NC23

Nick Carter est un détective américain de fiction, créé par John R. Coryel en 1886 est un des piliers de la littérature populaire dans le monde entier et, aussi, et peut-être surtout, en France.

Le succès de ses rééditions dans l’hexagone a bouleversé la face de la littérature populaire créant ou démocratisant un format peu usité (voire, pas du tout), au tout début du XXe siècle : le format fasciculaire de quelques dizaines de pages. Format qui, par la suite, deviendra LE format de la littérature populaire jusqu’à l’apparition du livre de poche dans les années 50.

Mais Nick Carter n’a pas influencé qu’un format, il a également imposé un style et un genre, l’un imbriqué dans l’autre et inversement.

Effectivement, ce sont les aventures de Nick Carter qui imposèrent le personnage récurrent apparaissant dans une aventure complète au sein d’un même fascicule, le tout, pour un prix modique permettant à toutes les bourses de s’en délecter.

« Chaque fascicule contient un épisode complet ». Telle était la promesse de ce genre d’ouvrage. On verra avec « L’homme aux nerfs d’acier » que la belle promesse est tenue, mais que les auteurs de l’époque étaient bien malins en faisant apparaître certains ennemis de Nick Carter sur plusieurs titres, poussant ainsi le lecteur à acheter les épisodes suivants pour savoir comment se terminera la confrontation.

L’homme aux nerfs d’acier :

Après la macabre découverte d’un wagon de marchandises contenant cinq corps embaumés disposés en une sinistre scène digne du musée Tussaud, Nick Carter est persuadé que l’esprit machiavélique responsable de tout ça n’est autre qu’un émule du Docteur Quartz, l’ennemi qu’il a eu tant de mal à détruire par le passé.

Mais les preuves lui manquent et, très rapidement, le détective va se rendre compte que le second Docteur Quartz est bien plus fort, plus intelligent et plus dangereux que son prédécesseur…

« L’homme aux nerfs d’acier ou le Docteur aux abois » est un épisode qui fait directement suite à « Docteur Quartz ou une trouvaille à donner le frisson ».

Effectivement, dans l’épisode précédent, Nick Carter faisait la découverte, dans un wagon de marchandise non réclamé et vendu aux enchères, de cinq cadavres embaumés positionnés à l’aide de fil de fer dans une scène macabre.

Persuadé d’avoir affaire à un émule du Docteur Quartz, un ennemi qu’il avait battu et abattu par le passé, Nick Carter parvenait à retrouver ce personnage qui ressemble comme une goutte d’eau et physiquement et mentalement au Docteur Quartz et qui se fait appeler par le même nom, mais n’était pas parvenu à démontrer sa culpabilité, celui-ci accusant deux femmes qui s’étaient intéressées également au wagon lors des enchères ;

« L’homme aux nerfs d’acier » débute par une scène dans laquelle Nick Carter fait part au chef de la police de Kansas City de ses certitudes quant à la culpabilité du Docteur Quartz et à son intelligence criminelle. Il conclut son entrevue en prévenant le policier qu’il va se rendre chez le Docteur pour lui annoncer directement qu’il entre en guerre contre lui, mais, surprise, c’est le Docteur qui affiche ses intentions criminelles et vengeresses en lui expliquant qu’il l’étudie depuis dix ans, qu’il sait tout de lui et qu’il va le détruire pour venger son frère aîné, le Docteur Quartz premier du nom.

Si lors de la lecture du précédent numéro j’avais quelques réticences dues à la traduction parfois particulière, force est de constater que Nick Carter est parvenu à m’attraper dans ses filets grâce à un récit sans temps mort et assez machiavélique (à l’image du méchant de l’histoire).

Effectivement, le Docteur Quartz se révèle non seulement intelligent, mais aussi patient, démoniaque, puissant, inventif, perspicace, ingénieux, et bien renseigné.

À tel point qu’à l’issue de la première confrontation entre le détective et le docteur, on commence à douter des facultés du premier à mettre un terme aux agissements du second, d’autant que la confrontation s’achève sur un échec retentissant du détective.

Mais, rassurons-nous, Nick Carter ne manque pas de ressources, de courage et d’abnégation et vu qu’il va encore être confronté à des centaines d’histoires, on se doute qu’il va bien gagner à un moment ou un autre, mais quand ?

Car, quand on étudie les rééditions du début du XXe siècle, on se rend compte que ce second Docteur Quartz apparaît dans huit épisodes consécutifs, donc encore six après celui-ci. On devine donc que la guerre ne se terminera pas à cet épisode même si, contrairement au précédent, celui-là clôt temporairement l’affrontement, ce qui n’oblige pas à lire les autres, mais la curiosité poussera tout de même le lecteur à le faire probablement.

Pas énormément d’action, pourtant, à se mettre sous les yeux, dans cet épisode et, malgré tout, il se dévore assez rapidement, tant la confrontation est prometteuse et tant on espère apprendre comment le Docteur peut à ce point être fort et connaître les agissements du détective ou les prédire.

C’est donc tout particulièrement à un duel intellectuel et physique que le lecteur est confronté.

Au final, un épisode bien moins pollué par les problèmes de traduction et qui offre une confrontation de haute volée entre un grand détective et un machiavélique ennemi.