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« Le Soliton de Peregrine » est un roman de Jean-François Huet publié en auto-édition chez Publishroom.

Jean-François Huet est un auteur de 50 ans, né et ayant passé sa vie en Bretagne (si j’ai bien compris) et qui est enseignant depuis 20 ans.

Le soliton de Peregrine :

L’enquête secrète d’un étudiant en philosophie... Étudiant en philosophie, Alexandre Mestrallet postule pour une vacation à l’Académie d’Avalenn, établissement pour jeunes filles situé sur une île au large du Finistère. Sous couvert de ce travail, il est secrètement missionné pour enquêter sur la mort étrange de celle qu’il vient remplacer. Cependant, dès son arrivée, sa tâche s’annonce difficile. Entre direction dysfonctionnelle, collègues dépressifs et lycéennes provocantes, Alexandre va devoir composer pour se faire accepter au sein d’une communauté insulaire haute en couleur. Sans le savoir, il va déclencher un compte à rebours fatal. Parviendra-t-il assez vite à comprendre les enjeux de pouvoir à l’œuvre et à lever le voile sur certains lourds secrets ? Ou sera-t-il rattrapé par ses propres démons ? En suivant pas à pas l’enquête d’Alexandre, plongez dans l’atmosphère d’une île au large du Finistère, et découvrez une communauté haute en couleur !

Voilà un ouvrage que je n’aurai pas ouvert si ce n’était son titre.

Ouvrage autoédité, auteur qui m’était inconnu, un bandeau (« un polar très à l’Ouest ») que je ne comprenais pas, une 1re de couverture pas très attirante, une 4e de couverture guère plus intéressante...

Mais voilà, il y avait le titre : « Le Soliton de Peregrine » !

Il faut dire que j’aime beaucoup les mathématiques (même si je ne m’y penche plus depuis fort longtemps et que je ne m’y suis jamais suffisamment penché) et que j’apprécie les films ou les romans qui se basent sur une notion de mathématique.

Cela me permet d’aborder, quelques fois, des œuvres que j’aurai, sinon, boudées (exemple lointain, le film « Pi » de Darenn Aronofsky, un film psychologique à petit budget en noir et blanc...)

Ce n’est donc que pour ce titre que je me suis penché sur cet ouvrage.

Bien m’en prit ? Je n’irai pas jusque-là, mais je dois confesser que, d’une, je suis allé au bout de ma lecture (certes, courte, puisque le roman fait 105 pages) et, en plus, celle-ci ne m’a pas déplu même si je ne peux dire que je fus enthousiasmé.

La première surprise vient de la qualité littéraire de l’ouvrage.

Il est vrai que l’on a souvent des préjugés sur les romans autoédités dont, notamment, la qualité stylistique et orthographique de l’auteur, étant donné que nul éditeur n’est censé avoir travaillé les textes pour les améliorer (même si certains éditeurs font du travail pitoyable).

Mais là, dès les premières lignes, je fus rassuré.

L’avantage de l’autoédition, c’est que la plume de l’auteur n’est pas formatée par l’éditeur dans le but de plaire au plus grand nombre et que, si l’auteur a un certain talent, cela permet de profiter d’une plume moins lisse que celle des écrivains de romans à succès actuels.

Car, oui, certains auteurs amoureux des mots inusités dont ils saupoudrent leurs écrits, à la fois par plaisir de dépoussiérer le vocable d’antan et de sortir du carcan contraignant des 300 mots de vocabulaire que l’on conseille à tout auteur désireux d’être apprécié par le plus grand nombre, peuvent être critiqués, se voir reprocher de se prendre pour Victor Hugo (ce qui est d’autant plus stupide que Victor Hugo était un écrivain populaire, écrivant pour le peuple et même l’un des premiers à user de l’argot dans ses récits et non pas un écrivain de romans d’auteurs avec un style élitiste... mais bon, les critiques les plus virulentes ne sont pas forcément produites par les gens les plus pertinents...).

Étant rassuré sur la plume, encore me fallait-il être exalté par l’histoire... et c’est là que le bât blesse...

Difficile d’expliquer les soucis que pose ce roman, car il est délicat d’en estimer leurs sources : manque de maîtrise de la narration et du scénario ? Problème de concision ? Indécision de l’auteur quant aux sujets à aborder ou à la direction à donner à son roman ??? Volonté, d’en mettre trop ???

Toujours est-il que l’histoire, du moins sa narration, n’est pas suffisamment maîtrisée et que la multiplicité des sujets abordée n’arrange rien.

En effet, avec cette histoire d’un jeune étudiant en philosophie et mathématique qui, pour enquêter, à la demande d’un ami, sur la mort d’une prof dans un établissement pour jeunes filles sur une île au large du Finistère, on s’attend donc à une pure enquête policière.

L’Académie et le personnage sulfureux de cette directrice omnipotente qui se sert du succès de sa Faculté pour s’imposer en politique, on peut envisager que l’auteur cherche à faire une critique du milieu politique en général.

Quant aux personnages des trois Grâces, ces trois étudiantes boursières, on se dit que l’auteur veut faire prendre un virage à son récit.

Puis viennent les personnages aux réactions étranges, les dangers, les trois pistes qui découlent d’un message codé, les funestes coïncidences... puis un rebondissement qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, du moins, trop peu développé en comparaison au bouleversement qu’il implique... puis ce final qui sent la facilité dans la concision...

Et tout cela est dommage, car l’ensemble est plutôt plaisant à lire, mais il aurait fallu que l’auteur choisisse quelle piste il voulait suivre : la directrice ? Les collègues ? Les trois Grâces ? La politique ? Le héros ???

Ou bien, pour suivre toutes ses pistes à la fois, il aurait fallu à l’auteur un sens de la narration très développé afin de parvenir à distiller les informations tour à tour afin de rendre l’ensemble digeste et, surtout, ne pas se contenter des 105 petites pages de son roman, mais noircir plus de 300 pages au minimum afin de parvenir à tout gérer correctement.

Enfin, les références incessantes au roman précédent « Votez Kalisto ! » sans que l’on parvienne à saisir quelle référence il peut y avoir sont un peu déconcertantes.

Au final, un roman qui aurait mérité de moins partir dans tous les sens, de réduire les pistes survolées afin de renforcer l’intérêt de l’ensemble.