bluette dramatico sentimentale qu’il a souvent pratiquée par ailleurs, que du récit policier ou de détective comme peut le laisser croire l’intitulé de la collection dans laquelle il est publié.

Effectivement, ici point de policier, point de détective, pas de recherche de coupable ou de justice à rendre, tout juste des malfrats et une agression qui sont d’ailleurs contée par le personnage principal lorsqu’il relate une vieille histoire.

C’est dire que le lecteur peut se demander ce que vient faire ce titre dans ladite collection. C’est d’ailleurs ce que je me demande.

Mais les Éditions Modernes, l’éditeur de la collection « Les Grands Détectives » nous a habitués à son travail bâclé et je ne m’étonne pas qu’aux nombreuses coquilles, aux innombrables fautes d’orthographe, aux fréquents changements de noms intempestifs, aux réguliers bouts de phrases manquants et autres joyeusetés du genre, celui-ci nous propose une totale rupture de ligne éditoriale.

En ce qui concerne le texte, si on met de côté le fait qu’il ne correspond pas au genre attendu, il n’y a pas grand-chose à dire de particulier.

Si Marcel Priollet, sous le pseudonyme de Marcelle-Renée Noll, verse quelque peu dans la poésie quand il s’agit de décrire les paysages enchanteurs de la région Niçoise, pour le reste, il faut reconnaître que l’auteur préserve son talent en n’en abusant pas trop durant l’écriture de ce texte.

Si la plume est donc d’un classique un peu terne, l’intrigue, elle, relève un peu, au début, de la psychanalyse à deux sous pour finir dans un premier rebondissement attendu et un peu ridicule.

Marcel Priollet tente bien, à travers un second rebondissement, de rehausser la barre, mais il faut bien avouer que celui-ci est tout aussi ridicule que le précédent.

Certes, on ne peut s’attendre sur un format aussi court à une intrigue de qualité, et comme l’auteur a signé quasiment tous les titres de la collection, on se doute qu’il a écrit très vite, et est donc quelque peu excusable de la légèreté de son travail, mais on l’a tout de même connu en meilleure forme. D’autant que les personnages sont un peu manichéens et que la trajectoire de vie des deux amis laisse entendre que « l’argent ne fait pas le bonheur ». Quant à la personnalité de l’étrange inconnue du carnaval de Nice, elle est sujette à caution d’autant que développée par une main masculine, mais signée par d’un pseudonyme féminin, le lecteur ne sachant qui se cache derrière Marcelle-Renée Noll, peut penser que la psychologie du personnage est née des expériences de l’auteure, alors qu’il n’est probablement que le résultat d’un fantasme bien masculin.

Mais n’est-ce pas aller chercher bien loin dans un petit texte qui ne mérite pas autant d’attention ?

Au final, une bluette dramatico-sentimentale qui n’avait rien à faire dans sa collection d’origine et qui ne laissera, de toute façon, pas un grand souvenir au lecteur.